Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Laura Caron

  • J’étais un pirate sur une mer infernale et je tentais d’attraper dans mes filets les presque morts qui me demandaient juste de sourire. Je suis à présent la presqu’île, le demi-mot qui a trop ri pour convenir et l’océan fendu m’a retourné trois fois. J’étais l’étendue et la confiance tranquille, je suis le trou noir, j’engloutis. J’étais ce que l’on me demandait d’être, je suis l’excès de mes propres souhaits. J’étais douceur, lactée, bleutée, sucrée, algue dansante, souple et solaire, je suis la vase noire, odorante et stagnante, s’accroche à tous les pieds qui voudraient bien s’approcher. Je me retire lentement à chaque vague habitée de coquilles vides, de coraux blancs.
    Je suis le fond de la lumière, la fin de la vitesse, la fulgurance et la perte.

  • Les paniers ont effleuré nos bagues
    Les greniers se sont vidés sur nos têtes
    Les vidéos ont inventé des seconds rôles


    je t’aime dans la tristesse du cœur et la morsure du chien que tu soignes
    je t’aime dans les après-midis qui s’embrassent à regarder la lumière sur les murs
    je t’aime dans la musique et les feux rouges des grandes allées que l’on connaît


    Depuis je n’ai pratiquement rien mangé, une fleur de bourrache et du café.


    Est ce qu’on est compagnons?
    Est-ce-que tu m’accompagnes ?
    Es-tu accompagné ?
    Jusqu’où veux-tu m’accompagner ?
    Est-ce-qu’on aurait pu vivre à la campagne ?
    Et en rester là ? Est ce que tu te sens « là », là où tu es ?
    Est ce qu’à l’intérieur de toi c’est encore la campagne ?
    Est ce que je serai ta compagnonne ?

  • Tu voudrais fuir
    dans la neutralité la plus totale
    des espaces noirs ou blancs ou rien en s’est encore passé
    Retrouver ou ne rien retrouver
    Exactement là se trouve l’ambivalence ambiguë
    Tout effacer pour voir recommencer
    une infime probabilité
    d’attente de vie de passé retenti ressenti dépéri
    Explorer un gouffre qui n’a pas d’odeur
    Tous les souvenirs encerclés dans un filet
    sont mélangés et je ne sais comment déjà
    la chance et le hasard, toutes les corrélations
    c’est une foire en tourbillon de visages et de cris
    des couleurs diluées qui décortiquent
    un cœur, nos cœurs, le cœur, tordu.

    Parce que les cigarettes me fatiguent
    Parce que nos frères nous trahissent
    Parce qu’on décide de s’enfermer
    Parce qu’on ne sait pas ce qui est le mieux
    Parce qu’on voudrait ne plus seulement imaginer
    Parce que tout me traverse
    Parce que je m’enthousiasme et m’émeut dès que je le peux
    Parce que c’est l’inconnu
    Parce que je ne me sens comblée que quand je suis dans la mer
    Parce que Papa et Maman sont de plus en plus loin
    Parce que je suis la méchante, c’est comme ça
    Parce que je suis une petite fille
    Parce que je suis une grande reine
    Parce que je propage la lumière et la joie
    Parce que j’aurai toujours la tristesse au fond de moi
    Parce que je bois trop
    Parce que tout le monde boit tout le temps.