Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Marie Lou Viallat

  • Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
    tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
    La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
    infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
    Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
    elle est pour moi vibration de la mère perdue
    qui se sentait happée vers la fin de sa vie
    par ces notes distillées,
    comme les trois syllabes de son prénom.
    Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
    l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
    Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
    d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
    En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
    qui cheminait depuis l’enfance de son nom
    et qu’elle comprenait à présent,
    évidente certitude.
    Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
    et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

    Peut être me parle-t-elle quelquefois,
    dans ce chant qui mesure l’espace,
    de ce séjour nouveau…

  • Le vent réveille l’instant du paysage
    Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
    Les pins vibrent sur le ciel.
    Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
    La terre frissonne,
    sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
    pulsation d’ombre et de lumière.
    Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
    Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
    La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
    tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
    le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
    de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
    Sous le regard mouvant des choses,
    légèreté animale des sens,
    je marche dans le jardin du vent.

  • Miroir tendu
    __________ sur la commode
    dans le cadre d’or
    la fenêtre où
    __________ tremble l’eau
    __________ __________ de la lumière
    chemin d’odeurs
    et ton visage
    __________ en filigrane…

    le jour baigne
    ses heures
    __________ et leur feuillage
    sous la peau
    brûle encore
    la forêt d’un regard
    __________ _____la pervenche
    du ciel
    l’espace nu…
    le temps bascule
    à froisser incertain
    _______________ les souvenirs
    et la prairie des mots
    dans le silence
    __________ __ sous la neige
    la chambre vacille
    dans la blancheur des murs
    __________ __________ __ de la mémoire

    où le vent s’assoupit…

  • Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
    tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
    La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
    infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
    Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
    elle est pour moi vibration de la mère perdue
    qui se sentait happée vers la fin de sa vie
    par ces notes distillées,
    comme les trois syllabes de son prénom.
    Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
    l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
    Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
    d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
    En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
    qui cheminait depuis l’enfance de son nom
    et qu’elle comprenait à présent,
    évidente certitude.
    Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
    et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

    Peut être me parle-t-elle quelquefois,
    dans ce chant qui mesure l’espace,
    de ce séjour nouveau…

  • Le vent réveille l’instant du paysage
    Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
    Les pins vibrent sur le ciel.
    Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
    La terre frissonne,
    sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
    pulsation d’ombre et de lumière.
    Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
    Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
    La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
    tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
    le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
    de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
    Sous le regard mouvant des choses,
    légèreté animale des sens,
    je marche dans le jardin du vent.

  • Elle pénétra avec délice dans l’hôtel particulier pour visiter l’exposition.
    L’atmosphère raffinée du lieu la ravissait. Elle avait hâte d’entrer dans les œuvres de ce peintre espagnol…comme dans une révélation… pensait-elle.
    Oui sans conteste c’était le maitre de la lumière…et que de tendresse dans l’évocation de ces pêcheurs le soir et de ces petits enfants lumineux, pleins de vie au bord de la plage ! Les femmes aussi étaient magnifiées, dans la finesse de leurs traits, leur beauté maternelle. Elle glissait dans les teintes brillantes de la mer :vraiment sublimes, irréels, ces bleus de l’eau, l’écume étincelante, et souvent, l’orange du couchant dans les vagues ! Des vagues orange qui la transportait. Elle n’avait jamais vu tant de délicatesse mais aussi d’audace pour suggérer les paysages et la couleur de l’air.
    Il a peint ses vagues en orange ? Tu as vu, disait une visiteuse, trop bizarre !… et sa fille malade là bas, disait une autre , elle est grise sur des coussins très blancs fondus dans la lumière du paysage en arrière plan !
    Elle s’éloignait de ces réflexions qui la heurtaient. Oscar Wilde avait bien raison, l’art n’imitait pas la nature, mais c’est par lui que se créait notre vision du monde,… les brouillards avec Turner et Monet, les champs de coquelicots le soir avec Renoir, les étangs de nymphéas avec Monet encore. Et là, ces couleurs liquides de la mer, la grâce des silhouettes, l’évanescence des corps d’enfants dans l’eau, devenus eux mêmes liquidité, et cette matière palpable de la lumière, quel regard profond ! Klee aussi avait raison de dire que « l’art rend visible » !
    Elle pensait à Proust cherchant fiévreusement dans les mots « l’équivalent spirituel » des sensations, à Rimbaud et à son projet d’une « langue de l’âme pour l’âme »…

    C’était la même démarche en peinture pour dire le réel et l’émotion en nous.
    Sublime ! disait un groupe de touristes sur le parvis de l’hôtel…Elle, repartait, un peu étourdie, la tête bourdonnante d’images et de secrets révélés.

  • La lumière s’est enfuie
    dans le torse de l’arbre
    l’argile sombre de la terre

    La lumière s’est enfuie
    sous la vague violente
    la forêt des coraux

    La lumière s’est enfuie
    de l’arpège du vent
    de l’aquarelle des fleurs

    La lumière s’est enfuie
    au fond du ciel obscur
    et l’étoffe des nuages

    La lumière s’est enfuie
    de tes mains de ton front
    de l’écharpe des rêves

    La lumière s’est enfuie
    de ta vie qui avance
    du sourire des matins

    la lumière s’est enfuie
    mais peut elle renaître
    sans l’éclair de ta joie

  • Si j’étais le vent, je cueillerais les parfums de la terre,
    le cantique des oiseaux, le bruit d’écume de la mer
    à l’approche de tes pas.

    Si j’étais un nuage, je voguerais la nuit jusqu’aux étoiles
    pour les poser en pluie dans le jardin, dans le murmure de l’aube
    et sur tes rêves.

    Si j’étais herbe haute, je frémirais au vent léger qui court les champs
    et j’ouvrirais le bal avec les coquelicots, le bleu du ciel
    Et la fougère de tes yeux.

    Si j’étais un arbre, je vibrerais dans la lumière de tes mains
    jusqu’aux racines, au feuillage berçant les premiers fruits
    et la sève de mon corps.

    Si j’étais une rivière, j’irais de pierre en pierre
    traverser tes désirs jusqu’à la transparence
    pour abreuver ta soif.

    Si j’étais ce poème, j’écouterais ton souffle
    tes longs regards et ton silence
    qui débordent mes mots.

  • Miroir tendu
    __________ sur la commode
    dans le cadre d’or
    la fenêtre où
    __________ tremble l’eau
    __________ __________ de la lumière
    chemin d’odeurs
    et ton visage
    __________ en filigrane…

    le jour baigne
    ses heures
    __________ et leur feuillage
    sous la peau
    brûle encore
    la forêt d’un regard
    __________ _____ la pervenche
    du ciel
    l’espace nu…

    le temps bascule
    à froisser incertain
    __________ _____ les souvenirs
    __________ __________ _____ et la prairie des mots
    dans le silence
    __________ __sous la neige
    la chambre vacille
    dans la blancheur des murs
    __________ _____________ de la mémoire


    où le vent s’assoupit…

  • Je me dis que le vent chasse le flot des mauvais rêves,
    que la lumière dissipe les ténèbres
    Et après ?

    Je me dis que la peur de vieillir et même de mourir
    s’oublie avec le temps qui passe  et la joie d’exister
    Et après ?

    Je me dis que rien n’est plus vivant que l’amour les arbres et la mer
    et que c’est la beauté qui nous rend invincible
    Et après ?

    Je me dis qu’il nous faut retrouver l’innocence
    et la plénitude de l’enfance pour tout aimer du monde
    Et après ?

    Je me dis que la force de l’âme peut émerveiller de couleurs
    la vie devenue œuvre d’art
    Et après ?

    Je me dis qu’il faut y  croire et renaitre chaque matin
    au chant de la lumière, chercher la note juste
    Et après ?

    Je me dis que seul existe ce présent de l’automne
    L’incendie du feuillage avant la noce blanche du printemps
    Et après ?