Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Romane Larivière

  • Le matin fait de tous les tissus humides
    Qui me suivent sur les pavés
    Ça a des formes de nuages
    Ça a des formes de choses connues
    Le café pas trop tard
    Pas trop tot
    Pas trop fort « on sera pas énervés »
    Les miettes de speculos
    Et la crasse entassés sous les
    Grilles-passoires du quai


    La journée apprendre les
    Petites échardes dans les doigts et
    à faire et defaire les nœuds
    Apprendre à se cacher dans le velour noir bleu
    Et très lourd et pas très causant
    Apprendre les petites échardes et
    Le son de la lame de métal
    Le tout bientôt réglé
    Et on est presque millimétrés


    Après c’est presque les fins de journée
    Beaucoup de bulles dans le verre
    Et des restes de peinture mat
    Sous les ongles laisse les pousser
    C’est les mêmes casquettes au dessus
    Des barbes camaïeux de gris

    J’attends qu’il soit midi de la nuit

  • Je garde en tête
    Le table, le contre plaqué blanc avec
    Les matières comme au bord de la mer
    Ce qu’on a laissé couler
    Du verre dépoli
    Des écritures comme une autre langue
    Des bribes de goût
    Et celui de tes lèvres
    La table qui raconte
    La veille anticipée et
    Les basses c’est pas un peu fort?
    Qui essayaient de cacher le coin
    De tes mots


    J’ai encore en tête
    La ceinture de tes pupilles, j’essaye
    Y’a comme une rivière qui passe
    Dedans et pas si loin
    Des tâches de couleurs,
    Comme celles sur mon écran
    Comme les fautes que je lis
    Elles sont faites avec
    De l’encre hyper épaisse
    Elles font plisser le coin
    De mes paupières


    J’ai dans ma tête
    Des jardins ocres


    J’ai des reflets au bout des doigts
    Est-ce que je veux les partager?

  • Mes cheveux-chanvre
    Des doigts comme des bides à bière
    J’ai les mains qui craquèlent
    Elles sont aussi roses-pointe-de-sang
    Que tes pommettes
    Aussi crocodiles que les autres hivers
    Et quand ce sera pâle et tout blanc
    Et quand ce sera comme de la cire
    Et quand tu auras des larmes
    Qui feront des tâches sur le goudron
    Qui feront des trous dans la neige
    Des trous de pattes de chat
    Des trous comme les petits trous
    À la surface de la peau
    Les petits trous que j’imagine
    À la surface de la lune
    Quand le soir tu me regarderas
    Avec la lampe presque bougie
    La lampe qui fait comme
    Des coulures
    Comme celles sur nos joues
    Qui viennent saler
    Le bout de ma langue
    Quand le poivre
    C’est le froid dans le creux
    De mes mains qui craquèlent
    Alors je m’endormirai.