Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : François Tastet

  • Avant de se sublimer
    au franchissement de la ligne des glaces,
    les comètes hurlent
    des années-lumière durant.

  • Pour les monolithes
    comme pour les breloques,
    ça paralyse.
    On a envie de creuser avec les mains,
    de faire jouer le physique,
    mais on est englué
    dans l’ombre d’un arc-en-ciel.
    Puis un jour,
    au milieu d’un terrain vague,
    dans le coin d’un labyrinthe,
    quelque chose chatoie.
    Et on le note.

  • Quelque part,
    des cubes incandescents
    s’agglomèrent.
    Ils coulissent
    le long de leurs arêtes ;
    ils s’articulent,
    ils articulent.

    Ils sont
    autres.

  • tu dois jouer sur une case vide
    tu dois encadrer des pions adverses
    tu poses ton pion
    tu retournes les pions adverses
    je dois jouer sur une case vide

    Nous randonnions
    ces vertes collines.
    Aujourd’hui,
    je serpente
    sans les retrouver.

  • Je pourrais
    courir jusqu’au feu
    sur des jambes en bois.

    Je pourrais
    m’emmurer
    et refaire la peinture.

    Je pourrais
    apprendre un livre par cœur,
    m’agenouiller,
    et attendre de l’oublier.

    Je pourrais
    manger,
    grossir,
    puis me dévorer ensuite.

    Je pourrais
    arrêter
    d’essayer.

  • — Il y a un petit jeu
    auquel j’aime jouer
    avec mes clients :
    décrivez moi votre cuisine de rêve
    en trois mots.

    — Luxure ;
    prophylaxie ;
    monade.

  • C’est un feu. Une flamme coloriée à la craie grasse (je crois ? je n’y connais rien ; j’apprécie pourtant me balader entre les rayonnages des magasins de Beaux-Arts, mais plutôt côté argile il est vrai). Du jaune en fond, de l’orange, du rouge. Quelques lignes glauques pour les zones de combustion plus oxygénées. En s’approchant du ciel, on distingue les dépôts de matière sur le grain du papier. Ils figurent parfaitement les escarbilles qui s’échappent d’un feu de bois pour finalement s’évanouir en cendres dans la nuit noire.

    C’est mon ami Romain Bourguet l’artiste derrière ce dessin. Il est bon. J’avais entendu parler de lui avant de le rencontrer : plusieurs amis en commun. À la même époque, on m’avait aussi raconté l’histoire d’un appartement ayant pris feu, d’un colocataire photographe dont le triacétate de cellulose des pellicules avait nourri l’incendie plus que de raison. Des années plus tard, j’ai compris que c’était Romain qui vivait avec le photographe. On s’est entendu dès notre première rencontre (je crois ? il faudra le lui demander : @romainbourguet).

    Son feu brûle sur fond blanc — une feuille à dessin au grammage on ne peut plus classique. On sent qu’elle a jailli en une poignée de secondes. Romain a par la suite peint une série de feux sur fond noir ; des petits formats. Quand il m’a invité à son atelier pour les voir, je lui ai parlé de son appartement. Il m’a répondu qu’il n’avait pas fait le lien. J’ai trouvé ça prodigieux.

    L’hiver, j’aime presque toucher les braises de mes pieds dans l’âtre de la cheminée. Je n’ai jamais assez chaud. Je mange du pain, des pâtes de fruits. Dehors, la forêt est froide et humide.

  • Je me disais :
    il n’y a pas de poussière dans la forêt.
    Pas d’agglomérations grises
    de fibres, de peaux mortes,
    de cheveux, de poussière.
    Cela signifie-t-il quelque chose ?

    Je me disais :
    il y a peut-être trop de vie dans la forêt
    — animaux, végétaux,
    bactéries, champignons —
    pour qu’il y ait de la poussière.
    Cela signifie-t-il quelque chose ?

    Puis je me suis dit
    que malgré le gris
    du béton, des pavés,
    du zinc, du bitume,
    les villes sont pratiques
    pour fabriquer.
    Cela signifie-t-il quelque chose ?

  • Il est tôt. Il fait froid. Le jour n’est pas encore levé.

    En fait, tout cela est simple :

    1. Il faut endurer si l’on veut accomplir des choses dures. — Alex Honnold.
    2. En travaillant profondément trois, quatre heures par jour, on avance vite. — Un entrepreneur à succès pendant que je passais l’aspirateur.
    3. La première — et pratiquement la seule — condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire. — Schopenhauer
    4. Il faut essentiellement veiller à maintenir le super-objectif et la ligne d’action principale et se méfier de toute tendance extérieure et de tout objet qui soient étrangers au thème principal. — Stanislavski
    5. Les lecteurs y croient jusqu’à ce qu’on leur donne une raison de ne plus y croire. — Robert Mc Kee, certainement d’après John Gardner.

    Et aussi : Il y a des journées moins pourries que d’autres. — Mud.

    Allez, au travail maintenant.

    Après quelques mots à peine, l’immeuble dans lequel il besognait, de même que toute la ville, toutes les autres villes et tous les paysages furent effacés par l’explosion. Le ciel vira à l’orange, puis au violet. Peu d’êtres vivants survécurent à cette matinée : quelques bactéries, aucun métazoaire. À trop combattre, la meute avait fini par perdre.

  • Matin de décembre, tôt. Je bois ma tasse de café avant de partir travailler. Une écrevisse nage dedans.

    Alexandre joue à la console. La manette devient molle dans ses mains. La télévision coule comme un cierge.

    Promenade dominicale pour une famille. Une femme, un homme, leurs deux enfants. Il fait froid et humide dans la forêt. Les adultes sont fatigués, les enfants ne sont pas contents d’être là. Le ciel devient marbre.

    Un surfeur décharge sa planche de sa voiture, enfile sa combinaison et se dirige vers la plage. Arrivé en haut de la dune, il s’aperçoit que l’océan a disparu.

    Je suis fatigué ; paupières acides. Je les ferme. C’est vert dedans.