Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Clémence Lebon

  • Ce sont les poignards aiguisés qui attendent l’heure promise

    C’est ce jour de deuil où l’appel est tombé comme une interrogation suspendue

    Fracturée

    Le parcours de cette attente arrimée d’une tristesse figeante ouvre ses bras à son corps étendu.

    L’heure de la perte n’existe plus, elle écrit son histoire au passé mais le présent y ajoute ses mains.

    Elles sont poreuses, elles n’écoulent plus

    Tout y passe

    Et le jour par sa clarté merveilleuse l’accompagne le long des remparts.

  • Ter la ba, ban form lé dessiné
    Ou sa cherche a li, ou sa fouillé, près de out keur
    Sat roches fouettées, li sa aide a ou
    Derièr li, ban vert li prolifère, ban voune humide ek son kor nu, anou la dépose un bekot, frazil
    Aou naura pèr, mais sa lé normal
    Aou nozera point touche a el, 
    Do lo sa gid out pas, trankil ou sentira aou triste, ban souvenir li va remonté dan out jabot, li sa angrinn aou,
    Mais sa lé normal, sat souvenir li sa debonde out kor
    Aou sa guèt le kriyé cozé, par li, aou va trouver son musik ki kraz derrière ban lombraz

    En bas, par là bas se dessinent des formes
    Tu iras les chercher, les fouiller au plus près de ton coeur
    Ces pierres battues, elles t’aideront
    Derrière elles, du vert à foison, des mousses humides et son corps nu, on l’a embrassé, fragile
    Tu auras peur et ce sera normal
    Tu n’oseras pas la toucher mais l’eau guidera tes pas
    Tu te sentiras lasse, envahit par tes souvenirs, ça grondera à l’intérieur de toi
    Mais ce sera normal, ces souvenirs ils déborderont ton corps
    tu attendras le cri, et par lui tu trouveras sa musique qui danse derrière les ombres

  • c’est un éclat de verdure,
    c’est
    la mousse humide s’agrippant à la pierre
    c’est le vent, partout,
    le vert
    brillant,
    les joues rosies et le matin frais
    c’est la séance,
    les photos et l’appareil
    click
    tu viens près de tes fleurs ?
    click
    Les pots humides aussi,
    ceux qui tiennent et contiennent l’organe vivant
    la vie
    ce matin, doux comme l’air
    saisit son corps, ses membres nus
    les pieds dans les savates, protégés, elles marchent, frôlent la terre,
    les cheveux tressées par leur grand-mère
    le matin même, plus tôt encore,
    le jour qui dort dort dort
    c’est le souffle, de ce jardin dans un jardin sur une île

  • Kan Zarlor y tomb su nou
    parey un ti voulvoul ki rod su ban pièr
    li lé transporté
    ti lamp ti lamp dan’ l’air frais
    la ramèn amwin
    la ou mon ban zié lé an fé
    sàt moment ou
    kan mi imazine out figure
    ek le ban zetoile ki gilit aou

    et ou rire aou
    y rézone dan fon dan’ cascade
    y plonge dan keur batan’
    y bat ann’dan

    Quand le trésor nous atteint
    comme un cheveu de pelé qui bouge sur les pierres
    il est transporté
    doucement dans l’air frais
    ça m’a ramené
    là où mes yeux étaient en feu
    ce moment, où,
    quand je me souviens de ton visage
    et de ces étoiles qui te chatouillent

    et ton rire à toi
    il résonne dans le fond des cascades
    il plonge dans le coeur battant
    il bat à l’intérieur

  • tan lontan
    la mousse té i dérape su ban gravier

    tonère té i cogne, té i bat su la tête

    com loraze
    com loizo
    ki la pou fuir, fuir lo silence

    sat i coze derrière pied dbois, derriere tonère la pou lache ses nerfs

    éventré mèm zisko keur mèm, sat i met ensemb na poin meilleur sens
    le ban mot la, ki glisse sous ban doigts rêvés de nout tet
    nout tet brulant, ki lache pa prise
    coco ki durci
    coco ki la pou fuir

    zordi set mot lé seulment pensé pou ou
    demain li sera di pou ou


    L’oiseau s’enfuit

    Il y a longtemps
    La mousse glissait sur les pierres

    Le tonnerre cognait, il battait sur la tête

    Comme l’orage
    Comme l’oiseau
    Qui est en train de fuir, fuir le silence

    Ceux qui parlent derrière le pied de bois, derrière le tonnerre, ils évacuent leurs nerfs

    Comme éventrés, jusqu’au coeur même, il n’y a pas meilleur sens que ceux qui se
    rejoignent
    Les mots, ceux qui glissent sous les doigts imagés de notre tête
    Notre tête, brûlante, qui ne lâche pas prise
    Notre tête qui durcit
    Notre tête qui s’enfuit

    Aujourd’hui, ces mots sont seulement pensés pour toi
    Demain, ils seront dits pour toi

  • Tu es revenu en souffle
    Pour transparaître et inonder l’espace
    La frontière de nos deux corps, c’est la limite, le seuil,
    Là où si le pas arrive l’autre suivra


    Tu n’as plus de physique, l’enveloppe est partie
    Balancée, poussée par le courant,
    Le courant il brosse l’air, on dit que c’est courant, que c’est normal que le coeur lâche,
    Que ce n’est qu’un muscle, que c’est normal


    Le silence s’est installé à ta place
    Qu’est ce qu’il faut de coeur pour qu’un jour il soit amené à disparaître, qu’il soit amené à
    s’écrouler
    La masse
    Immense de ton corps enroule l’espace


    Tes bras ils m’entourent et le doigt dessine, il imagine, dresse les caresses, ajuste la
    frontière, la limite, l’extrême extrémité de ma peau
    J’imagine