Il y a quelque chose
derrière la lucarne ouverte
et le bruit des motos
au très loin
Un calme qui s’étire
quelque chose qui
ne connaît pas la peur
que l’angoisse n’atteint pas
Quelque chose qui
ne s’est pas laissé envahir
Une présence intacte
Chaque fois que j’y pense
à comment c’était que
de se sentir absolument bien
j’y reviens
à ce bruit de motos au très loin
dans la chaleur d’un début
de nuit de presque été
et à cette lucarne ouverte
On y revient comme s’y perdre
c’est un écran qui cache
ce qu’il y a derrière
au dehors
dans je ne sais quelle profondeur
L’air doit être encore presque chaud
pour enrober comme ça
le vrombissement des moteurs
La lumière est au moment
de basculer peut-être
il doit être tard
un tard tout relatif
tard pour une enfante
l’heure où les yeux devraient se clore
mais absorbent encore la clarté du soir
Il y a quelque chose
derrière la lucarne ouverte
et les vrombissements du lointain.
Toujours on ne saura pas tout à fait quoi
Il y a la température parfaite de l’air
le bruit des motos exactement assez sourd
pour être un bruit qui console
et aucun chagrin
à consoler
Il y a peut-être les voix des adultes
en contrebas de la maison
Il y a peut-être des éclats
ou un silence léger
Un oiseau qui chante et un homme
qui lui répond en sifflotant
Il y a peut-être un dialogue
entre un homme et un oiseau
dans un soir parfait de presque été
il y a peut-être la pierre
du briquet qui roule
et un paquet de cigarettes froissé.
Toujours la lucarne sera ouverte
et la réponse à la question
se glissera par là
Elle dévalera lentement le toit en pente douce
elle se coulera dans la gouttière
se diluera dans les feuilles mortes de la saison dernière
elle se fraiera entre les graviers
s’infiltrera dans la terre meuble
On ne pourra pas l’attraper
seulement la regarder
nous échapper toujours
On saura que la réponse est là
derrière une lucarne ouverte
sur la question posée.
Catégorie : Adèle Limosino
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Laisse
Tes doigts courir sur le muret de pierres
C’est douxLaisse la mer recouvrir le dernier banc de sable
La douleur
pulser dans ta têteLaisse les vagues se briser sur les rochers
L’oiseau guetter sa proie
Le chat se tapir sous la fléoleLaisse le soleil brûler
Il n’est pas incendiaireLaisse les femmes qui résistent,
Les hommes qui résistent
Laisse à la salamandre le temps
de voir repousser sa queueLaisse l’atelier s’imprégner
de son odeur de sciure
Laisse le son de la disqueuse
te rappeler à l’enfanceLaisse la pluie laver
Elle ressuscitera toutLaisse opérer la nyctinastie
Elle referme les fleurs
lorsqu’elles sont fatiguéesLaisse-moi
Te désirer sans rien en dire
C’est doux
