Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Tristan Mat

  • une tasse est vide
    souvenir du café
    au fond encore l’amour
    *
    il y a un briquet
    pour les rêves
    sur la table de nuit
    *
    la baignoire se vide
    le sang continue de tourner
    en rond

  • une bonne journée ce serait un étang vert calme et du bleu
    une bonne journée ce serait un miroir humble
    une bonne journée serait courte avec cinq saisons nettes
    une bonne journée ce serait une peau impavide
    une bonne journée ce serait le conditionnel dans ta cage
    une bonne journée ce serait du ciel dans la grotte
    une bonne journée ce serait cendres donnant lumière
    une bonne journée ne dirait rien contre le silence
    une bonne journée laisserait un chiffre sans écho
    une bonne journée un fruit posé faisant de la table un autel
    une bonne journée c'était un pli dans le temps à venir
  • C'est un rêve. Une lande petite, chambre sans mur. Les couleurs sont ignorées. On ne se demande pas d'où vient la lumière, sa pauvreté. Une main à 3 doigts : les langues. Il n'y a pas d'ailleurs, même si autour d'une table, l'ennui et la peur, dans le calme, abattent leurs cartes, face à face. L'amour révèle tout l'intérieur, d'un coup. On ne sera jamais plus profond dans le temps
    
    C'est un souvenir. Le blanc est lumineux et lent. La multitude n'est pas de ce temps. Le nombre n'a pas de mot, ni l'unique. La main maintenant se tend : le vide est connu alors. 
    Je voudrais un don pour vous, mais le gravier luit seulement dans mon eau. Le vôtre existe.
  • L'attente
    
    Ce serait un jeu, une oppression parfois jusqu'à la joie, tout chiffre devenu vain : regarder le monde exactement sans toi.
    
    L'image 
    
    Ce serait un don sans dette qui donnerait un au-delà à la chambre, sans qu'il n'y ait rien entre nous que l'air des caresses.
    
    Le lit 
    
    Il serait seulement son nom sans souci de façon ni de matière, forme parfaite pour nos tableaux soumis à nul regard, cadre ne se souciant pas d'être dépassé, surtout ne voulant pas être dressé.
    
    La main 
    
    Je la regarderais, tienne, chaque fois dans le monde. Elle serait le multiple et le mouvement, et toujours l'ironie double : insinuation pour courtoisie, effleurement pour impatience, gifle pour passion.
    
    La joie
    
    La joie elle serait tout, presque rien. 
    Toujours voulant celle de l'autre pour la sienne.
    
    La vague 
    
    Elle ne serait pas que précision, mais une répétition toujours changeante. Tu serais surprise. Rien n'irait de l'avant, rien ne tomberait. Par la danse, il n'y aurait plus ni dedans ni dehors.
    
    L'horizon 
    
    La lumière serait à plat comme porté par une eau sans vague pour aboutir à ton triangle touffu, niant seul la géométrie pour la luxure.
    
    Miroir 
    
    Ce serait des renversements à foison : tes mains appuyées comme si le mur était terre, nos regards parallèles pour que nos yeux se pénètrent, l'oeillet  à la joie d'être bouche, toi régnant d'être inclinée.
    
  • Elle est comme une autre sera l’autre
    Elle est comme parure quand nue
    Elle est comme de nuit à mes doigts

    Elle est comme nom au réel près
    Elle est comme le rien de l’amour
    Elle est comme ma mise en oubli

    Elle est comme l’ombre hors du rêve
    Elle est comme revenue enfin
    Elle est comme dans je t’aime comme

  • La lumière sourd du sombre de ta peau. Tu es retrouvée à la rive, même après l’étreinte. Tu surgis pour la rue antique, son pavé noir miroir, le mur caressé de rondeurs. Tu es dans les phrases que je ne toucherais pas. Une seule ouvre la chambre où le silence comble. Tu marches en avant de mon temps et la neige t’es parure. Nous étions – avant que tu ne sois, avant que je ne sois. Tu resteras près de la rivière au soir, sans fardeau de nom et de visage. Tu es l’amour le plus lointain. 

  • que l’eau soit neige
    que la table soit vide
    que l’adieu soit lumière
    que le pain soit simple
    que l’animal soit silence
    que l’étreinte soit vaine
    que l’enfant soit oubli
    que le regret soit sel
    que la musique soit ici
    que la pluie soit joie
    que le livre soit sans mitan
    que le mort soit nu
    que dieu soit un mot
    que tu sois encore sonnet