Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Anne-Sophie Dumeige

  • Ce matin-là elle s’est réveillée, 

    Ses cheveux avaient été coupés

    Elle n’a jamais su par qui.

    Quand elle s’est croisée, la pauvre

    Ils se sont dressés sur sa tête 

    Ça a fait des courants d’air

    Et d’électricité.

    Son mari, qui était chauve

    Lui a dit m’enfin

    De quoi tu te plains

    Ils repousseront, tes cheveux,

    Et sûrement même bien mieux.

    —Faut dire qu’elle n’était pas très bien coiffée

    Sa coupe était plutôt ratée—

    Mais la malheureuse a répondu 

    Belle ou moche, n’empêche

    Personne n’a envie

    De se réveiller un mardi 

    Avec une tête pas choisie

    Ça fait des pellicules

    Et des ch’veux gris.

  • Un lac et un torrent
    Parlementent sous la pluie
    De qui prendrez-vous le parti ?

    —Moi, je suis calme et avisé,
    dit le lac
    L’été je clapote
    Et l’hiver je me glace
    Mes ridules de sagesses
    Sont souples et douces 
    comme la peau du lait.
    Quant à toi le torrent 
    Tu ne vis que dans l’instant
    Ton flot vif-argent
    N’est que babillages
    Il discourt dans son lit 
    Sans jamais s’apaiser

    Et le torrent contrarié,
    Ne manque pas de rétorquer
    —Pour moi, pétard,
    Tu n’es qu’une flaque d’ennui
    Un vrai puit à potage 
    Un coup de chaud 
    et tu t’assèches,
    Vieux crapaud
    Dans ton fauteuil bourbeux

    — Je boue pas, j’érode
    Fripon insolent
    Retourne donc chez ta mère
    Dans les tréfonds de la terre
    Ça nous f’ra des vacances
    Tes enfantillages nous épuisent
    Nous les vieux 
    Les gardiens de ces lieux.

    — Comme tu voudras,
    Se rengorge le torrent
    Mais je gage que sans ma course
    Jusqu’à ta vase
    Tu désemplisses à grands pas.

  • Aujourd’hui
    Ou peut-être Hier
    Elle prépare ses affaires
    Elle inventorie
    minutieusement
    Pour ne rien oublier
    C’est impératif
    Les médicaments
    La trousse de toilettes
    Deux pyjamas
    L’étui à couture
    Un jeu de cartes
    Le vernis pour les pieds

    Il viennent la chercher 
    Aujourd’hui 
    Ou peut-être demain
    Elle ne sait pas où elle va
    Ni quand elle reviendra
    Peut-être est-elle revenue hier
    Mais parce qu’elle ne sait plus
    Elle emballe
    Ses breloques
    Ses reliques 
    Et tout le toutim.

    Elle voudrait emporter 
    Rien 
    Elle voudrait juste s’endormir
    Et se réveiller
    Jamais
    Mais parce qu’elle ne sait plus 
    si c’est déjà fait
    Elle emballe
    Tout le nécessaire
    C’est son grand qui vient 
    Non pas le grand
    Il est mort
    L’autre, le cadet
    Sa fille elle ne sait pas, si loin
    À quelle heure déjà ?

    Dehors les arbres 
    se balancent
    Ils agitent leurs gros doigts
    Allons donc, disent-ils, prépare-toi
    Elle ne sait plus trop pour quoi
    Elle ne sait plus grand chose
    Tout ce qu’elle espère
    C’est que son mari est mort
    Et qu’elle était là.

  • On n’en sait
    ni la source
    ni la nature
    honte d’être là
    honte d’être soi
    honte d’être
    honte d’avoir honte d’

    Est ce qu’un nouveau-né
    a honte d’être né ?
    Est ce que ça s’apprend ?
    Est ce qu’un embryon
    la connaît ?

    #
    Elle flâne
    comme une haleine fétide
    arrière-goût de terre
    blêmes subterfuges

    #
    Tenace
    elle
    frelate les sentiments
    joie et douleur se fondent

    le rire prend
    le teint salé des larmes

    La fierté, le masque
    de la vengeance

    la victoire se tord
    En ricanement