Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Sabine Castets

  • Une fenêtre est une ouverture, d’ailleurs on dit bien 
    ouvrir la fenêtre. 
    Mais alors pourquoi on dit aussi
    fermer la fenêtre ?
    Parce qu’elle a souvent 
    deux battants 
    une bouche qui mange
    des paupières qui voient 
    des bras qui saisissent 
    le monde. Ou l’embrassent quand le paysage est beau.
    Une fenêtre propose la vie en dehors 
    une énigme
    la vie dans d’autres corps des passants qui ne font que passer et des oiseaux qui sifflent les chiens
    les sons de la pluie qui grésille, des sirènes qui charment, des machines qui rôdent
    faut-il regarder par ? 
    La fenêtre est une possibilité
    rester 
    explorer
    sauf quand elle est bloquée.
    Capricieuse ou protectrice ? 

  • Se regarder dans le miroir.

    Obstruer le miroir de nos deux corps, le mien ombrant le sien

    Remplir le miroir de nos deux corps, le mien dans les creux du sien

    Combler le miroir de nos deux corps, le sien pénétrant le mien 

    Et oublier le miroir.

    Se souvenir de la chambre, sentir le carrelage froid sous les pieds, garder les yeux fermés, éviter le papier peint laid, les fleurs séchées, la poussière. Éternuer.

    Marcher vers le lit derrière, s’embrasser, continuer, sacrifier nos corps d’amants aimantés sur l’autel confortable de l’horizontalité, se regarder. 

    Voir l’autre en miroir. 

  • Mais calme-toi ! Arrête de gesticuler ! Mon dieu que tu me fatigues… Certains disent même que je les épuise. Parce que je suis excitée, parce que je ne tiens pas en place.

    Ça part des pieds et ça remonte vite comme l’électricité, ça irrigue tout le corps jusqu’aux mains qui s’agitent quand je parle – trop fort évidemment – jusqu’aux cheveux qui se balancent face aux paupières qui clignotent. C’est pas très agréable d’être parcourue par un courant plus chaud que le sang dans les veines, plus froid que l’air dans les poumons, plus piquant que la bile alors ce courant faut le laisser déborder du corps par des grands gestes, des cris stridents, des rires puissants. Quand je suis excitée, je me transforme en pantin désarticulé. Et ça les fait chier les calmes, les comme il faut, les barbants mais je fais pas exprès, je fais avec. Je voudrais qu’ils m’apprennent la modération et pourquoi pas la bienséance même si ça n’a pas l’air très marrant, mais ces gens-là ils me fuient, faudrait pas que je les contamine. Je suis contagieuse, je suis indésirable alors je retourne avec mes copains les excités, les insupportables comme disent les plus médisants. On reste entre nous à se fatiguer plus vite que les autres et peut-être qu’on mourra avant eux mais au moins on mourra épuisés d’avoir vécu fort et grand. 

  • Qu’est-ce que YUL ?
    Les initiales d’un airport qui porte désormais ton nom. 

    Qu’est-ce que Montréal ? 
    Une métropole où tu burn dans l’été canadien. 

    Qu’est-ce qu’un plan à damier ? 
    Les rues dans lesquelles tu drink des Bloody Mary le midi.

    Qu’est-ce que l’Amour ? 
    Un cinéma où j’aimerais making love avec toi. 

    Qu’est-ce que l’attente ? 
    Je ne veux pas le savoir, come back. 

  • IL FAUT TOUJOURS que les arbres 

    grossissent en été, comme
    POUR montrer que la chaleur les envenime, qu’ils quittent leur
    L’ENFANCE, oubliant le printemps de
    ROND ET DÉLICAT, pour les températures que les vieux ne supportent plus et
    DONC s’enferment dans leur tanière.
    ET alors, qui les regardent ces arbres touffus de leur robe verte qui déborde
    SUR LE trottoir ? impétueux, arrogants, majestueux,
    DANS LE MÊME CARACTÈRE de leur enfance qu’ils n’ont peut-être finalement  pas encore quittée.
    Attendons l’automne pour voir s’ils seront toujours aussi insolents ces arbres se dénudant.

  • Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


    Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

  • Une bonne journée c’est
    l’été, le matin, les fenêtres ouvertes
    ta peau fraiche, tes fesses à l’air
    libres.
    Ton envie de brioche, tes lèvres goût café avant
    l’après-midi Méditerranée
    tu veux du sable
    et moi une glace
    on fait les deux, je t’aime
    salé.
    On couche le soleil
    couleurs Kennedy
    demi pêche et PAC à l’eau,
    plus de glaçons c’est l’heure,
    déjà. Au lit,
    couvrir tes fesses,
    te lire les mots d’un autre et
    t’endormir la main sur mon sein
    avant de me dire à
    demain.

  • Premièrement
    il y a l’aube qui gicle sur le mur
    des tâches dorées en pointillé
    comme des mots à relier

    Deuxièmement
    il y a l’écriture qui se boit au café
    au lait pour adoucir les voix fortes
    des Espagnols dans les airs

    Troisièmement
    il y a le vent argenté qui paye
    la beauté de la mer en moutons
    des kilos de laine à compter

    Quatrièmement
    il y a les heures qui attendent
    le bus de nuit sans rêve
    le sommeil profond et le réveil