Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Clémence Lavigne

  • ce sera un soir
    mes ongles crisseront
    sur le bois ou le gravier
    les oiseaux dormiront
    au creux de haies drues
    qu’on aura enfin décider
    de laisser fleurir
    sauvages
    vous ne m’attendrez pas
    car vous aurez cessé
    de m’attendre
    j’ouvrirai la porte
    les mains tordues
    séchées par l’oubli
    et je vous regarderai
    droit dans
    la langue

    ce sera l’heure du café
    vos dents marrons ou trouées
    ouvriront des mondes
    enterrés sous la surface
    vous n’aurez rien à crier
    et tout à pardonner
    de vos bras pendus
    au ciel d’acier trempé
    vous me montrerez
    nos terres englouties
    par l’aigreur des nuages
    et le long de nos trachées
    le silence sortira brut
    de son nid
    gangrené

    ce sera un matin
    mes jambes écorcées
    aux racines arrachées
    longeront fiévreuses
    vos îles-talus
    vous me parlerez d’un temps
    où je n’étais pas née
    quand vos champs
    brillants
    buvaient encore
    la lumière
    et vous donnaient
    de quoi manger
    vous reconnaîtrez
    enfin les brulures
    et les trous creusés
    à même la chaire
    argileuse en surface
    granitique en profondeur

    ce sera l’heure du vin
    vos mains de grés
    que j’ai tant cherché
    à ensevelir
    trouveront
    dans le vent d’avril
    un chemin jusqu’à
    la mousse trouble
    de mes bajoues
    nous ne porterons plus
    la honte
    d’avoir détruit l’envers
    et l’endroit de nos vies
    nous existerons
    pour de bon
    en marécages

  • Ce sera l’hiver 

    Devant l’âtre d’un feu vidéo 

    Ou peut être l’été

    Ventilo + âme dans le dos 

    Dans la touffeur d’un mardi 

    Sous un ciel sapin grillé 

    Tu ne voudras pas y croire 

    L’autre aura arrêté tout cuit 

    De respirer

    Tu seras relâchée 

    Les cils en barbelés 

    Éloignant tes yeux bruns momie

    De ce maintenant 

    Où tu n’auras plus jamais 

    Le temps 

    De lui 

    D’être 

    De dire                          POURQUOI

    De pardonner 

    Tu colleras tes mains 

    Sur le rebord de sa vie

    Tu y chercheras

    Les oiseaux les traces 

    Du printemps 

    Toujours absent            CONNARD

    Tu as souvent pensé 

    Qu’avaler du vert 

    Ça t’ouvrirait un peu

    Les boyaux le bide à l’air 

    Mais les marques

    Ont la couleur boréale

    Du temps qui passe

    Entre le dégel et la glace 

    Elles ne se voient pas 

    Ça ne se dit pas

    Qu’il il il il il                   T’   A(S) FAIT ÇA

    Tu seras là plantée 

    Larmes cendrées 

    Rouge à lèvrée

    Du noir de sa suie 

    Tu auras 

    Six ongles de pieds

    Déjà sous terre

    En vigies-nature

    De sa lente décomposition

    Et dans le talkie-walkie

    De ta sève éclatante 

    Tu entendras 

    Il est mort 

    Disparu 

    Effacé 

    Toi tu vivras 

    Tu auras une bouche

    Pour crier

    tout haut et vert 

    Que pardonner

    = impossible 

    Tant qu’ils n’auront 

    Pas compris

    Que c’est aujourd’hui

    Espace-Temps-Ici-Maintenant 

    Qu’il faut casser

    L’odieux bruit blanc

    Le silence assourdissant 

    Tu grandiras enfin 

    Mains et épines tendues

    Vers les nuages carbonneux

    Tu seras immense et lourde

    Un phare de chaire retrouvée 

    Dans la tempête de ton monde 

    Tu seras une forteresse

    De fleurs d’eau de sang

    Il sera loin le temps 

    Des années sans printemps 

    Où il était là 

    Où ils ne comprenaient pas 

    Ces ils n’existeront plus 

    Avalés par le monde nouveau 

    Dont tu seras l’un et l’une 

    D’un peuple taïga tropicale 

    Fait de briques et de chocs 

    De ciels d’aubépines roses

    Et d’amours pleines et justes

    Garde-espoir ce soir pétard

    TA PAROLE EST EN CHEMIN