Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Patricia Boucharlat

  • Et cela fit frémir ton dos
    comme un duvet constellé d’aiguilles repoussant les caresses

    Et cela fit gémir tes yeux
    embués de plaisir à regarder au-delà du jour 

    Et cela fit pâlir ta peau
    ornée de perles légères nées de la brume du soir

    *
    Assise sur une antique balancelle, tu oscilles entre chien et loup
    pourtant, l’aube marine est pleine de promesses

    *

    alors affluent les eaux troubles de la mémoire,
    et tu hésites à te laisser emporter
    au gré des courants
    au fond des abysses utérines du monde

    alors, tu te souviens
    tu te souviens avoir plongé dans des eaux brunes et profondes
    tu te souviens de la caresse brutale de l’air
    tu te souviens des mains qui saisirent tes poumons

    Et tu inspiras comme pour la première fois
    le parfum froid de la neige

    brûlure au fond de la gorge
    brûlure au fond des yeux
    brûlure dans les entrailles

    Et cela, emplit le dedans et le dehors
    Et cela, devint quelque chose
    Et cela, donna un corps entier

  • C’est de leur mère Montagne
    qu’elles se détachent en bloc
    C’est le torrent pétré
    qui les fait devenir fluides
    Ce sont les errantes 
    qui parsèment les champs
    C’est de leurs crevasses et fissures
    que fleurissent les rocs

    C’est sa cousine folle
    que l’on ôtait des crânes
    C’est l’un des quatre trésors 
    qui permet d’encrer les mots
    C’est la main malveillante
    Qui s’en sert pour faire taire 
    C’en est une innocente 
    qui joue pour atteindre le ciel

    C’est une chose minuscule
    qui rendit son chemin douloureux
    C’est la multiplication de ses frères
    qui lui fit retrouver le sien
    C’est une rencontre orageuse
    qui la fit naître
    C’est son intériorité
    qui accueille et protège

    Elle est
    pierre de folie, pierre de foudre, pierre philosophale ou pierre à encre, pierre refuge ou casse-caillou 
    Elle est

  • Nous
    sommes multiples, riches et effrayées de notre propre puissance.
    C’est une énergie au pouvoir cannibale,
    des tourbillons dévastateurs émergeant par des bouches grandes ouvertes.
    Ce sont des cris de foudre qui nous ont fait naître
    matrices au cœur vert tendre,
    le rouge profond qui nous habite érupte par nos pores,
    l’astre du jour affole l’écorce molle dont nous sommes vêtues,
    seule la caresse du vent est capable de nous apaiser.

    Certaines mains sont plus habiles que les langues,
    froissures d’hier qui ornent et racontent
    des lézardes intimes qui s’écrivent au fil des jours.
    Je caresse des murs chauds aux interstices vivants, la pierre exhale son histoire.
    Puis il y a des mains blocs, des mains lourdes qui confisquent le futur
    elles s’abattent sur les os et écrasent, pilent, condamnent
    la terre noire se transforme,
    humus odorant s’effritant entre les doigts
    enraciné dans la terre, le regard pâle suit le mouvement du soleil.
    D’autres mains encore apportent la jouissance
    elles œuvrent dans le pli des détails
    dentellière du plaisir, elles cajolent, caressent et ouvrent
    irriguant la jeune pousse à l’intérieur de ma hanche.
    Des mains tendues, solides et souples comme les branches des trembles
    je me blottis au creux des paumes offertes
    je m’ensommeille.

  • Il est
    un magnifique mouvement circulaire dont le regard serait le centre,
    une ronde sans angles, un tournoiement sans detours.
    Autour, des miroirs réfléchissent des centaines de fois l’image pivotante de la vue.
    Ce qui est là n’est déjà plus ici.

    Je vois
    Du plus profond de mon œil unique, je te contemple.
    Regard solitaire qui fait de moi cyclope,
    L’oeil humide, je plonge dans les vagues mauves de ton iris
    Submergé par de tristes souvenirs, ton regard s’appuie sur le mien pour se maintenir à la
    surface.

    mais la marée descend,
    et sur l’estran gît la moisson
    de tes impressions rétiniennes
    cils épars
    varech odorant
    Sainte-Lucie à la recherche de son oeil