Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Elise Vandel

  • J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu sois forte. J’ai besoin de ton sourire, de tes dents blanches de tes lèvres rouges de tes yeux qui pétillent de ta voix chaude de tes silences de ton souffle chaud de tes doigts nerveux. J’ai besoin que tu sois là même quand tu n’es pas là. Être là, sur terre, c’est pas ce que t’imaginais, tu pensais sauter de brin d’herbe en brin d’herbe et que l’on t’oublie. Non. Ce n’est vraiment pas comme ça que ça se passe. Les attaches arrivent, vite, elles se font et rarement, elles se défont. Tu crois que l’heure de te détacher est arrivée ? mais la vie c’est pas comme une balançoire, avec des hauteurs de bonheur réglables au bout des doigts et une planche qu’on change quand elle est abîmée. N’empêche. J’ai besoin de toi.

    Ce « j’ai besoin de toi » s’adresse à elle. Ça deviendrait une phrase souple et implorante, une phrase dorée et vibrante, une phrase comme un miroir offert à ses identités. Ce « besoin de moi » fait que je peux « avoir besoin de toi« , l’autre, l’alter, l’être côte-à-côte, la personne à côté que je ne connais pas, que je ne sais pas, dont j’ignore même qu’elle existe. Les cheveux du vent balaient son visage quand elle se promène le long des berges orange, elle court, elle court, elle marche au retour. Elle n’a jamais connu l’entrain dans son enfance, ni l’entraînement. Elle pose sa tête au bord du chemin. Elle voudrait parfois détacher sa tête de son corps. Pour vivre pleinement. C’est un puzzle sans fin, une existence. Le cœur, la tête, les jambes, les bras, les fesses, les mains, les pieds, le dos et les épaules, tout se remet ensemble dans la vibration d’une seconde, d’une minute, d’un jour.

  • Quelle est la plus proche des plages de sable ?
    L’étendue d’eau la plus épaisse ne la contiendrait pas, elle s’efforce de briller même dans les profondeurs. Alors
    Comme nous sommes des grains qui
    comme le sable se confondent
    Comme nous sommes des
    enfants doués de parole
    noués de désirs
    parfois il nous faut
    nous taire
    Car nous sommes
    Aveuglés par le présent présent qui nous brûle les yeux à force de cristaux d’argent.
    Quelle est la moins philosophique des questions ?
    La consistance des parois a à voir avec le tissu du monde.
    Tu sais comment ça fait un gosier qui s’étouffe en pleine nuit et qu’on n’a pas vu venir cette irritation de gorge.
    Il y a des grumeaux sans fin dans la pâte à crêpes.
    Sans réchauffer les matières, on n’obtient jamais rien.
    Quel est le meilleur jour pour ne pas travailler ?
    Il fait beau : c’est là une prairie de possibles. Prendre des paréos, cueillir des pommes, converser avec les abeilles, marcher dans les herbes. Faire du ciel son étendard. Ne pas toucher à la voie lactée.
    Quelle est la chose qui reste sans réponse ?
    Des milliers. Des milliards. Là, ne pas penser aux profondeurs. S’immoler dans les couleurs, peindre sa propre peau pour ne pas sombrer. Inutile de faire de la cartomancie si ce n’est que pour demander :
    L’instant où l’on meurt.
    Qu’est-ce qui poursuit sa course comme une comète ?
    Un vide traverse la rue sur le passage piéton. Il s’engouffre. Personne ne le voit. Mais il peut prendre la forme d’un nuage rondouillet, d’une brassée de fleurs, d’un chien noir. Le vide n’a pas qu’une apparence.
    Comment peut-on la dire, cette course dans les étoiles ?
    Inutile de compter les mètres, les années-lumière se suffisent à elles-mêmes. On se sent dépassé. Il ne pouvait rien nous arriver de mieux, non ? Ça apprend à laisser filer – étoile filante. Il y en a tant que la bibliothèque d’Alexandrie ajoute sans cesse des rayonnages dans ses étagères. Regarde l’index. Il montre le chemin.
    Qui regarde ?
    Le vieil homme peut – il est aveugle mais puissant par sa mémoire. La vérité n’a rien à voir avec la mémoire.
    Sous chaque image dort un roman. L’étincelle fait de chaque instant un champ vaste
    Où emménagent nos dépendances friables
    un miroitement hors du commun
    une fleur qui s’épanouit
    une fleur qui s’évanouit.

  • Quand mes yeux tombent dans les poches de mon pantalon
    Comme les flaques de novembre
    Ne crois pas que je suis soumise à tristesse à petitesse ou à l’hiver

    Quand le sourire m’efface de mon propre visage
    Comme les alphabets à la craie sur le tableau aigu
    Ne crois pas que mon cœur deblaie de la suie au fond de la cheminée du charbon dans les alvéoles

    Quand les larmes s’egouttent une à une roulis salé sur la joue
    Comme une dentelle liquide
    Ne crois pas que l’âme devienne peine bouillie chapelure

    Quand le verrin de l’énergie rétrécit son rythme
    Comme une courte paille
    Ne crois pas que l’effort se tait se chappe se calcifie

    Quand mes doigts se dérobent à fabriquer
    Comme une sanction
    Ne crois pas que la voix est muette rance et engoncée

    Quand l’aurore déverse ses filaments sur mon visage froissé
    Comme un buisson de ronces et que
    Le soleil m’embrasse venin abrupt
    Alors que je m’éveille sur un lit d’hirondelles
    Ne crois pas que l’échoppe de mon envie ferme à heure fixe

    Elle tire la sonnette d’alarme sur les dessins en grisaille
    Au sommet du terril
    Mord la sciure
    Traverse les champs d’armoise
    Fait mousser la poussière

  • Pendant des années j’ai cru que
    le silence recouvrait la peau de ses squames
    Pendant des années j’ai vu que
    le non-dit lamine les gorges de ses crevasses arides
    et même les gorges claires sont touchées
    Pendant des années j’ai senti que
    ça clochait au niveau des cœurs au niveau des échanges vrais au niveau des passages de relais
    pendant des années j’ai goûté l’amer des crues
    le sel des larmes le sel qui ronge et qui libère
    pendant des années j’ai visité l’ineffable le silence le trop tôt le trop tard
    à la façon d’une roquette oubliée dans les couches de la terre prête à
    exploser prête pour le voyage interstellaire
    pendant des années c’était toujours pas le moment
    ce n’était jamais le bon moment
    par-dessus les silences les grosses gênes cousaient des tombes de corps voûtés des oreilles hagardes dégringolaient de leur fonction des oreilles sans fond des oreilles sans parois sur lesquelles les mots, les questions ne ricochaient plus
    pendant des années c’était
    j’ai cru que ça finirait ce
    rien ce
    blanc du vide de la neige qui fait tout taire autour d’elle
    j’ai cru que ça finirait ce
    jamais
    mais des décennies après je ne suis plus une enfant plus une fillette à qui l’on dérobe les réponses à demi-mot
    mais des décennies après il n’y a plus de neige en hiver et tout se tait pourtant
    tout continue à ne rien
    tout est tu
    mais où suis-je où êtes-vous d’où vous taisez-vous
    le puits d’où vous noyez la parole n’a pas de fond cela fait trop longtemps qu’il est bouché
    s’il avait un cadenas il serait fermé à quintuple tour il y aurait un maître de la forge un vulcain qui soudoierait ses elfes bienfaiteurs pour conserver cela secret, tu, mort
    l’arc-en-ciel met du temps à se frayer un chemin
    même s’il a été là depuis ma nuit du temps
    le voir fut difficile
    le voir fut un reniement du silence
    du silence et c’est dur de le pousser quand il a été le seul dialogue
    un ballon de baudruche un lot de consolation un gros paquet cadeau
    finalement toi tu tries les ficelles de l’existence
    tu fais bien car
    ce qui importe c’est que cela devienne le
    carrousel des délices
    pendant des années j’ai pas su que la vie avait un goût, une saveur exquise, un avenir et pas qu’un passé
    puis j’ai touché du doigt les mots sur mon clavier.

  • Cette nuit, j’ai rêvé dans le corps d’un enfant de sept ans
    cette nuit, tout mon corps, ma tête, mes pieds, mes jambes, mes mollets, avaient sept ans à nouveau
    leur petitesse et leur vigoureuse maladresse ne cessaient de me rapprocher
    de terres blanches molles et neigeuses où il ne faisait pas plus de trois degrés
    je m’y enfonçai avec amour
    je traversai de hautes portes en hêtre et en épicéa qui roulèrent sur mes bras nus, déposant une épine
    que la peau absorba
    sous les pas d’un lynx mastodonte, la neige crissait et gelait aussitôt
    le félin avançait d’un pas fier, de dos, il paraissait un lama
    et me guidait
    vers la flaque noire – un étang
    mes yeux se posèrent, attirés par la surface cendrée, irrémédiable d’opacité
    les blèvres repentis montraient leurs griffes et leurs moustaches leurs nez fureteurs
    je plongeai et ressortis de l’autre côté de la vallée, à l’aube de mes quarante ans

  • Il était une fois une fille aux cheveux couleur de miel et une fontaine ronde. La fontaine était vide. Une pierre se dressait en son centre. Au fond de la fontaine, et comme cela put sembler anormal, il faut répéter que, aussi étrange que cela puisse paraître, il n’y avait plus d’eau.

    La dernière goutte, tombée sur le parapet des siècles plus tôt, avait rencontré de la mousse. Grâce à cette ultime goutte, la mousse n’avait pas totalement séché. La fille à la chevelure d’or avait recueilli la mousse dans la paume de ses mains. En avait formé un nid, bien rond, d’un vert ardent, et qui donnait l’impression d’être molletonné.

    La goutte avait prolongé ses effets aqueux dans le nid de mousse. La jeune fille disait : « au creux de mes mains, la mousse a fondu en larmes ». Les larmes avaient coulé, et la mousse avait proliféré en longs filaments de vase vert jade, tels que ceux que les rivières abritaient. La fille s’y prenait les pieds lorsqu’elle nageait le long des berges sombres. Elle aimait ce contact doux et poisseux. Elle sentait des cheveux à ses pieds.

    Le soir, alors qu’elle assemblait ses mains en un cœur tiède, en guise de prière à la fontaine sans eau, elle vit naître de ses paumes ligneuses et blanches un monceau de mousse. C’était inattendu.

    De ce réseau verdâtre naquit un globe gros comme une agate. Puis, un œil se forma. Un œil tout à fait humain. Blanc. Avec une pupille et un iris. Strié dedans. Brun, ambré, lumineux comme une bière. De longues broussailles l’ornaient.

    L’œil était humide et bien vivant : il battit des cils. Elle passa sa main dessus, pour refermer le battement, puis, c’est une paupière qui se dessina. Cheveux de miel et œil d’ambre : elle n’avait pas besoin d’un troisième œil alors elle plaça le bourgeon dans sa poche toujours humide.

    Depuis lors, elle exerça ses talents de médium.

  • Lac du Petit Maclus.

    Lac, eau stagnante, démonstration de la quiétude, j’ai envie de me rouler dans tes bras, que mes jambes s’entortillent au gré de tes remous impassibles, implacables, obscurs

    Lac, nénuphars sur ta surface, racines dans tes reflets, tu es le jardin germé dans l’eau vieille des glaciers fondus

    j’ai envie de refondre ma peau à ton eau, de ressouder ma chair à tes rochers, de tricoter mes cheveux à ta vase indocile

    Lac, ombres des sapins vert sur le noir de ta moire liquide, j’ai envie de croiser mes jambes à tes saphirs triomphants, de visser ma langue à ton impossible étang

    de frotter mes pieds à ton fond inatteignable, pourtant si doux, de cambrer mes dents sur ton apparence épaisse, noire, d’ébène et de confettis

    Lac, truites, ombres, vairons, grenouilles, entités millénaires prises dans tes filets de liberté, j’aime me jeter à corps perdu dans ton corps mouillé, et retenir longtemps ma respiration

    Lac, châtaignes, brumes et longue pluie, je passe mon temps à situer ma vague sur l’envers de ton vibrato

    je lèche tes bords, je sens ton odeur, je ne sais plus me séparer de toi

    je sens le vide de la nudité emballer les blessures, vivifier les corps et fabriquer des baisers très solides

    à la mémoire verte.

  • Prise de sang elle s’évanouit

    Prise de sang elle colère

    Prise de sang elle se vide

    Prise de sang elle se colore

    D’abord, une perfusion de rouille pour recharger le taux de ferritine et le taux d’hémoglobine. Les clous trempés dans le verre d’eau sur la nappe en vinyle à carreaux rouge et blanc, gros, gros carreaux Vichy, la nappe aux bords francs coupés aux ciseaux, effilochés par les ans.

    Le gras des jours qui se dépose en fines pellicules ajourées sur les endroits les plus nombreux de la nappe, cette eau de rouille est un remède. Un miracle. Une formule de bonne santé.

    Puis, fendue en deux par l’aiguille de la santé, la veine s’offre à la silhouette en blouse blanche et lèvres vermillon, contraste éthéré :

    baskets râpées rougies, cheveux roux, bouche carmin,

    murs, plafond, siège blanc lavabo

    équipement métallique froideur du temps du soin

    Ensuite, l’élastique se desserre, le poignet se libère, l’ecchymose se dessine.

    Plus loin, fendue en deux par l’aiguille de la santé, la veine explose, hématome, bleuissement, cyanotype épiderme

    cartographie de l’aiguille vivement plantée dans le bras pour la journée

    rébellion des molécules ajourées, danse des enzymes.

    Et, résultat.

    Ferritine 5 mg par litre.

    Numération globulaire hématies 3,76 T/l.

    Après, l’explication est brève, un appel téléphonique, les mises en garde habituelles, prenez du fer, prenez de la vitamine C. C’est bon pour vous.

    Traitement approuvé, une ordonnance dans le panier,

    direction la pharmacie :

    « Et c’est tout ce qu’il vous fallait ? » Oui.

    Or, les effets secondaires ne tardent pas à se faire sentir.

  • Elle vient d’une lignée de paysans : la laine, les cornes, les plumes, les ruisseaux, cet univers non consommable lui montre que les façons de ses ancêtres sont aussi les siennes. Sa grand-mère paternelle, qui n’a aucune racine paysanne, mais des vaisseaux petits-bourgeois, veut l’en éloigner. Sans succès. Elle enfourche son vélo, chausse ses lunettes de soleil, laisse le lotissement étriqué derrière elle, pour les clairières et le clapotis de la rivière. Elle croise ce type à la bedaine écarlate, guetteur professionnel. C’est le vieux plombier. Il lui fait signe.

    Elle répond d’un regard furtif. Le plombier ne capte rien. Ses cheveux, encore humides de la douche, casquent son crâne et encadrent son visage d’un tortillon valable, comme des rubans de bolduc rebouclés aux ciseaux, de ceux qui font de somptueux paquets cadeaux. « Pas mal », pense-t-elle en voyant son reflet dans la vitrine de la supérette désaffectée. « Ça ressemble à l’effigie de starbuck, en plus réaliste ». Elle ressemble à ces mannequins en couverture de Biba. Elle n’a pas mis trois plombes à se faire des yeux smocky, ni tresser ses longueurs mais elle a l’air frais comme un fromage blanc à peine sortie de sa faisselle.

    Le vent adoucit les rayons du soleil qui cogne fort.

    Au moment de dépasser la vitrine floutée par les coups de pinceaux vandales s’ils n’étaient pas le signe patent d’un abandon, elle aperçoit une ombre, fugace, mâchée par les traces de peinture vinylique brossée à grands traits. Sous la peinture, un improbable face à face. Des allées et venues. Elle s’y attarde.

    Elle caresse du regard une silhouette indéfinie. Ce qui est net et précis, ce sont les pectoraux apparents et dessinés, d’un individu de type masculin, un torse travaillé et un jean qui se fond dans le décor sauvage de la vitrine. Elle essuie ses lunettes de soleil au verre brouillé par l’humidité ambiante.

    Plus rien.

    Pourtant,le paysage vu à travers la vitre embuée n’a rien d’une chimère.

    Elle se remet en selle. La silhouette distinguée à travers la vitre l’intrigue. D’où sort ce type ? Un bellâtre ? Un chevalier de l’apocalypse ?

    Elle qui déteste le lèche-vitrine, elle racontait à sa copine Zoé que les occupations les plus banales sont parfois les plus surprenantes. Durant tout le trajet vers la rivière, l’indistinct personnage viril l’accapare avec une force rageuse. Elle ferme les yeux : elle le voit. Elle voit un banc : elle s’y couche, car son corps est accueillant. Elle dévisage un copain de lycée : elle entrevoit cet éphèbe approximatif et inapprochable. Elle pédale le long du chemin, les perles de sueur transpercent son débardeur. Son dos s’orne d’un nouveau motif, éphémère, aux contours aussi imprécis que cette image brouillée et persistante.

    Elle reprend son chemin vers la petite plage. Le chemin s’étale devant son vélo comme un ruban de terre gonflé par la chaleur. Au croisement des sentiers forestiers et du chemin vicinal,trois chiens blancs et un chien noir balancent leurs poils trempés. Le portail de la maison dans les bois ne doit pas être bien fermé. Les labradors sentent le foin, le fumier et la douce robe des rosiers. Ils s’approchent d’elle avec toute leur prestance. Ça l’oblige à ralentir. Ils activent leur truffe : ils la reconnaissent, elle passe plusieurs fois par semaine. La meute familiale se greffe à l’attelage, et, telle Hécate, elle poursuit le bout de trajet restant les chiens haletant à ses côtés.

    Le récit passe comme un vent tiède à travers une moustiquaire.

    Leurs jappements font fuir un chat errant, reculer une vache. Elle atteint le pré sous lequel s’étend la rivière, pommade fraîche et verte. Elle pose son vélo,s’étend à l’ombre des noisetiers. De là où les chiens boivent, la rive se déroule en langue tantôt caillouteuse, tantôt boueuse. Sous son corps jeune, les pousses d’herbe, les pâquerettes s’activent à la chatouiller. Impossible de rester sur ce tapis vert. Elle se déshabille, glisse ses pieds dans l’eau nappée de mousse et se drape toute entière du baume liquide. En quelques brasses, elle réchauffe son corps brouillé par le réveil précipité. Se pose sur l’ancien plongeoir, offerte au soleil naissant. Elle frotte ses pieds sur un rocher incrusté d’algues, de fossiles râpés, duquel bouillonnent de petites bulles emprisonnées dans la nuit des pierres. Le halo tabasse ses yeux, empoigne sa peau sans bronzage. Ses cheveux courent le long de ses côtes. Elle fait le plein de calme avant les vacances trop occupées. Son frère, sa sœur, sa mère qui partent et reviennent, son père – qu’elle attend. Quoi ?

    La vie est un tourbillon. Les branches arquées du saule pleureur égrènent les feuilles frêles, tombent, ploient, comme si elles voulaient percer le sol et y reprendre vie. Si la vie peut parfois l’assommer, elle renifle les souvenirs rieurs comme celui du chantier derrière la vitrine

  • Tu déjoues la calcification des cerises
    tu enfreins la loi du velours et du vermoulu
    tu regardes : l’étang qui baigne les racines sans futur
    les koï qui œuvrent sur l’aval des prières
    tu préfères, bien sûr, les nymphéas
    tu demandes « qui déferle sur l’horizon que l’on n’a pas vu ? »

    tu oseras dans un an
    l’oxyde de fer sur la laideur
    la rousseur d’une peau surexposée
    l’étymologie inversée de la rivière

    en ce moment, il fait jour il fait chaud il fait lourd

    il pleut des anémones
    de mer
    une conque de pierre ensablée dans le Sahara acide

    tu enveloppes la terre
    tu neutralises l’insonorisation
    tes pupilles font face au vent salé
    ton corps délabré fouette le paysage
    comment ? tu étires tout ton être jusqu’au figuier

    tu n’entames pas la délicatesse des éléphants

    un long roulis élégant
    un serpolet dans l’eau de vaisselle
    par le soleil, obligé
    d’exhaler le noyau d’une cerise caché sous une feuille

    tu trempes dans l’ère duveteuse
    tu saccages le désir
    comment es-tu arrivé jusqu’à moi ?
    tu es un camélia violet
    tu absorbes les colères
    au printemps, les recraches,
    en été, les enterres,
    à l’automne, les fracasses
    et les piétines tout l’hiver