Camille PAULE

Parfois on l’appelle bibliothèque ou madame quand on veut pas être impoli.
On pense qu’elle vient bosser en vélo – petit panier sur le guidon
qu’elle se pose sur les quais avec ses copines
qu’elle est parfois pompette pas plus.

Elle elle aime
les gamos cylindrés – être collée au siège quand ça dépasse les 170
les girolles ramassées en forêt – sa mère les fait revenir à la poêle avec une pointe de sel
les fleurs coupées – à peine ouvertes dans un vase rempli de 3/4 d’eau.

A 18 ans elle monte sur Paris pour une première année d’étude
puis se barre à Toulouse, Poitiers, São Paulo
avant de revenir ici.

Elle tombe amoureuse – alors tout se met à tourner autour de lui
jours de week-end et de semaine passés ensemble
ça finit par détruire tout

Alors après lui
elle vit sans regarder dans le rétro,
balance même les souvenirs heureux,
enchaîne les verres en soirées,
se pense forte, voyage seule,
ne s’attache pas à ceux d’après.

A 28 ans le rythme ralentit
le matin la cafetière siffle
elle reprend la clope, la photo – commence à écrire
et ça l’apaise

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