Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Catégorie : Vivien

  • Cinq heures
    s’écoulent dans ma bouche—-
    n’importe laquelle ;
    qu’elles le veuillent ou non
    préservées des chants sourds de la veille.
    Cinq heures
    s’écoulent à travers mon silence—-
    immémoriales ;
    toutes à moi et si lointaines à la fois
    aussi lointaines que le réel.
    Cinq heures
    veulent boire à la fontaine de mes rêves—–
    avant qu’elle soit tarie ;
    jamais ne me seront rendues
    pas plus que les eaux rêveuses
    de cette nuit.
    Cinq heures
    Filent comme un éclair—–
    Hors champs ;
    mais la clé de leur temps
    restera toujours gravée dans ma mémoire

    Quelque part

  • Tu prendras ta nouvelle paire de nageoires et ira nager
    Dans le lac de lait
    Jusqu’à être devenue assez grande
    Pour sortir du lac T’ébrouer sur des coussins des peaux différentes Tu t’appuieras tant bien
    que mal sur tes minuscules genoux tes petits coudes osseux
    En regardant partout autour de toi Tu t’émerveilleras de la première forme qui vient
    De la première couleur
    Tu regarderas Tu t’habitueras Tu découvriras les yeux des autres
    Qui seront là-bas avec toi
    Gris et verts et marrons et bleus peut-être un peu rougis ou violets ou dorés parfois je ne sais
    pas
    Tu mangeras de toute la nourriture et boira de toutes les boissons qu’on te proposera
    Du haut de la haute chaise d’où tu surplomberas la table dressée pour tous les convives
    Différents à chaque nouvelle lune
    Tu apprendras à rêver et donc à lire À entendre À déchiffrer ce monde d’après
    Cela sera le plus rapide et le plus sûr
    Tu recevras tant de cadeaux que tu ne sauras où les ranger Ce qui tombera bien
    Puisque là où tu vas, il n’existe pas vraiment d’espace pour ranger
    Que tout déborde toujours et toi avec Tu verras
    Tu déborderas à un moment à un tel point que Tu
    Iras t’échouer sur une peau qui se trouvera là comme si elle était faite juste pour toi
    Ce qui je te le souhaite sera effectivement le cas
    Mais je m’avance et n’en ai pas ici le droit ici Je dois reprendre T’écrire les recommandations
    qu’on m’a enjoint de t’écrire
    Je ne peux rajouter à ma guise des infos trop intimes Mais le rapport suffit
    Tu avanceras ensuite au grand carrefour sombre, à l’orée d’un orage ou d’une tempête, Tu
    franchiras toi-même les bois laissés là désolés avec ou sans cigarette ; Là fais selon tes
    possibilités et ne masque pas trop ton regard
    Lorsque tu auras pris beaucoup de temps à réfléchir à la musique qui t’environne, Aux chants
    des créatures ailées et au conciliabule des feuilles
    Dans la première plaine ou le premier bosquet que tu découvriras
    Tu composeras un bouquet de fleurs
    De celles qui n’existent que là-bas, Je n’en connais pas le nom
    Et tu les couleras sur la peau de tous ceux qui te soutiennent sur ton parcours (même de loin)
    De cette échange de présents s’élèvera une voix
    Comme sortie de nulle part et de partout à la fois
    Elle te dira comment faire ensuite
    Pour la suite du parcours
    Tu marcheras Marcheras encore T’allongeras sur une voile déchirée : une paupière cousue au
    rivage d’une mer, Tu te lèveras à l’aube, Apprendras longtemps de la voix
    Puis quand elle s’éteindra, ramasse la paupière et fais-en ton sac
    Mets-y les visions que le paysage te donnera

    N’oublie pas d’embrasser la peau qui te colleras toujours
    Et ainsi viendra ton tour Tu écriras des indications à ton tour
    Sur cette peau si collante et aimante qu’elle sera aussi la tienne, Comme je le fais en ce
    moment même sur ce ventre qui n’est pas le mien Mais que j’aime tant
    Toutes les peaux aimées peuvent porter cette écriture
    Ne t’inquiète pas Tu aimeras Tu verras et
    Tu l’écriras pour un autre fruit qui aura germé là
    A vos côtés
    Je te le souhaite, Je te le souhaite tellement
    Bon voyage maintenant
    Suis ma voix
    (…)