Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Myriam Boukhobza

  • Gratte les cordes de ton âme -fort avec le bout de tes doigts
    Bois un café blanc- avec un peu de menthe, d’anis et une goutte de fleur d’oranger
    Avale une cuillère de miel pour adoucir ta langue
    Reviens au silence
    Prends ton tapis
    Avec tes mains propres, essore ton coeur
    Enlève ces chaussures trop petites – et mets de la crème sur les cores de tes pieds
    Apaise le contour de tes yeux – assassins potentiels,
    Lève-les vers le Ciel et enduits toi du bleu, du blanc
    Le gris, laisse-le entrer, accueille-le
    Dis non – mais ne ferme jamais la porte à une bouche qui a faim
    Lave tes draps tâchés de lait – le lait du dégoût et de la déprime
    Épluche les jours qui ne se retournent pas
    Explore le temps qui est là, juste devant toi – ne le laisse pas filer comme le vent
    Retiens ta langue, tes mots qui blessent comme une hache
    Épaissis ton silence – les murs te remercieront et la lampe aussi
    Accroche ton manteau, décrispe les trapèzes
    Mange le fruit de ta solitude
    Fais coulisser ton foie qui ne draine plus.
    Ménage tes réflexions intestinales.
    Assiège tes peurs et ton chagrin qui ne naît que par toi
    Entoure-toi de gens beaux et bons comme une sauce qui mijote au soleil – de leurs odeurs de repos et de défis.

  • Nous irions promener nos corps contenus et nos visages relâchés – les dents découvertes.

    Nous ririons en ramassant des pins, dans la forêt rapace, au bord du ciel. Nous irions lécher la sève des arbres, cueillir le jasmin de nuit qui diffuserait son parfum en plein jour. Nous tâcherions d’être gais et limpides et nous rangerions nos tristesses rabougries au coin d’une rue sauvage.
    Les volets sont ouverts comme mon coeur l’est à chacun de tes mots.
    Nous grattons une allumette, l’odeur de brûlé s’empare de nos poumons et nous reniflons nos ambivalences au milieu d’un cri d’enfant doux et dense à la fois – étreinte océanique.
    Le ciel nous prie de nous étendre et d’accueillir les sentiments disponibles, sans frais.
    Nous dessinerions des chemins à la craie sur le sol tonique des routes sans mères.
    Nous déciderions d’emprunter une voie ou une autre, le rein prêt à rebondir face aux brisures des âmes juxtaposées.
    Nous ne nous accrocherions ni au convenable, ni à l’amertume, le coeur tout dehors, nous nous ferions du bien en caressant le juste et le tendre.

  • Je suis des chants
    des mélodies grattées
    Des sons.

    Les voix
    de leurs voix.

    J’habite milles corps
    Deux terres pleines de sang
    Et des blessures félines
    incrustées
    Dans les étangs de ma mémoire.

    Je suis l’exil éternel.
    L’itinérante.

    Je porte la paix en parure
    La transe d’hier
    dans le volcan
    Des jambes
    de ma grand-mère.
    Le cri de la révolte
    sur ma langue habitee.

    Je brusque et je caresse.
    Je donne et je prends
    Je me souviens et j’oublie.

    Je me parfume
    des mots et des regards
    de ceux qui me précèdent.
    Je saute à la ligne,
    au bout de ma fureur de vie.

    J’ai froid dans les os de mes pieds
    Chaud dans le coeur.

    J’aime me couvrir des étoiles des livres.
    En faire un duvet de soie
    Pour les nuits chiennes.

    J’aime disparaître et j’aime qu’on me voit.

    Je suis l’exil éternel.
    L’itinérante.

    Je suis le goût des tempêtes
    Tantôt l’aurore
    Tantôt…

    Je suis les prières de l’aube.
    Je suis les yeux humides
    Les roches salées et le sable qui gratte.

    Je suis l’âme qui prend le large.

    Je suis la poudre.
    La dépouillée.

    Je suis
    La renaissance
    Au feu sacré
    De celles et ceux qui m’ont précédé.

    Je suis l’humide et le doux.
    L’eau et
    Le bois qui monte au printemps.

    Je suis l’effroi.

    Je suis milles soleils et milles diables.

    Je suis
    La somme des déséquilibres
    Le vent qui redresse.

    La bêcheuse
    L’affabulante
    L’aimant-e sacrée.
    L’éclopée au creux des vagues.

    Je suis pied-ressort
    Je suis une plume en sarcophage.

    Je suis le transport amoureux.
    Je suis la boue sur ton visage.

  • J’ai pris congés de moi, 
    De la rumeur du monde,
    Des jours qui pressent le dos 
    Qui font des glaires au coeur et
    métallisent les jambes 
    Des bruits de moteur dans la gorge

    Du haut de ma fenêtre, les yeux rivés sur  la cour en bas de chez moi
    J’ai pris congés. 
    Dans cette cour, 
    aux formes vertes et 
    plantureuses 
    vêtue d’un manteau rouge de soie en automne, 
    j’ai senti le Ciel poser ses mains sur la fente de mon front 
    et j’ai respiré dans ses veines bleues. 

    J’ai desséré les muscles, en cotoyant les arbres,
    j’ai bu à la tasse du chêne.
    Je me suis enduite du souffle du bois,
    De son mouvement 
    Les chants d’oiseaux m’ont caressé les tempes et m’ont murmuré : 
    « Sens tes pieds lourds sur la terre,
    Laisse tomber ta nuque sur les roseaux du silence ». 

    J’ai aussi marché longtemps sur les ruptures du sol mouillé par mes questions sans fin
    Où mènent ces vies – vastes chimères – qui nous coupent des silences et des bruits qui reposent l’âme ?