Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Laurence Bourgeois

  • Les vagues se pliaient
    contre elles même
    violence viscérale
    elles giclaient une salive
    d’un blanc ultime
    avant de s’écraser sur le plomb
    d’une eau matrice d’encre
    la crinière du reflux
    ouvrait les gerçures des lèvres
    pour avaler les derniers rais
    de lumière détrempée
    le fond de l’océan raclait la gorge
    de galets déjà noirs de suie
    la submersion d’une étoffe grise
    bâillonnait l’horizon
    juste la respiration d’un immense remous
    persistait sur les visages

    avale une flaque de mer sombre
    *
    lave ton visage de sel gris cendre
    *
    bave du plancton
    *
    la nuit a un goût de poisson
    *
    de lieu noir des cavernes
    *
    la mélancolie se colore d’ombres
    *
    les fantômes nagent jusqu’aux rivages
    des mots
    *
    la nuit expire ses filaments

    A l’aube, le soleil ne s’était pas encore levé, que le silence s’étalait sur les yeux.
    Les paupières, mouettes muettes se déployèrent, les vagues refluaient, un mouvement lent se retirait sous les langues. Une aspiration réveillait les pas sur le sable. Ils promenaient leurs chiens sur la plage.

  • Il y a un tas d’actualités
    zig zag incessants
    dans le cortex
    flashs |électrochocs
    éclats| tohu-bohu
    elle entre en lassitude
    couper les écoutilles
    se renfermer dans sa coquille
    on lui a parlé de camisole|d’isolation phonique
    de murs du son|de murs anti émeute
    elle n’a plus la force
    de grimper les palissade
    ni d’en construire
    elle est par terre
    sous les bombes des nouvelles
    dégueulant des horreurs
    au petit bonheur|au petit matin
    elle entre en lassitude
    elle ne piaille même plus
    sous le désastres de plumes
    et de fantômes chloroformés
    sous ses paupières
    la nausée vient après

    quand plus rien ne bouge dehors
    quand la nuit se contracte dedans
    elle entre en lassitude comme on entre
    dans l’ordre du néant
    elle avance à tâtons
    ses mains la protègent
    du simulacre de la fin
    de tous les haricots
    qui poussent dans son ventre
    elle ne peut même plus congeler
    ses ovocytes sans mémoire
    elle entre en lassitude
    l’espèce qui se love
    en chaque pli de fièvre
    ne la démange plus
    est ce que l’infinitude existe ?
    La lassitude enserre
    ses nerfs qui mutent
    en fibres incolores
    algues hors de l’eau
    dans l ̓aquarium cérébral.

  • Ton visage contre la falaise
    contre l’oreille
    ourlée d’une libellule
    je compte jusqu’à 3
    elle s’envole
    l’anneau s’ouvre
    le tympan brûle
    les osselets craquent
    un bruit blanc perce
    la glace du quaternaire
    avance dans le vide
    dans l’immense silence
    le fossile d’un nombre
    la membrane d’une cellule
    le brillant jet d’écume
    quelqu’un dit à l’oreille
    je suis ici
    ici je commence
    dans l’orbe et le lobe
    à la fonte des neiges
    un lièvre respire
    dans les crevasses
    je compte jusqu’à 3
    il s’échappe
    l’anneau s’ouvre
    la narine s’enflamme
    le vestibule se perfore

    le vagissement du vent
    insistant
    s’enfonce en vagues bleues
    dans les orifices
    souffles et nuages
    concert des cartilages
    strates de granit roses
    quelqu’un soupire
    je suis ici
    ici je commence
    dans l’affleurement des roches
    un ruissellement sans fin
    un poisson primordial
    entre dans l’estuaire
    entre les commissures
    je compte jusqu’à 3
    il se dédouble
    l’anneau s’ouvre
    la langue se creuse
    la rivière se soulève
    sous l’effervescence et la pluie
    quelqu’un crie
    je suis ici
    ici je commence.

  • D’abord une fleur
    laissez les narines se déplier
    les osmophores se rompre
    capsule │ molécule
    à la visite de l’insecte
    greffer une conque d’or
    entre les seins et recueillir

    puis
    dans la cuisse blanche
    écorce │ épiderme
    sertir une épine d’églantier
    laisser s’écouler le liquide
    sève du corps │ sang de l’arbre
    dans un balsamaire

    et puis
    aux plis de l’aréole
    cercler le duramen
    d’une noirceur d’ébène
    cendre │ étincelle
    jusqu’à l’apparition
    de stigmates lactescents

    vient
    le chant des sources
    sous les paupières
    les larmes duelles
    algue │ coulemelle
    filent un canal unique
    jusqu’au troisième œil

    et pour finir
    le silence de la louve
    serrer les lèvres
    salive │ cyprine
    la lignée du sang
    dans l’utérus ouvert
    à l’avènement.

  • Sous la cire végétale
    aux paupières de fougères
    des voix se voilent
    et se dévoilent
    liquides│volatiles
    entre les cils
    un saule pleureur
    se noie dans l’oubli
    il ne sait plus pourquoi
    il plie dans l’oubli de soi
    il ploie sous son poids
    d’ombre │ d’abandon


    _________ » je suis une solitude
    _________à jamais déversée
    _________une mélancolie
    _________sans origine│sans racine
    _________as-tu senti parfois que rien ne meurt ?
    _________de longues branches-lianes perpétuelles
    _________à l’abri des fantômes
    _________avec l’oubli en diadème »


    dans la ravine des cernes
    se dresse une prêle
    vers l’arbre en vase clos
    elle se dresse rebelle│ardente
    de segments verticaux
    en nœuds couverts d’écailles


    _________ » je me souviens des lèvres
    _________silice d’amours vivaces
    _________chaque strate est tatouée
    _________dans ma chair fractionnée
    _________subaquatique je m’enfonce
    _________je sustente le subliminal
    _________primitive je ne fleuris pas
    _________je nourris la survivance
    _________empreinte je suis le jonc
    _________vertébral de l’argile
    _________la mémoire de l’éléphante
    _________les baisers reçus savent-ils qu’ils perdurent ? « 


    entre le saule amnésique
    et l’herbe fossile
    la rivière est une échancrure
    où le corps se partage.

  • Premier tableau
    Il faut toujours
    garder dans la poche
    des éclats de cailloux
    très chauds
    pour conserver la brûlure
    des planètes déjà mortes
    le relief et la géographie
    de leurs cratères
    dans nos yeux à minuit
    mouillés de nostalgie
    et de vertige infini
    l’enfance des volcans
    pétillance de lave
    refroidie
    élixir de vie
    pétrifié en débris
    rond et délicat
    pulsatile
    organe minéral
    murmure millénaire
    d’une énergie sombre
    contre la cuisse écorchée
    par les aspérités et les persécutions
    donc serrer très fort
    entre ses doigts
    au fond de soi
    la vie dans l’inerte
    et l’inaccompli
    la résistance de l’inanimé
    sur le dos des rochers brisés
    une germination prochaine
    dans le même caractère
    que des os sous la terre.

    Second tableau
    Ces cheveux arrachés
    avant les cailloux
    ont tissé
    le dos d’un cheval
    fuite hybride
    de l’autre côté
    le crin balayé
    par un vent obscur
    à réveiller les martyres
    l’exode avait commencé
    avec la météorite
    annoncée sur les ondes
    le galop des étoiles
    laissé en lambeaux
    dans le ventre
    d’une femme organique
    rappelle l’anatomie
    de nos origines musculaires
    la croupe s’est couchée
    sur le flanc du ciel
    la joue s’est étalée
    sur le flanc de la terre
    trois cailloux ont déchiré
    la poche du sacrifice
    et la sang a coulé
    sur le modèle en plastique
    le cheval est devenu rouge.

    Troisième tableau

    Se mêlent les bactéries
    qui vivent dans le corps

    et les cailloux
    qui vivent dans les poches
    un garçon a chevauché un lièvre
    une fougère entre les dents
    tous ensemble
    avec leur caractère d’enfants
    ils sont passés sous le cheval
    mort de lapidation
    ils ont creusé des cavités
    de lin et de toile troués
    où circulent des fluides
    membranes souterraines
    sur le dos des pierres
    qui respirent en secret
    leurs veines transpirent
    à la frontière de l’animal
    ce corps rouge inanimé
    de silicone
    ils posent trois cailloux
    au dentelé du cou
    nuages musculaires
    à l’orée d’une contorsion
    le monolithe s’ébroue
    à la crinière des cils
    craintif et peureux
    il les regarde s’enfuir
    des cailloux pleins les poches.

  • Il était une fois
    trois cabanes
    une d’osiers noués
    entrebâilles
    palissade claire-voie
    une seconde de roseaux
    entrelacés
    paravent clair-obscur
    une troisième de verres
    entrecroisés
    falaises invisibles
    il fallait les passer
    sur le chemin du Graal
    cueillir un brin d’osier, un roseau
    une lame de verre
    les plier pour en faire
    une clé d’herbes tressées
    jusqu’à l’autre rive
    dans chacune un bestiaire
    d’insectes solitaires
    exilés de quelques terriers
    défoncés par les grues
    dans la première ils sont morts
    étranglés par les liens dévoyés
    dans la seconde ils sont morts
    noyés par les particules acides
    dans la troisième ils sont morts
    brûlés par les stigmate du cristal
    la terre renversée | zone contaminée
    urbex de presle et de lierre
    à l’intérieur un sarcophage
    un cœur fondu radioactif
    et au dessus des blessures
    une arche d’exclusion
    il fallait les passer
    sur le chemin du Graal
    ramasser les déchets vitrifiés
    boire à la sources scellée
    traverser la forêt rouge
    entre trois confinements
    et trois fermetures de frontières
    on était seuls
    sur le chemin.

  • J’ai été belvédère face au paysage sans jamais me perdre
    je suis devenue vertige à quatre pattes sur la roche effritée
    j’ai été souffle de suffisance jusqu’au cime sans jamais chuter
    je suis devenue rugueuse|lancéolée jusqu’aux racines|tentacules
    j’ai été lisière d’arbres centenaires sans oser les embrasser
    je suis devenue épaisseur|strate muscinale|feuilles desquamées
    j’ai été passante de l’autre rive croyant connaître celle d’où je venais
    je suis devenue truite|arc en ciel|fusiforme en zone humide
    j’ai été romantique falsifiant la nature de miroir et d’état d’âme
    je suis devenue rampante|je mange les orties|je lèche les mues.

  • Plus près toujours plus près
    les fleurs d’une graminée
    infimes traits de pinceaux
    strient la clarté
    de commissures intimes
    sous les paupières aussi
    l’iris recousu à l’ourlet
    des crépuscules
    plus près toujours plus près
    les couronnes au bord fin
    se brisent dans l’eau
    noire d’une mine d’or
    se rétracte dans la vase
    des milliers de pétales
    une offense se dissout
    des yeux se multiplient
    plus près toujours plus près
    des cernes bistres
    bas-reliefs organiques
    s’amoncellent en cavernes
    préhistoire d’un visage
    un cercle se colore d’écales
    une mandorle horizontale
    plus près toujours plus près
    repose un corps blanc
    des draps froissés de veines
    une irisation tout autour
    zone sensible|ductile
    plus près toujours plus près
    une mangrove entre les cils
    des poissons brûlants
    des flashs immémoriaux
    piétinent les vaisseaux
    la vue s’embrase
    transfigurée
    plus près toujours plus près
    du noyau condensé|écorcé
    où se resserre la terre
    ultime sursaut avant de fondre
    dans les bras jaunes
    du soleil.

  • Tu longeras une rivière
    longtemps elle tintera
    à l’orée des tympans
    ses eaux seront fraîches
    elles sonneront claires
    quelques pierres ricocheront
    en corps
    sur ta peau diaphane
    une pluie incolore
    quelques échos de la terre
    des giclures salées
    elles seront flèches vives
    dans l’œuf migrant
    en ton ventre in-vasé
    à la première contraction
    un saule s’inclinera
    deviendra chevelure
    alors une dernière fois
    tu renverseras ton visage
    dans ses lianes filaments
    tu plongeras dans l’eau
    sans faire de remous
    et laminaire tu seras
    tes poumons | physalis
    tes os de prêle
    ton cœur|ginkgo
    lamelles sombres
    dans la clarté de l’onde
    tu oublieras toute Ophélie
    toute forme humaine
    tu seras dissoute avant
    d’être flux parallèle
    sans résistance
    sans demi tour possible
    ils ne te demanderont rien
    juste suivre le courant

    parfois en oblique
    le long d’une falaise
    entre les strates karstique
    les nageoires d’une truite
    tu iriseras ton sang d’encre
    toujours plus diluée

    à la seconde contraction
    une souche étrécira
    tes orteils|tes écailles
    tu percevras une résonance
    suivi d’une déflagration
    ton corps s’effilera
    tes branchies s’ouvriront
    ils te demanderont
    de continuer de nager
    sans chair|sans muscle
    juste avec l’algue douce
    tu chercheras en vain le sel
    sur tes lèvres
    tu seras lamelle obscure
    presque révélée
    à la troisième contraction
    un esquif s’échouera
    sur ton corps liquide
    sans rame|sans proue
    ondulatoire
    en corpuscules infimes
    tu couleras lentement
    entre les flancs de l’eau
    ils te demanderont
    de frôler les fibres
    semblable à toi
    de sentir une pulsation
    une lame de fond
    tu seras multiple
    vous serez multipliées
    lamelles d’or
    poissons brûlants
    sur l’autre rive.