Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Pascal Bellanca-Penel

  • Le livre m’a connaissance de la
    douleur
    Le robot m’a joué
    Le couteau m’a brouillé
    La fenêtre m’a chemin des
    écoliers
    Le stylo m’a n’être personne
    Le café m’a dialogue au paradis
    Le coussin m’a déstabilité
    L’assiette m’a L’établi

    Je t’aime avec tes notes de bas
    de page
    Je t’aime avec tes cendres
    Je t’aime avec ta couleur du
    texte
    Je t’aime avec ta valeur
    militante
    Je t’aime avec tes escaliers
    Je t’aime avec tes marges
    Je t’aime avec tes espaces
    verts
    Je t’aime avec tes bordures de
    merde

    Prends-tu tes antidépresseurs ?
    Connais-tu tes paires ?
    Que peux-tu me dire des propos
    de l’araignée mise au mur ?
    Sais-tu les origines tragique
    de l’érudition ?
    Iras-tu jusqu’à la divergence
    de grade ?

    As-tu posé réclamation auprès
    du gouverneur de La rosée ?
    Me quitteras-tu si je
    t’épistole ?
    Que sais-tu de la vie
    clandestine ?
    Le livre m’a Connaissance de la
    douleur
    Je t’aime avec tes notes de bas
    de page
    Prends-tu tes antidépresseurs ?

    Le robot m’a joué
    Je t’aime avec tes cendres
    Connais-tu tes paires ?

    Le couteau m’a brouillé
    Je t’aime avec ta Couleur du
    texte
    Que peux-tu me dire des propos
    de L’araignée mise au mur ?

    La fenêtre m’a Chemin des
    écoliers
    Je t’aime avec ta valeur
    militante
    Sais-tu Les origines tragique
    de l’érudition ?

    Le stylo m’a N’être personne
    Je t’aime avec tes escaliers
    Iras-tu jusqu’à la divergence
    de grade ?

    Le café m’a Dialogue au paradis
    Je t’aime avec tes marges
    As-tu posé réclamation auprès
    du Gouverneur de La rosée ?

    Le coussin m’a déstabilité
    Je t’aime avec tes espaces
    verts
    Me quitteras-tu si je
    t’épistole ?

    L’assiette m’a L’établi
    Je t’aime avec tes bordures de
    merde
    Que sais-tu de La vie
    clandestine ?

  • J’avais la bouche
    distillée
    et la tempe
    chronomètre
    L’inertie des corps
    et l’équilibre instable
    Il y avait
    des Andromèdes
    et des Esters.

    ::::::

    J’ai le coeur en
    observance et
    l’alliance thérapeutique
    Effets secondaires sur
    l’échelle de Beck
    Nombre de prises je
    Zest et je
    troubleS
    dans le Spectre.

    ::::::

    Jamais plus d’hydroxyle
    même précipité
    jamais plus de pourrait
    mieux
    administré
    jamais plus de protons
    ni d’al-calins

  • PREMIÈRE JOURNÉE
    Il y a longtemps j’ai vu un bus.
    C’est ma première journée. École primaire.
    Beaucoup trop de monde, l’excitation.
    Des pleurs aussi, beaucoup.
    Chaque braillard accompagné par un parent mais les autres aussi.
    J’entre dans la classe. Au fond, il y a un bus et il est jaune.
    Maman reste à la porte. Je la regarde. Je ne la vois pas pleurer.
    Moi, je vois mon bus.
    C’est un putain de bus jaune. Il n’y a que lui et moi.


    PERLE
    Je ne sais plus à quel âge je pesais 34 kg.
    La plus grosse perle naturelle connue pèse 34 kg.


    DIRECTEUR
    Je n’ai jamais arraché les ailes d’une mouche ni coupé la queue d’un lézard. 

    Mais je dois avoir moins de dix ans, une activité de classe comme une autre m’occupe aujourd’hui, c’est bientôt la fête des mères et je touche de l’argile pour la première fois de ma vie. C’est agréable et doux.

    Je suis à mon bureau en train de terminer et le maître me demande de le suivre. Nous allons chez le directeur, amène ton objet. Le directeur reste assis derrière son bureau. Il est lumineux son bureau et il me demande : pourquoi tu as fait un cercueil pour ta maman ?



    LA RENCONTRE
    Un mois après, j’en suis à la page 13. Trente jours pour treize pages.
    Mais avant je suis seul.
    Au lycée.
    Trop de bruit en bas, dans la cour.
    Le C.D.I est cabane perchée.
    Il est là, sur la table. Je le prend. Un prof a du l’oublier en partant.
    Je tourne la page de couverture. Comment je vois le monde.  

    Ce n’est pas une question.

    Plus du tout de la même façon depuis.



    TRAIN DE NUIT
    En Inde, il m’est arrivé de me faire pisser dessus, couchette du bas, simple morceau de bois, 3ème classe.

    DELHI
    À Delhi, j’ai vu
    Un panneau
    Dr. SABLOK
    SEXOLOGIST


    CAMPUS
    Dans les années 90 je croise un vieux pote sur le campus de la fac. Pas vraiment un copain, un mec de ma cité, là-bas.
    Il est en bagnole – j’ai même pas le permis.
    Tu montes, on va faire un tour.
    Fenêtre ouverte, coude à l’air.
    Y’a de la chatte par ici
    Y’a de la chatte par ici
    Il arrêtait pas de répéter.



    PYTHIE
    Complètement pèté, un jour de Pâques à Delphes. J’ai abusé de ce vin résiné grec, le fourbe.
    Le village fête pâques. Il y a des méchouis dans toutes les ruelles, du vin et des gens heureux qui mangent ensemble dans la rue. Je me suis arrêté à chaque coin, sans savoir dire non.
    J’ai du mal à sortir les pièces de ma poche et à les glisser dans l’appareil.
    J’appelle mes parents d’une cabine.
    Ma mère dit qu’elle est allé consulter une voyante pour moi, pour savoir où j’étais depuis qu’ils n’ont plus de nouvelles.



    DANS LES YEUX
    Loïc Demey, JE, D’UN ACCIDENT OU D’AMOUR

    Ceci est
    un
    citron

    Si vous vous vous arrêtez
    ici et que vous ne
    craquez pas devant ce
    bijoux de la littérature
    nationale mondiale
    je vous jette du jus
    de citron (caché sous
    le comptoir à la caisse)
    dans les yeux.

    Lu dans la librairie Rive Gauche.



    PROCÉDURE
    De Christian Boltanski je retiens qu’on peut conserver la mémoire d’un dispositif ou d’un objet en conservant la procédure qui a permis de le produire.
    Je retiens aussi que documenter la vie d’êtres disparus c’est entretenir une conversation avec eux.

  • Je vois ces balles jaunes
    Liberty
    Ping-pong, Ping-pong 
    Liberty
    D’un jour où 
    La poésie a ricoché
    Liberty
    Dans les ruelles perdues
    Liberty
    De l’âme humaine
    Au carré,
    Ping-pong 
    Liberty
    À Damas
    Au Caire
    Au cube
    Liberty
    Mais ici
    Osef
    Émile
    Même si
    Au cube lui-aussi
    J’entends au loin 
    Ping-pong, Ping-pong 
    Dans les ruelles pentues 
    Je vois des armes et des hyènes 
    À l’affût comme perdues 
    En haut des 
    Ping-pong, Ping-pong 
    Et la poésie sauvera le monde
    Liberty.

  • « Et puis quoi, encore ? »

    Je vais écrire pour que ma tête cesse. Mon esprit boucle sans cesse sur ce « Et puis quoi encore ? ». 

    Il faut que ça cesse. 

    Les mots, je les comprends un par un, mais la phrase, non, je la comprends pas. Ça me heurte, ça me boule au ventre, ça me crispe. 

    « Ça me crispe », c’est trop crispy. Ça me heurte et me tourneboule ; elle me tourne en boule cette phrase, elle me tourne en boucle.

    Tête d’autiste. Ça se voit pas, mais je me répète. Ça se voit pas, mais ça se repère – pour qui a l’œil. Les détails, c’est ma came. Ma façon, c’est la filature, en mode obsessionnelle.

    Mais pourquoi il a dit ça ? Qu’est-ce qu’il ne comprend pas, putain ? Pourquoi on habite pas la même bulle ? Pourquoi c’est violent ? Pourquoi ça tourne-en-boucle ? Pourquoi ça fait mal ? Où est-ce que ça te fait mal ? Ça te fait mâle aussi, avoue ?

    Putain le lourd ! Là tu juges, tu comprends rien. On parle pas la même langue, c’est ça ? Pourquoi est-ce qu’on parle pas la même langue ?

    Et ça se passe comment dans ta tête à toi ? 

    Ça se passe comment dans ton cerveau d’autiste ? 

    Ça se passe en boucle.

     Ça se passe au détail.

    C’est comme.

    C’est comme.

    C’est comme une cristallisation. Ça prend du temps, mais ça s’arrête pas à moins que tu coupes la source. 

    Tu prends un détail, tu prends, tu prends, tu prends un milieu, un milieu riche, toi, tu es dans ce milieu. Tu satures. Le milieu est saturé. Tu mets du sel dans de l’eau chaude, tu satures l’eau de sel, comme à l’école quand on était gosses.

    Après.

     C’est un détail, ça change tout, tout va s’organiser autour du détail que tu plonge dans le milieu. 

    Tu plonges un trombone dans l’eau salée, saturée de sel dissout.

    Tu perturbes le milieu avec ton détail.

    Va prendre l’air cinq heures ou cinq jours. Comme à l’école, pose la soucoupe sur le radiateur. 

    Tu vas prendre l’air pour qu’il ne reste plus que toi et la cristallisation du milieu sur ton détail.

    Le cristal se forme autour du trombone que tu as mis dans l’eau. Quand l’eau s’évapore de prendre l’air au soleil, ça trombone dans ta tête. 

    Même en classe, sur le radiateur, ça marche. 

    Tu vas prendre l’air ; tu grossis avec ton détail. Ça cristallise autour de ton détail, tu es toujours dans ton milieu, mais la seule chose qui t’intéresse, c’est ton cristal. 

    Ton détail est devenu cristal, tu peux le présenter. Il a grossi, il est présentable. C’est plus un détail ; y’a plus de milieu. Y’a plus d’eau dans la soucoupe. Tout le monde a oublié qu’il y avait de l’eau avant.

    « Et puis quoi, encore ? », ça me perturbe, j’en fais ma perturbation et ça trombone dans ma tête, ça ne cesse pas de tromboner.

    – Et ton cristal ?

  • Je suis gentil
    Je suis gentil
    Je crois que je suis gentil
    Les autres disent de moi – il est gentil
    Je crois les autres ils disent que je suis gentil
    Je n’ai jamais rien fait pour être gentil c’est comme ça depuis tout petit.
    À l’école j’ai prêté ma Cléopâtre – tu es gentil
    À l’école j’ai laissé mes voisins copier – tu as intérêt à être gentil
    Dans la cité je donnais mon ballon aux petits pour qu’ils jouent – t’es un gentil.
    Dans la cité les grands me disaient de faire ceci – t’as sacrément intérêt à être gentil
    À la fac je ne parlais pas fort et je souriais quand je rencontrais – t’es un gentil toi aussi
    À la fac je rangeais les plateaux repas des copains Oh oui j’ai intérêt à être gentil
    Après j’ai lu qu’un vieux Président laisser tomber papier froissé lorsqu’il recevait ses Premiers histoire de voir s’ils étaient assez gentils pour se courber
    Sauf ma mère qui m’a dit – ton père lui c’est un vrai gentil.