Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Alice Crouzery

  • Et tu es née dans la continuité de ton peuple
    Et tu as regardé dans l’antre noire
    Et tes pupilles se sont ouvertes
    Et l’encens a coulé vers la gauche
    Et tu n’as pas voulu du sein de ta mère inquiète
    Et tu détestais le goût du Tulsi
    Et tu pleurais la nuit souvent
    Et on venait t’oindre le soir
    Et on te berçait de prières
    Et tu avais le sentiment de mort
    Et tu jouais avec les poupées de glaise
    Et tu leurs faisais une maison brune
    Et tu y plaçais du désordre
    Et tu as grandi dans ce trou
    Et tu as passé tes doigts sur le pied du Stélion
    Et tu as interrogé l’équilibre
    Et tu as mangé l’offrande
    Et tu as refusé de n’être que ça
    Et tu as prévu de partir
    Et la nuit, tu as détaché les liens
    Et la pierre est restée debout
    Et tu as rampé avant qu’elle ne retombe
    Et ton corps a fait une fissure
    Et le monde avait une odeur mouillée
    Et tu t’es mise toi aussi debout
    Et tu as récité en toi la langue de la surface
    Et tu as senti avoir une peau
    Et tu as vu les silhouettes pour de vrai
    Et les mains qui se tiennent
    Et tu n’as pas pu les rejoindre
    Et tu n’as pas pu revenir

  • un jour de grand soleil
    tu vas rentrer
    tu vas fouiller l’armoire la chambre à la recherche

    sur le pas de la porte, tu vas contempler l’orage et son poids le tissu sur ta peau étiquette et contre tes biceps
    besoin de soleil disparaître le voir
    c’est le moment

    tu vas marcher pieds à plat nus sur le béton craquèle quitteras les maisons les jardins rejoindras la trois-voies monte un rythme ventral et le pincement
    halète

    tu prendras ce choc dans tes os
    le tempo de tes pas tes talons tes jarrets tu sens tu vas atteindre le point
    courir là où les voitures

    et là
    délire des kilomètres
    tu vas casser le pas et tes jambes c’est le sol et le sol
    tu vas agripper tes hanches à tes obliques en chaloupe en syncope tu vas tout droit de côté penche à droite le vert
    la verticalité des arbres

    marron et brûlée et pleine de mousse, et sèche tu y rentres
    tu rentreras dedans le tronc l’écorce avec tellement de force à t’y gratter comme une ourse casse les genoux les hiboux
    c’est un effleur une écorche

    heurte
    maintenant tu vas fendre ton visage et la peau de s’ouvrir des tisons tes rotules et tu vas t’y chauffer
    des feux de cour de récré de pleurs
    viendront te chercher

    maintenant tu vas perdre ton visage
    courir le claquement et tu craques
    allumée comme si la lourdeur ici prend tout tu as le t-shirt blanc la peau rouge et terre

    à plat les paumes comme les talons ronge, tu rampes au centre

    une belle voiture vers toi une belle couleur qui brille tu vas marcher dans elle en furie
    bouche ouverte sur l’air
    ta salive, ton état de nature

    accidente

    ensuite, ailleurs, plus tard,
    dans l’eau du bassin d’enfant l’eau bleue sur ta peau diffractée
    les cinq doigts de ta main le creux
    de ton oreille interne

    la tête renversée remplie de piscine
    et c’est là où flottent les blessures pansées sans les corps tu vas renverser le front d’un geste de baptême
    les jambes battant le chlore et entre elles les buses

    la pute
    tu vas la devenir
    en accoucher
    pute née de ta côte
    se dégager de l’élasthanne

    retour du rouge

    tu vas te tourner tout à fait comme les fruits du labeur comme leur cri tu vas
    et puis
    tes cheveux en filet sur les yeux tes rétines

    dévorées de soleil et de mouches yeux se ferment et tes lèvres
    de recevoir
    le sang

    tu vas sentir le sifflement vermeil dans tes oreilles et sur ta langue le goût
    ce goût de fer sucé léché de fer rouge qui marque c’est ton liquide

    qui coule sur ton sein juste entre les triangles qui s’accroche au duvet

    tu vas montrer ton cul à tout le monde
    à tout le monde le toboggan la guêpe et ton corps à chacun et chacune
    hors de la transparence
    graisse et peau et mal sous les plantes

    des enfants bousculés grelottants mais ils rient goutte froide et métal
    se mettent le maillot en string pour la vitesse tu vas

    passer l’entrée des mâles
    glissants cheveux ébène épais ensuqués de savon tu vas te cacher dans l’alcôve admirer
    ton visage de fille

    le sang le long des bras du corps les coups de feutre
    tu vas nettoyer en conscience
    en questions
    passer l’eau claire du jet si sauvage comme une envie de dans tes narines le circuit plus haut secret le rose en vie agité

    tu vas soigner rincer scarlata se dilue venu du trou vers le trou tu vas naître et tomber