Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Michaël Garcia

  • C’est le début et c’est le commencement
    La fin qui se poursuit, l’épée qui gargouille

    J’ai envie de dire et je meurs de dire

    Ma bouche un pot d’échappement
    Mon nez un pot d’échappement

    Du rien terminé au presque prête

    Porter un regard sur le système
    Fermer une fleur sur le cylindre

    C’est Mozart qui hurle comme ça ?

    J’aimerais vous acheter ce dragon
    J’aimerais vous rencontrer

    Il se fait tard, ne rentre pas aujourd’hui
    Notre besoin d’érotisme surplombe
    Notre besoin d’enracinement

    C’est Wagner qui pleure comme ça ?

    C’est le début et c’est l’ironie du tout

    Chaque grain de beauté a son lot d’information
    Si tu achètes ces dragées ta fortune double
    Si tu vends ton hameçons ton oubli sera exubérant
    Chaque lune a son lot de d’incompréhension

    Je ne comprends pas trop le gens
    Je ne comprends pas ce que tu dis

    Il se fait tôt, jouons en équipe

  • J’ai une amie qui n’écrit pas.

    Cette amie existe, mais elle n’écrit pas.

    Toute son existence est auréolée de

    marxisme et d’élégants dialogues.

    Avec elle jamais je ne trouve l’ennui.

    Il y a toujours beaucoup de souplesse et de

    rebondissements.

    La sincérité d’une flèche.

    Je dois dire que, cette amie, est en

    perpétuel équilibre sur le cercle sur

    des ronds de fumée qu’elle sort de sa

    bouche.

    Car jamais ne tarit sa fumée intérieure.

    De dedans elle invente des mots, des

    royaumes.

    Elle s’écrit, de dedans.

    Je suis presque sûr qu’elle en est à son

    troisième roman.

    Ou même à son cent unième car ses romans

    sont sans doute très courts

    ou sans doute même ne garde-t-elle

    que les titres :

    « Vingt kilomètres d’ambiance »

    « Would you be my carpat ? »

    « La folle histoire de Bouche-Cousue »

    « On n’entend une mouche approcher »

    « Les flocons prudents »

    « La licorne gémit trois froids »

    Cette existence effacée échappée

    dissimule ses déclics

    climats dérobés

    aux tissages Damassés.

    Il ne faudrait pas jalouser un tel esprit

    qui perle d’éclats.

    Sa tendance décoratrice

    à se positionner face au monde

    qui pour lui n’est qu’une énorme fiction

    une énorme blague complexante

    prise dans l’étau du réel

    de la lutte des classes

    de la crèche au lycée.

    Lutter avec classe contre

    l’énormité.

    L’énorme noyau de sauterelles.

    Non. A contrario de la jalousie nous devrions préférer

    l’imitation.

    Noircir les pages de nos cerveaux

    de titres et autres

    histoires courtes.

    L’énorme monde irait sans doute mieux

    si nous étions tous

    des non-écrivains.

  • Lorsque mon cerveau sera dans ma bouche,

    lorsque ma bouche sera badigeonnée d’arcs,

    lorsque depuis les arcs j’entendrai venir le soir,

    lorsque le soir arrivera tôt,

    lorsque le tôt rectifiera le tir,

    lorsque le tir conjuguera mes hantises,

    lorsque mes hantises prendront le large au sud d’une île déserte,

    lorsque tu déserteras mes habitudes,

    lorsque habiter une fenêtre sera déplacé,

    lorsque se déplacer sur un serpent,

    lorsque serpenter comme parchemin,

    lorsque s’échinent les effondrements,

    lorsque s’effondrer ne sera plus une qualification,

    lorsque décalquer le ciel fera pleuvoir des illusions,

    lorsque l’illusion parfumera la chambre du bas,

    lorsque le bas devinera sur quelle échelle se reposer,

    lorsque le repos sera synonyme d’élégance,

    lorsque les gants géants franchiront la frontière entre le rêvé et l’oublié,

    lorsque l’oubli dilatera l’indice,

    lorsque l’indicible oubliera de laisser les clefs sous le paillasson,

    lorsque sur le paillasson sera écrit « jamais »,

    lorsqu’au cœur d’une mante religieuse ne se trouvera plus jamais ton cœur,

    alors, ton aveu viendra.

  • Nos maladies nous réussissent

    nous réunissent

    Dans l’effroi le plus terrible

    Dans l’oubli le plus parfait

    Dans la destruction la plus totale, accomplie                 

    Il y a la beauté

    La froide beauté d’un corps nu, ouvert

    utopique

    Au fond, ce n’est pas dans un poème qu’elle se loge,

    se love

    Tu auras beau la chercher, elle n’est pas d’ici

    Désolé

    Dans un paysage ravalé ravagé, désolant désolé

    Tu auras beau chercher

    Ici-bas, pas de beauté

    Elle s’éclipse

    Elle est écrite par toi qui me lis

    Elle est prolongée par les gestes de ton esprit

    Elle n’a pas l’apnée suffisante pour

    survivre

    Elle est la survivance même

    Ce poème n’est pas une ode

    C’est une tentative de traverser sans trop trébucher

    C’est une écharde dans l’œil blanc de ton téléphone

    C’est une parenthèse fermée ouverte fermée

    L’imagination ferme fertile

    Fuyant l’horizon

    Tu entends cette sonnerie ?

    Je suis le rêve de ton téléphone

    La caresse sur ton crâne

    Pas d’âme qui vive, pas d’animal

    La beauté ne s’encercle pas, ne se dompte

    Un verre d’eau glacée au bord d’une table

    Une vieille dame qui attend le bus

    Le chant d’une voix grave, sortant du sable

    Des mots derrière d’autres

    Une langue étrangère dans la bouche d’une

    Tu auras beau chercher

    La beauté malade n’est pas d’ici

    Parfois trouvée, donnée

    Pas d’ici

    Dans l’oubli le plus parfaitement reconnu

  • Trois soleils (es-tu un triangle ?)

    Quitter le reflet (changer d’axe)

    Le doigt dans ma tête semblait tout savoir sur toi (tes observations me modifient)

    Ta maison est toujours plus grande que ce que tu crois (maison vague ?)

    La parole grande ouverte (LA PAROLE GRANDE OUVERTE)

    Tranche la question (La beauté est dans celui qui ferme les yeux pour)

    Ton visage dans le miroir (« est-ce que tu t’aimes suffisamment ? »)

    Pourquoi ce squelette voulait-il un ami ? (« n’arrêtez pas le chemin qui tourne »)

    On ne peut pas être dedans et dehors à la fois (je suis dedans et dehors à la fois)

    Ton âme s’échappe par la plante des pieds (faire le tour de soi-même et faire disparaître son double)

    Il y a mille mots derrière un mot (peut-il exister autrement ?)

    Anne Carson promène SchrummSchrumm (d’où vient la pratique et d’où vient l’extase)

    Je ne lirai pas ton journal pour y trouver la suite (logique mise à l’épreuve)

    Le rocher au bord, brille de sa chute (tomber n’est pas se relever)

    Les apparences jetées telles un véhicule (jouer de la cicatrice)

  • Tourne autour du pot

    La peau tourne autour du pot

    La peau se retourne dans ton dos

    Trop tôt pour faire se tourner l’eau

    Tournera l’eau autour du sceau

    Tourne les sots autour du pot

    Tournent autour du pot

    Le dos tourne dans ton dos

    Le beau tourne dans ta peau

    Tournedos à la fraise pour de faux

    Pour de vrais faux dans tes maux

    Pour de vrais mots dans le pot

    Peaux cassées pas de pot

    Peaux neuves filer sfumato

    Peaux gonflées boivent un mot

    Poteaux tournent la plage au bédo

    Dodeline le dodo frite sauce mayo

    Effriter l’eau à t’en rendre barjo

    Sous le seau trouve le sexto

    Tourne le sexe fruit prix de gros

    Ronfle mise en bière blonde rococo

    Poursuit le rêve guêpe grosse sanglot

    Cherche l’eau vitrée pipeau kimono

    Trouve la peau ronde et sitôt

    Tourne autour du pot

  • Planète ! oh mon éclatante planète,

    toi tu bouges, nous on est planté là.

    On ne bouge pas.

    Dans les yeux de ta femme, deux belles planètes, deux belles soucoupes, deux

    beaux nombrils, planètes.

    Plante-moi un autre cœur dans mon cœur, planète.

    Promis, en échange,

    je planterai une autre planète dans ta planète.

    Planète ?

    Mange-moi, planète.

    Moi je range les livres-planètes, les flirts-planètes, les planètes-lunettes.

    Je songe en rêve à t’offrir mes seins, t’offrir mes ongles, t’offrir ma voix, planète.

    Planante, ma respiration plane, ronge, rogne mon frein, planète plate, planète.

    Orange est la nette plane planète qui relie tous les Hommes plantés-là.

    Pas le temps de bouger, plus le temps de bouger.

    Le siècle de la vitesse, c’est révolu, terminé,

    le siècle des livres vendus avant qu’ils soient écrits, terminé.

    Le siècle des voyages vécus avant qu’ils soient Grives, terminé.

    Le siècle des lumières éteintes avant qu’elles soient allumées, terminé.

    La boucle est bouclée, la boule doublée,

    on a perdu la boule,

    on a perdu la boule,

    on a perdu la boule,

    Attends !

    Le

    la boule dans la gorge,

    la boucle dans la tête,

    la boule dans le vent.

    Tout ça, c’est du vent.

    La planète tremble mais toi tu ne cilles pas.

    Criblé de balles, de bombes, d’espoirs,

    tu veux arrondir les angles de ta planète.

    Alors bouge,

    trouve le bouge,

    trouve le bouge,

    trouve le bouge,

    bonbon.

    Caresse le trouble,

    pas évident, encore, pas d’évidence planète.

    Planète ?

    Fais de ton mieux.

    Vis de ton pire.

    Pire encore.

    Plus bas,

    encore ! Plus bas encore,

    scroll encore,

    voilà.

    Te voilà au centre

    au cœur de ma

    décente planète.

  • 1/ Si je trouve une cuillère sous la table

    soit je récolterai ton cœur avec

    soit j’apprendrai à disparaître

    2/ Si je récolte ton cœur avec

    soit je ferai la manche avec

    soit je ferai trois tours sur moi-même

    3/ Si je fais la manche avec

    soit je rencontrerai Isabelle

    soit pas

    4/ Si je ne rencontre pas Isabelle

    soit c’est sans doute parce que j’ai rencontré Marc

    soit c’est sans doute parce que le vent soufflait dans mon dos

    5/ Si le vent soufflait dans mon dos

    soit c’est parce que c’est une belle image

    soit c’est parce que j’avais une vie avant

    6/ Si c’est une belle image

    soit je l’offrirai à Marc

    soit ils oublieront leurs enfants

    7/ S’ils oublient leurs enfants

    soit ils veulent les remplacer par autre chose

    soit ils oublient de me le dire

    8/ S’ils oublient de me le dire

    soit je n’accepterai pas

    soit un avion s’écrasera à Toronto

    9/ Si un avion s’écrase à Toronto

    soit je rencontrerai Isabelle

    soit ma mère m’étonnera trois fois

    10/ Si ma mère m’étonne trois fois

    soit c’est l’hiver

    soit c’est le printemps

    11/ Si c’est l’hiver

    soit c’est parce qu’il s’est arrêté de neiger

    soit c’est parce que ma haine est sans objet

    12/ S’il s’est arrêté de neiger

    soit ça tombe bien

    soit tu n’imagines même pas à quel point il est impossible de concilier sa vie professionnelle avec sa vie animale

    13/ Si ça tombe bien

    soit ça tombe mal

    soit ce sera un parfait alibi pour que ça tourne mal

    14/ Si ça tourne mal

    soit il nous faudra reconsidérer l’existence d’autres êtres vivants et pensants sur une planète lointaine

    soit je clignerai des yeux deux fois

    15/ Si nous reconsidérons l’existence d’autres êtres vivants et pensants sur une autre planète

    soit il nous faut maintenant défaire le carré

    soit il nous faudra en payer le prix

    16/ Si nous payons le prix

    soit il est injustement démesuré

    soit pas

    17/ S’il n’est pas injustement démesuré

    soit nous deviendrons liquides

    soit solides

    18/ Si solides

    soit il n’y a clairement plus de calculs à faire

    soit je te conseille d’ôter tes lunettes

    19/ Si tu ôtes tes lunettes

    soit je rencontrerai Isabelle

    soit il s’est arrêté de neiger

    20/ S’il s’est arrêté de neiger

    soit ça tombe bien

    soit c’est le printemps

  • Savoir si Jimmy compte me rendre mon ballon rouge.

    Je suis heureuse quand le facteur passe et m’offre une lettre d’amour. Quand il pleut dehors et que maman me laisse sortir danser.

    Le mercredi, jour des crêpes, j’ai de la chance.

    Le dimanche soir, très triste, très triste.

    Mon ballon rouge, rouge, rouge.

    Est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que l’amour ?

    Papa dit qu’il faut être fidèle à ses rêves.

    Les masques ! J’aime voir les dents des gens.

    Ça veut dire quoi « dire merci aux événements » ?

    J’ai de l’influence sur les draps de mon lit.

    Ce qui va bien c’est la musique dans les rues, les gens qui disent oui avec la tête ou avec les yeux.

    Ce qui va mal c’est la discontinuité des émotions.

    Quand j’étais petite, mon père disait toujours qu’il faut tourner sept fois sa liberté dans sa bouche avant de ne pas aller voter.

    Un pilote Russe,

    un sourcil Cubain,

    une mandarine Chinoise

    ou une tasse Suédoise.

    Je risquerais ma vie pour retrouver celle qui, à mes 20ans, a embrassé ma bouche comme nulle autre.

    Je risquerais ma vie pour connaître l’heure de ma mort.

    Je me sens libre d’exhausser une volonté qui n’est pas mienne.

    Il me semble important de bien loger son âme dans un corps tiède, avoir des amis imaginatifs, exercer une profession qui n’existe pas, avoir beaucoup de lointains désirs, trop se préoccuper des autres, être divorcé des autres, avoir une voiture numérique, être seul seulement quand nos enfants le désirent, voyager dans le corps des autres, pouvoir continuer. Autre chose ?

    Oui, mon facteur stimule les progrès humains.

    Les hommes politiques ? (larges feuilles arrondies flottantes)

     Les hommes de science ? (poils très serrés)

    Les militaires ? (base de piment rouge)

    Les prêtres ? (pièce de literie)

    Les économistes ? (soluble dans l’eau)

    Les artistes ? (petite étendue de couleur)

    Les éducateurs ? (instrument de musique)

    Les enseignants ? (eau qui tombe en goutte)

    À mon avis la crise constitue une raison d’espérer être inquiet.

    Le bilan des événements est positivement négatif (mais pas l’inverse).

    Dans l’idéal, ma raison de vivre sera irraisonnée, irraisonnable et irrésolue.

    Croyez-vous que votre génération puisse être autre chose que l’identique copie de celle de vos parents ?