Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Emmanuel Rovira Figols

  • Lorsque, lasse un soir, on prend la route et que le vent nous pousse dans le dos, que la pluie peut-être commence à tomber, lorsque la nuit est encore claire, que l’on s’engage dans une forêt où les ombres s’étalent sur la route de boue, où la lune pleine de mai, projette notre ombre aussi nette qu’en plein jour, que nos idées, légères enfin, file vers d’improbable pensées, qu’on commence à croire aux fantômes, aux douces chimères, qu’on croit apercevoir les courses folles des étalons de ténèbres, qu’à nous se joignent les sons merveilleux du brouillard, que l’on ne voit plus l’avant de notre roue et que l’on est chaudement enveloppé de perles et de nuit.
    Quand les chênes ont des visages et des mains, que l’on s’arrête un temps au pieds d’un arbres, que nos bras l’enlacent. Lorsqu’on creuse notre terrier pour une nuit au pieds du chêne, le corps pleins de boues qu’on laisse sécher, qu’on s’enterre le plus profond possible, qu’on découvre cette autre monde, le monde des vers et des taupes, le monde des morts et des déchets enfouies, quand ce monde nous ouvre les bras, nous serre en son sein et nous transforme, que nos pieds se palmes et nos yeux s’écailles, que la pluie transforme le sol en marre, que nos poumons s’emplissent d’eaux glacées, que la parole nous quitte, quand on découvre le langage des eaux, qu’on comprend le courant et la vase, qu’on se promène dans les algues, qu’on se laisse caresser par la lune et les poissons chats, et que l’on ressort du marais pour se laisser sécher à la lune, que la vase et la boue croute, qu’on la décolle avec les ongles, tout doucement, couche par couche, et que sous la vase et la boue apparait un plumage, un fin duvet d’oisillon, que l’on pousse alors le premier cris du matin.
    Alors le soleil se lève sur les mondes nouveaux et des tanières béantes apparaissent enfin les hybrides.

  • Douce la lumière de cette fin d’après-midi
    Et douce la couleur des vitres jaunie
    Les trottoirs sont doux
    Cotonneux l’esprit des clients qui errent au hasard
    Qu’elle est douce l’odeur sucrée des ivrognes
    Et douce l’ivresse général

    Elle est douce la voix qui appelle devant la porte

    Si doux les yeux doux qui nous regardent et si douce la porte que l’on pousse
    Velouté le rouge des murs et volupté les coussins dans lesquels s’affaler

    Les rideaux de soie caressé, le parfum respiré et l’oreiller sous la tête
    Les mains qui viennent caresser notre peau si douce

    Incroyablement douce les lèvres embrassés

    Terriblement douce la gorge serrée
    Tout doux le tremblement des pieds
    Douce les chaudes larmes sur les mains
    Et doux la fin du souffle
    Follement douce la fatigue après

    Tout doux les rêves enfin
    Et la douce envie de recommencer

    Vraiment
    Velours le sang les coups les douces gifles les tendres insultes
    Tout doux la haine les cris les reproches
    Les yeux rouge-sang/doux
    Le verre brisé
    Les ongles doucement arrachés
    Et doux surtout les poings tuméfié
    Doux le visage écrasé le regard déformer
    Trop forte peut-être les caresses
    Si doux pourtant les remords

    Tout doux les coups dans le ventre
    Douce la chaude bave crachée au visage

    Qu’il est doux le lit qui donne l’amour
    Et les draps défaits
    Si douce sa main dans la mienne et son souffle dans mon cou
    Et son creux sous ma bouches
    Mais tellement douce oui les lèvres rasées
    Et le murmure du vent

    Doux le saut à pied joint dans le vide
    Et si doux le vent et la chute
    Si douce les organes qui implosent et le sang qui gicle
    Plus doux encore le bruit des os qui se brisent
    Et toujours aussi douce la mort
    Qu’ils sont doux les trottoirs où l’on s’écrase

  • Cris d’enfants. Pas sur le trottoir. Discutions sur les terrasses. Voitures. Vent.

    C’est un rayon de lumière sur la table de la cuisine. C’est un couteau qui hache de l’ail. C’est une chevelure en contre jour et un visage presque invisible. C’est quelqu’un qui regarde.

    Pourquoi cette distance ? Pourquoi cette texture, ce grain ?

    Comme si l’image naissante à l’instant sur la rétine avait déjà le goût de la nostalgie, que tout déjà était fini.

    Scène figé pourtant. Immobile. Vaste sensation d’éternité. Paradoxale.

    La sensation de nostalgie et d’éternité d’un souvenir qui va rester. Parce qu’il marque un moment important, décisif, un tournant.

    Elle relève la tête. Son regard plonge dans le sien. Elle pleure. Pas à cause de l’ail. Juste elle pleure. Elle va crier. Elle panique.

    C’est le désespoir dans son regard. C’est l’impuissance dans l’autre regard.

    Elle pose son couteau. Lâche l’ail. Elle n’a pas fini de hacher. Le soleil se ternie. La vue se brouille un peu. C’est les larmes. Ici aussi les larmes. Qu’est-ce qui a déclenché tout ça ?

    C’est oublié. C’était il y a trop longtemps. C’est trop de choses. C’est l’accumulation. La déception quasi quotidienne. C’est trop, beaucoup trop.

    Alors ça explose. C’est pas forcement cohérent ou audible. Mais ça se voit bien l’explosions, dans les gestes brusques, dans les muscles de la gorges tendus, dans la bave projeté, dans le nez qui saigne, et dans l’espace accaparé tout entier par ce corps magnifique qui explose.

    La personne qui regarde qu’est-ce qu’elle fait ? Pourquoi elle ne console pas ? Pourquoi elle ne s’énerve pas ? Pourquoi elle ne dis pas les mots qui blesse ? Ou les mots qui consolent ? Ceux qui stoppe la colère ? Pourquoi elle reste là à se faire gueuler dessus sans rien faire ?

    Sous ses yeux la table est renversée et l’ail jetée au sol, elle suffoque de colère tellement elle explose et la violence de son corps qui convulse sous les mots terrible qui sorte de sa bouche fait vibrer cette nuque magnifique tant aimé, si longtemps désiré, souvent déçus.

    La personne qui regarde ne fait rien parce que l’image est belle, parce que l’image est lointaine et presque déjà un souvenir éternelle.

    C’est un moment décisif dans sa vie. C’est un moment décisif qui change son histoire. C’est un moment triste mais beau. Violent mais beau. C’est le basculement c’est pour ça. C’est pour ça qu’il n’y a rien à faire. Juste regarder. Se laisser envahir par l’image. Regarder. Profiter du souvenir éternel. Aimer. Aimer ce dernier moment ensemble. Même s’il est terrible. Aimer cette femme.

    Aimer ce moment. Aimer cette colère. Une dernière fois.

    Et toujours dehors les cris d’enfant, les pas sur le trottoir, les discutions en terrasse, les voitures et le vent.

  • Je veux voir la fin                                                                                                          vite.

    Je veux voir la fin, me jeter dedans, y plonger tête la première et contempler le gouffre, l’abysse, et qu’il me contemple aussi et qu’il me trépasse. Je veux y plonger en apnée et rester un temps suspendu et qu’il m’aspire, qu’il m’entraine et qu’il me montre et qu’il me goûte et que je vois enfin. Je veux qu’il m’ouvre le crâne et qu’il sorte mon esprit et qu’il le projette en arrière et en l’air aussi. Je veux me bruler les yeux et avoir la tête qui tournois et l’esprit qui projette. Je veux voir la fin avant tout le monde et avant moi. Je veux m’y voir. Je veux précipiter ma chute. Je veux m’y presser et m’y lover, non m’y jaillir de toute part et exploser à sa face et à vos gueule. Je veux pas la neige en été et les enfants heureux je veux la fin et la déliquescence et voir ce que c’est là et faire waou.

     Je veux la fin et sans attendre et sans grand bordel et sans grand tambours. Je veux la fin simple et rapide, la fin simple et rapide qui vient vite avant tout le monde. Je veux me défaire et me fondre et me disparaitre et je veux l’oublie aussi. Ça serait bien l’oublie et la tranquillité aussi. Je veux la disparition. Et l’oublie je veux. Je veux un caillou qui coule très profond, je veux l’abysse et le froid. 

    Je veux                                                                 vite.

    Et puis plus du tout.

    C’est normal ça, c’est souvent, c’est les choses.

    Je vois presque la fin et je veux plus du tout la fin. Je veux le retour en arrière. Je veux qu’on me rembobine et qu’on m’accueille du retour du gouffre. Je veux des mains chaudes et douces et m’y jeter, non m’y blottir. Je veux les caresses sur les yeux et les paroles du retour, chaude et tendre. Je veux l’eau sur la nuque et l’aire dans les poumons et le cris qui revient. Je veux les éclats de vie dans ma tronche et reculer et revoir ma mère. Je veux plus voir la fin je suis plus pressé. Je veux trainer et même marcher à reculons et voir plus en arrière pour une fois et aller voir au-delà de l’avant. Je veux aller là où on va pas et moi j’irais. C’est bien avant le début. 

    Je veux voir avant le début, l’apnée éternelle et la flottaison douce. Je veux voir la lumière qui traverse la membrane et les bruits étouffé. Je veux voir avant moi et l’ignorance de moi et la solitude éternel et l’obscurité et l’autre gouffre. Je veux voir le gouffre qui projette en avant et qui expulse toutes choses, direct. 

    Je veux voir                                         vite.

  • Dehors, ni pluie, ni vent. 

    Dehors le soleil qui crame 

    le soleil qui crame l’herbe 

    l’herbe sèche 

    l’herbe cramé 

    l’herbe jauni cramé jusqu’aux racines 

    Les racines qui forment comme un réseaux 

    un réseau parallèle 

    un réseau souterrain 

    un réseau de vies 

    de vies cramé par le soleil. 

    Le soleil et ses rayons nucléaire 

    ses rayons nucléaire qui créent la vie 

    Nucléaire qui crame la vie

    Qui crée l’or et la matière 

    Pis qui explose.