Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Amélie Jaussaud

  • Ce que le fou dit
    Souvent une chose et son contraire – peu de temps après. Il n’est pas toujours facile à suivre. C’est parce qu’il oscille sans cesse de l’endroit à l’envers, du dedans au dehors, il a vue sur la scène et les coulisses. Il révèle ce qui se cache derrière les mots, il revêt les non dits.

    Ce que le fou aime
    Se tromper. Parce que comme ça, il peut ressembler aux autres.

    Ce que le fou n’aime pas
    Que les gens le traitent de fou. Parce qu’il sait pourquoi il pense comme ça, ce qu’il ressent et personne ne peut dire si c’est fou ou pas, sauf lui. Il veut comprendre. Il ne cesse de couper les cheveux en quatre pour que tout rentre dans sa tête, même ces voix qui lui parlent de loin et qui se font l’écho de quelque chose d’étranger à l’intérieur de lui.

    Ce que le fou veut faire entendre
    Ce qui ne peut être dit, l’envers de la vie.
    Là où le fou construit son royaume
    Dans sa tête
    Dans sa chambre
    Dans une église
    Dans un bureau
    Dans un pays
    Partout, il se crée un château à travers ce qui lui passe sous la main ou dans la tête
    – L’imaginaire n’a pas de limite –

    Ce qui procure au fou de la tristesse
    L’abandon. Ce qu’il a ressenti un jour quand on ne l’a pas accompagné vers le coeur de la vie, à ne pas être tout sans se résigner à n’être rien. Ce qu’il a éprouvé quand il s’est retrouvé seul, maillon perdu d’une chaîne qu’il observe de loin, sans pouvoir y prendre place.

    Ce qui procure au fou de la colère
    L’abandon. Parce qu’il sait ce que c’est, il l’a vécu de l’intérieur. Quand la colère surgit c’est qu’il a tout enfoui dessous, ce qu’il s’échine à exprimer et que les autres ne veulent pas entendre. C’est surprenant parce que quand il se met en colère, c’est le moment où les gens trouvent que ce qu’il raconte n’a plus aucun sens et c’est à cet instant qu’ils l’écoutent le plus. La colère, c’est son remède pour ne pas être englouti par sa tristesse. Elles prennent leur source au même lieu, celui où la boucle se boucle.

    Le pire moment de la vie du fou
    L’abandon.
    A sa détresse par les autres.
    De ses idéaux à lui.

    Ce qu’incarne le fou pour les autres
    Le fou est l’homme libre, fascinant et terrifiant à la fois. Il est celui qu’on enferme et qui pourtant toujours échappe.

    Ce que le fou pense de la folie
    Il en a peur, comme tout le monde. Il ne veut pas être fou. C’est pour cela qu’il se raccroche aux idées qui fleurissent dans sa tête et qu’il les irrigue avec ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qui l’affecte – c’est par le monde qu’il se construit le sien.

    Quand le fou devient poète
    C’est qu’il a trouvé les mots pour faire cohabiter sa douleur et sa joie.
    Embrasser l’aube dans le crépuscule.
    Etre fidèle à la nuit même en plein jour.
    Savoir qu’en lui pousse le bon grain et l’ivraie, choisir de ne pas l’ignorer.
    Jamais le Bien ni le Mal, ce sont des mots dont il sait qu’il vaut mieux se tenir éloigné.

  • Il y a des familles où ils se forment des précipices entre les êtres
    tant les brèches y sont béantes

    il y a des familles où la tristesse est un affront
    tant l’effondrement menace

    il y a des familles où la lumière ne perce pas
    tant les fantômes saturent l’espace

    et il y a celles où sans cesse l’on se blesse
    pour attraper ce qui tend la main sous des paroles remplies d’épines

    et dans une de ces familles il y a toi,
    toi qui entends la nuit, à travers les murs de la maison, les pleurs,
    sanglots millénaires – les histoires de famille nous précèdent et nous dépassent

    et puis en ton sein
    il y a la foi
    il y a le désir de ne pas en rajouter
    il y a la crainte, toujours, de déranger
    mais peut-être que c’est ce qu’il faut
    vider tous les tiroirs
    étaler les mouchoirs, les torchons, les serviettes
    faire parler la trace d’une larme
    versée dans le silence d’une pièce scellée
    fossile d’une tristesse jamais partagée
    mais peut-être que c’est ce qu’il faut
    soulever les tapis
    recueillir la poussière
    la tamiser pour en extraire l’or d’un mot
    et ainsi s’approcher de la vérité
    la frôler toujours seulement
    car le drame qui s’est joué dans le petit salon rose
    n’est qu’une comédie pour celui qui a élu demeure dans la pièce aux murs recouverts de gris
    car les prières des nuits blanches de la chambre isolée sur le palier
    sont les rêves doux et cotonneux de celle nichée à l’abri des parents
    car le baiser qui n’a pas été donné, la gifle qui a soufflé une existence
    n’ont le même écho dans aucune des vies qui auront habité cette maison


    alors bouscule l’édifice
    libère le du fiel sournois et acrimonieux
    qui coule et s’infiltre depuis des décennies
    ainsi tu en tariras la source
    asséchant rancunes et rancoeurs
    et peut-être à nouveau le surgissement d’une eau vive

  • J’ai rêvé d’un regard et ce rêve était puissant
    comme si ce regard savait tout de moi
    Il me traversait, me transcendait
    impossible de lui échapper
    comme si l’heure du jugement dernier était arrivée
    comme si ces yeux pouvaient m’anéantir
    ou plutôt comme si ce regard, insoutenable
    me dévoilant, m’effaçait
    m’effaçant, me dévoilait

    Ces yeux n’appartenaient à personne
    et pourtant le monde entier était là,
    derrière eux
    comme si Dieu lui-même me regardait en face
    comme s’il m’imposait sa vision
    Ce regard m’ordonnait, m’intimait
    yeux perçants, corps sidéré

    fenêtre ouverte, un instant,
    sur le lieu où les mots ne nomment rien

    On devrait tous passer un jour
    au radar de ces yeux
    suspendus dans l’univers
    regard déchirant et souverain
    scrutateur silencieux
    message plein
    vérité intime et éclatante
    et puis renverser ses pupilles
    Parce que ce regard m’a pénétré
    parce que comme Oedipe,
    aveuglée, j’entends mieux
    ce qui se dit entre les lignes,
    ce qu’il reste de réel entre chaque être mortel
    et alors je peux saisir
    la fidélité avec laquelle tu aimes
    et les raisons qui agitent ton coeur parfois

  • Comment les sangs mêlés un jour deviennent sève ?


    Comment les sangs mêlés un jour deviennent sève ? J’ai connu une femme qui fracasserait ses enfants sur les rivages de sa propre enfance. J’ai connu un homme qui resterait toute sa vie un gamin et qui, sans même s’en rendre compte, abandonnerait à leur sort les innocents qu’il enfanterait. Et ces deux-là se sont rencontrés, au hasard de la vie. Ils ont cédé aux sirènes d’un enjôlement trompeur et illusoire, précipitant leur mariage, brisant chaque barricade élevée sur leur chemin. Quelle orgueilleuse va devenir ma fille se demandait la mère dont la jeune femme s’était mue en princesse. Quel homme va devenir mon fils se demandait l’autre mère qui voyait sa progéniture faire un choix de satisfaction plutôt que d’obéissance. Ils ne feraient plus partie d’aucun monde quand ils auraient mélangé les leur. Ils ne parviendraient jamais à se fondre dans l’univers de l’autre. Toute l’étroitesse de la bourgeoisie d’un côté, incapable d’accueillir l’étrangère qui avait fasciné leur fils. Trop de rudesse et de fierté de l’autre pour accepter l’élévation de leur fille sans en crever de jalousie. Peut-être les enfants réussiraient à réunir les deux sphères, mêlant deux lignées par leur sang. Mais le rouge vermeil était déjà teinté du noir, de la bile, de la rancune d’un parent envers l’autre et c’était sans désir pour rien de vivant que chacun des enfants était né.
    Seulement l’étreinte, la persévération. Essayer de retrouver sans cesse le magique de la rencontre qui s’était si vite estompé. Alors, de corps à corps toujours fiévreux et éruptifs à l’irruption de nouvelles chairs sous la forme de bébés même pas imaginés, l’aberration avait trouvé passage. Toujours l’incompatible lien, l’inconciliable généalogie. Le dégoût qui soudain naquit à prononcer le mot famille – vidé de son sens et de ses possibilités – sur lequel se referma le souhait de la langue de l’un contre l’autre, tout contre, jusqu’au silence et l’impossible fusion.
    Et puis un jour, une des filles ne voulut plus faire durer ce manège là. Elle se dit en elle-même – fini le vacarme et la tourmente, finis les excès. Elle décida qu’elle n’était pas tempête et qu’elle ne détruirait pas ceux qui gravitaient autour d’elle. Elle désira le feu et choisit la beauté, elle préserva l’étincelle mais renonça à l’embrasement. Et à son tour, elle rencontra un homme. C’était un soir de bal où la chaleur montait. C’était ce soir là où sans doute le cours de la vie s’est relancé. Elle est partie seule, dans le noir. Elle était gênée par la moiteur de ces corps, par leurs embrassades forcées, leurs excitations grivoises et poisseuses. Elle s’est assise sur un banc et il l’a rejoint, timide mais décidé. Il l’avait suivie de loin pour ne pas l’effrayer. Il voulait lui dire comme il la trouvait belle. Cet homme, elle ne l’a pas tout de suite aimé mais avec lui, elle a senti que quelque chose de nouveau était possible, quelque chose de doux, de lent et d’obstiné. Avec lui, l’assidu désir, la joie profonde et sincère qui ne demande pas à s’imposer. Ne pas chercher dans l’autre ce qu’il n’a pas. Ne pas attendre l’amour comme d’autres espèrent le messie. Accepter d’être aimée pour ce que l’on ne donne pas. Etre soi et rien d’autre. Ensemble devenir sève, fluide tranquille et substantiel.

  • Il fait noir
    la nuit a envahi le monde
    mes parents au devant
    je suis seule et sage
    sur la banquette arrière
    je veille
    le silence gronde
    tranchant
    avec le vacarme étourdissant
    qui l’a précédé
    je regarde mon père
    sa nuque plutôt
    il joue avec les phares
    il est le maître des lumières
    il fend l’obscurité
    du bout de ses doigts
    ma mère est absorbée par le noir
    dissoute dans l’opacité
    les yeux au loin
    elle n’est pas vraiment là
    ni vraiment ailleurs
    on ne sait pas où la trouver
    pas toute entière en tout cas
    je scrute l’ombre
    j’observe l’habitacle
    couple parental sur grand écran
    « Est-ce qu’ils s’aiment ? »
    le mystère reste entier
    la nuit n’éclaircit rien

  • Il débarque dans cette ville – inconnu, anonyme – immédiatement, il ne se sent personne. A l’instant même où son regard se pose sur ce spectacle aussi rythmé que consternant, son coeur se serre. Il pressent le mauvais présage pourtant ignoré de tous. Il est écrasé par les immeubles, dévisagé par la foule, asphyxié par le bruit – brouhaha ininterrompu, ritournelle sans fin, agitation bourdonnante et stérile. Ses yeux s’attardent sur ce que les autres ne voient plus. La souffrance, elle le captive. La désolation, elle le subjugue, il la hume. C’est irrespirable se dit-il en desserrant le foulard qui lui entoure le cou mais ce n’est pas ça. Il étouffe toujours sous la chaleur écrasante du béton, de la crasse et du bitume. Il ne voit pas l’architecture harmonieuse ni le passé que ces édifices racontent, il est hermétique à la beauté tant l’ombre est terrassante. Ce qui lui crève les yeux à lui, ce sont les gens que l’histoire a laissé sur le carreau, à même le trottoir ou dans le caniveau, c’est la sempiternelle rengaine de la triste comédie humaine. Depuis la nuit des temps toujours, des vies inégales. A l’intérieur, il est effondré, fracturé comme le monde dan lequel il vit et ses affres le reprennent, ses plaies sont de nouveau béantes. Il s’était cru plus fort, il s’était cru capable de quitter le refuge de sa chambre pour se frotter au monde. Mais le vertige le gagne, il manque de tomber / Il se réfugie derrière la première porte ouverte, il ferme les yeux et alors, il se souvient. Il se remémore les saveurs de l’âge tendre, territoire indemne que la noirceur n’était pas parvenue à conquérir. Les après-midis à la mer, les sorties vespérales et gourmandes dont les effluves sucrés recouvraient le goût des peaux salées, par les larmes et les embruns. Il rappelle à son oreille les sonorités infantiles qui accompagnaient ses souvenirs, petite musique suave mêlant le bruit des oiseaux, des enfants et des vagues, entièrement libres sur ce littoral radieux. Il pense à sa mère, à son sourire le matin au réveil, à ses yeux accueillants, au calme de ces matins joyeux où l’enfance régnait en maître – enfin      il respire.

  • La maison est détruite, elle ne sera plus la gardienne de ceux qui y avaient élu domicile
    La porte est devenue cendre, elle ne s’ouvrira plus en un battement accueillant
    Chaque pièce, chaque objet y a perdu sa fonction, on leur a retiré leur essence
    Les manteaux resteront accrochés à la patère, les parapluies fermés
    Dans la cuisine, la fourchette ne servira plus à nourrir aucune bouche
    Dans le salon, les livres ne seront plus tenus par aucune main
    Dans la chambre, le lit n’accueillera plus aucun corps pour le repos
    Dans la salle de bains, le miroir n’offrira plus asile à aucun reflet
    La salle à manger ne réunira plus de tablées chamarrées et joyeuses
    Non, des corps y sont étendus, leur sang imprègne le plancher d’un rouge lourd et
    visqueux, encre indélébile inscrite dans le sol
    Un peu d’eux est ici pour toujours, à jamais
    La vie a quitté la maison, les larmes ne la ressusciteront pas
    I        I        I
    I        I        I
    I        I         I
    I        I        I
    Elles iront irriguer les cimetières où les gens ont en partage la souffrance
    Ils n’y sont plus ennemis mais camarades, ils n’y sont plus étrangers mais semblables
    Affectés dans leur chair, en proie à une détresse effroyable
    J’ai pitié de ces tombes à qui l’on retire le droit d’offrir aux âmes fatiguées le répit
    J’ai pitié de ces tombes qu’on viole jour après jour pour déposer en leur sein des corps
    arrachés à ceux de leur mère et à leur existence
    J’envie la bonté de ces pierres qui contiennent les cris désormais silencieux poussés par
    des fantômes aux morts inhumaines
    J’ignore comment elles supportent le vacarme qui s’élève autour et dedans, comment
    elles absorbent les pleurs, recueillent le chagrin et restent sans haine, sceau inviolable
    entre deux mondes, entre l’autre et soi

  • Je suis le premier homme. Je ne sais si je suis une bénédiction ou une aberration. Je ne peux supporter d’être seul alors je me tourne vers mon père pour en appeler au féminin. Mais cette autre, sa présence me gêne autant qu’elle me rassure. Surtout quand elle porte ce regard là sur moi. Elle me dévisage, elle tente de me deviner. La couche sur laquelle elle est assise m’invite à me rapprocher, elle semble douillette et hospitalière. Ses pieds caressent les bouclettes du tapis, onctueuses. Je ne sais pas si elle veut faire de moi son quatre-heures, son amant ou bien son chien. Je voudrais m’allonger là, à même le sol, entre ses jambes, sentir le moelleux du tapis, la douceur de la laine. Elle me calmerait, étendu je ne pourrais plus tomber, je redeviendrais enfant.
    Elle me transporterait en arrière, dans ce monde où les mots n’étaient encore que des sons, où ils ne signifiaient encore rien d’autre qu’un bain apaisant de langage, mélange de voyelles, de consonnes, d’accents et de tonalités – témoins d’une présence – paisible mélopée des berceuses qui adoucissent les premières nuits et les premiers émois d’une vie. Ses mains seraient chaudes, sa voix serait lumière, fil conducteur dans le chaos du monde. Au creux de ses bras, je pourrais tout entendre, tout dire, tout regarder d’un autre oeil. Apercevoir ce lieu chaleureux d’où nous fumes chassés, retrouver ce moment où nos corps, forgés dans l’innocence, ne réclamaient rien d’autre qu’un peu de compagnie, alter ego familier. Pas besoin de se cacher : ni secret, ni peur, ni honte – intimité non intimidante, le péché n’était pas encore inscrit dans notre chair. Depuis, le trouble s’est insinué, une impalpable perfidie règne : les mots sont devenus malentendus, les silences vides, les coeurs mous et ce qu’on a gardé en nous de ciel s’immisce entre les êtres, semblable à un impénétrable nuage, surface vaporeuse – abîme toujours – infranchissable.

  • On la dévore du regard mais elle ne passera plus à table. Elle refuse désormais de déguster comme elle en avait pris l’habitude, en serrant les dents. Elle ne se laissera plus mitonner. Elle ne veut plus être mangée ni même grignotée. Jusque là, elle avait accepté de se laisser entamer, par les deux bouts s’il le fallait. Elle restait hors d’oeuvre mais si cela permettait que d’autres en réalisent, alors elle donnait tout. Certains pensaient même qu’elle y avait pris goût. Et puis elle a senti, elle a su qu’à ravaler ses désirs, elle serait toujours perdante. Alors, elle a décidé de se fondre dans un rien qui pourrait tout contenir. Elle laisse désormais l’autre avide, alléché par l’odeur mais jamais repu de ce qu’elle ne donnera plus. Ce rien pour elle, c’est le pouvoir de n’être nulle part ou de naître ailleurs – ce rien contient en lui tous les possibles.

  • J’étais une enfant sage sous le regard prééminent de ma mère,
    Je dévore désormais tout ce qu’il me reste en tête de ses yeux noisettes
    Je me réfugiais dans l’ombre où je me suis perdue et condamnée à l’oubli
    _____ Mais je n’ai plus peur ni de l’obscurité ni de la lumière
    Je suis celle qui regarde aujourd’hui, sans chercher à être vue


    J’étais étanche, fermée à la rencontre de cette altérité en moi,
    _____ suspendue à des mots jamais prononcés
    Je veux être vulnérable, réceptacle, ouverte aux quatre vents,
    _____ à toutes les langues qui me traversent et me touchent
    Je veux amplifier l’écho, me faire résonance de chaque vie croisée,
    scander sans relâche le précieux de nos différences


    J’étais béton armé, colosse, corps solide et désincarné
    _____ captive d’une image banale, reflet terne, Narcisse inavouée
    Je suis fêlée, faillible, éclat sensible, être charnel
    Je tends à l’incandescence, au désir sans cesse renouvelé et à la quête jamais achevée
    Je suis une, humaine, aimante, terre fertile et enchantée