Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Maria Pastica

  • Me voici devant le miroir
    D’une friperie
    Je porte un tas de choses
    Festives rapportées d’un autre temps
    Je porte baggys, dos-nus et grandes lunettes
    Aux verres teintés de rouge
    Mes cheveux tressés en tous sens
    Je suis Fergie, je suis Lorie, je suis Anastacia
    Je suis les L5, je suis les Pussycat Dolls
    Je suis Barbie exploratrice
    Tout comme je suis Lara Croft
    Dans Tomb Raider II
    Sur Playstation 1
    Le début des années 2000
    Comme enfance idéalisée
    Comme nostalgie
    Comme paradis perdu
    Jusqu’à ce que 2007
    Bouleverse tout

    Tout à coup, me voici dix-huit ans en arrière
    Je suis au cœur du miroir
    De l’année 2007
    L’époque est adolescente
    L’époque hésite
    L’époque doute
    Envolées Lorie et Anastacia
    Envolés les girls band
    Soudain je me demande
    Où va la 2000 girl lorsqu’elle s’envole
    C’est comme si une partie de ma propre personne se dissolvait
    Pendant un instant je pense
    Qu’Avril Lavigne est une réponse possible
    La 2000 girl devient une girlfriend
    Qui se module au gré des clips
    Et des numéros de Dream’up, Fan 2, StarAc mag, StarClub
    Dans lesquels je découpe soigneusement
    Les paroles de chansons
    Interprétées par des garçons
    Les girls band cèdent la place aux boys band
    L’époque devient tout à coup moins féminine
    Les garçons se multiplient
    Les garçons se diversifient
    Bienvenue au wati-Boy
    Bienvenue au sk8terboy
    Bienvenue à l’emo boy
    Et bienvenue à toi aussi, le chalouf,
    Toi qui regarderas L.O.L. en boucle l’année suivante
    L’époque est en adolescence
    L’époque est en pleine errance
    Et, chose nouvelle, en pleine acceptation de cette errance
    Je crois que chacun.e pouvait y trouver son compte
    Et je crois que 2007 au fond
    Était un mode d’être

  • Mes cils parlent pour moi
    Mes faux cils parlent pour moi
    Mes faux cils me disent fausse
    Retirent à mes yeux leur capacité
    De pleurer de dire et même de cligner
    Mes faux cils fabriquent un moi-bimbo
    Les font parler elleux
    Plus que je ne parle moi
    Mes faux cils sont rideaux-théâtre
    Les sièges parlent de mon teint
    Mon teint parle pour moi
    Mon fond de teint parle pour moi
    Mon fond de teint rompt l’hiver
    Il dit bonne mine dit santé
    Mais il dit aussi orange dit
    Voiture volée dit
    Pot de peinture
    Mais son absence parle pour moi
    Elle dit grisaille dit fatigue
    Dit l’absence de soin de soi
    Dit l’absence de femme
    Une femme ça a la bouche rouge
    Alors ma bouche parle pour moi
    Mon rouge à lèvres parle pour moi
    Il dit rouge carmin dit
    Femme fatale dit
    Séductrice parfois dit
    Fille facile souvent
    Et c’est comme si mes mots
    Sans rouge du tout
    N’avaient aucune portée
    Pourtant mes mots sont
    Tout en cils, teint, lèvres
    Pourtant mes mots
    Ne sont pas que cela
    Pourquoi se demander alors
    Ce qu’il se cache derrière
    Le maquillage l’ornement
    Comme si tout n’était que théâtre
    Mon visage est sans coulisses
    L’ornement est ma seconde peau
    Il est ma chair il est mon sang
    Le moi-peinture est mon vrai moi
    Et mes vrais mots sont mots-pigments