Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Adèle Limosino

  • Il y a quelque chose
    derrière la lucarne ouverte
    et le bruit des motos
    au très loin

    Un calme qui s’étire
    quelque chose qui
    ne connaît pas la peur
    que l’angoisse n’atteint pas
    Quelque chose qui
    ne s’est pas laissé envahir

    Une présence intacte

    Chaque fois que j’y pense
    à comment c’était que
    de se sentir absolument bien
    j’y reviens
    à ce bruit de motos au très loin
    dans la chaleur d’un début
    de nuit de presque été
    et à cette lucarne ouverte

    On y revient comme s’y perdre
    c’est un écran qui cache
    ce qu’il y a derrière
    au dehors
    dans je ne sais quelle profondeur

    L’air doit être encore presque chaud
    pour enrober comme ça
    le vrombissement des moteurs
    La lumière est au moment
    de basculer peut-être
    il doit être tard
    un tard tout relatif
    tard pour une enfante
    l’heure où les yeux devraient se clore
    mais absorbent encore la clarté du soir

    Il y a quelque chose
    derrière la lucarne ouverte
    et les vrombissements du lointain.

    Toujours on ne saura pas tout à fait quoi
    Il y a la température parfaite de l’air
    le bruit des motos exactement assez sourd
    pour être un bruit qui console
    et aucun chagrin
    à consoler

    Il y a peut-être les voix des adultes
    en contrebas de la maison
    Il y a peut-être des éclats
    ou un silence léger
    Un oiseau qui chante et un homme
    qui lui répond en sifflotant
    Il y a peut-être un dialogue
    entre un homme et un oiseau
    dans un soir parfait de presque été
    il y a peut-être la pierre
    du briquet qui roule
    et un paquet de cigarettes froissé.

    Toujours la lucarne sera ouverte
    et la réponse à la question
    se glissera par là

    Elle dévalera lentement le toit en pente douce
    elle se coulera dans la gouttière
    se diluera dans les feuilles mortes de la saison dernière
    elle se fraiera entre les graviers
    s’infiltrera dans la terre meuble
    On ne pourra pas l’attraper
    seulement la regarder
    nous échapper toujours

    On saura que la réponse est là
    derrière une lucarne ouverte
    sur la question posée.

  • Laisse
    Tes doigts courir sur le muret de pierres
    C’est doux

    Laisse la mer recouvrir le dernier banc de sable
    La douleur
    pulser dans ta tête

    Laisse les vagues se briser sur les rochers
    L’oiseau guetter sa proie
    Le chat se tapir sous la fléole

    Laisse le soleil brûler
    Il n’est pas incendiaire

    Laisse les femmes qui résistent,
    Les hommes qui résistent
    Laisse à la salamandre le temps
    de voir repousser sa queue

    Laisse l’atelier s’imprégner
    de son odeur de sciure
    Laisse le son de la disqueuse
    te rappeler à l’enfance

    Laisse la pluie laver
    Elle ressuscitera tout

    Laisse opérer la nyctinastie
    Elle referme les fleurs
    lorsqu’elles sont fatiguées

    Laisse-moi
    Te désirer sans rien en dire
    C’est doux