Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Audrey Jarre

  • Cette nuit j’ai rêvé dans le corps d’un bateau.
    je me suis sentie vide jusqu’à midi,
    le poids de mon propre corps insupportable avant qu’il
    ne soit rejoint par celui des autres.

    louée j’ai fait trois fois la même boucle idiote,
    j’ai semé le circuit du plantage son moulin
    et les longue girafes du zoo
    j’ai rêvé d’être coupée en deux à chaque traversée de l’Amstel,
    le fleuve comme un couteau.
    j’ai buté contre la même péniche et sa propriétaire,
    peinte et lustrée comme un dictionnaire,
    a hurlé.
    dans le PVC-miroir j’ai eu l’impression de m’abîmer moi-même

    j’ai porté des vieux des jeunes des cravates des baskets.
    j’ai senti les bulles du mauvais champagne s’écraser
    sur le mauvais cuir,
    le mien ma peau leur fête.
    par leurs bouches j’ai parlé français allemand et russe.
    au creux de moi il y avait l’eau du canal
    et celle des larmes et les bulles
    et l’urine qui n’avait pas été projetée en dehors des hommes fontaines.

    j’étais la ligne dure qui sépare les liquides,
    celle qui donne l’illusion du haut et du bas.
    mais au réveil, j’étais sèche de transports.

  • Toi, tu n’es qu’un module de réservation
    qui affiche complet pour les mois à venir
    Tu es la pâle page web
    qui joue la blanche indisponible
    Tu es la boîte de réception vide
    qui attend les invités de la fête
    Tu es l’auto-reply bilingue
    qui traduit ton absence dans toutes les langues

    Tu es le signal électrique
    qui éloigne ta réalité de la mienne
    Tu es le corps dépossédé
    qui physiquement n’est qu’une main
    Tu es ce bureau de bois pâle
    qui t’étreint davantage que je ne le ferai jamais

    Il est serré contre tes genoux
    là où se lovent les amants
    Il n’y a plus de place pour nous
    dans ton monde tout est plus grand

  • Premièrement,
    Le ciel qui se lève,
    Une heure après moi.
    Le volet dévoile le blanc des nuages,
    Comme une jupe qui glisserait sur ta jambe
    Nue.

    Deuxièmement,
    Le velours du canapé
    Comme une mer étale :
    Je me noie volontairement.
    S’allonger à peine levée c’est un peu
    Déjà accepter de mourir.
    J’ai soif, l’air est salé.

    Troisièmement,
    Le café coule sur la table
    Quand la main tremble, bête,
    Parce qu’elle n’a pas assez écrit.
    Le tsunami brun des matins gâchés
    Je nettoie et je pars :
    L’éponge c’est moi.

    Quatrièmement,
    Les pas automatiques, silhouette téléguidée
    Comme les bateaux du Luxembourg.
    Neuf-cents mètres jusqu’au canal.
    Les bouteilles de bière sur le quai
    Me rappellent qu’avant le matin il y a la nuit.

    Cinquièmement,
    Le fantôme de ma mère, liquide
    Cinq appels manqués dans l’eau :
    Spectral spectacle cellulaire.
    Le téléphone a-t-il sonné hier
    Ou bien était-ce le réveil ?
    Dans le doute, je ne rappelle pas.

    Sixièmement,
    La cannelle dans la bouche,
    Roulée comme du mauvais tabac :
    Je vais à la boulangerie pour avaler
    Autre chose que mes regrets
    Au petit-déjeuner.