Née à Téhéran, dans la ville bercée par la petite fumée de Damavande, l’ancien volcan, elle écrit dans différents agendas, que sa mère lui ramène chaque année au printemps lors de nouvel an perse. Elle se fait applaudir pour la première fois pour son texte écrit à la main et enluminé avec des crayons à couleur, lors d’un rassemblement presque militaire dans la cour de son collège.
Elle écrit et traduit dans la presse quotidienne à Téhéran, où elle enchaine les boulots de serveuse, menuisière, libraire et vendeuse de sous-vêtements féminins noirs. Malgré tout, elle continue d’aimer les mots et leur timbre dans sa gorge. Elle apprend le français en imitant les présentatrices du 20 heure sur une chaîne oubliée.
Elle fréquente le café des artistes à Téhéran, où le thé coûte que dalle. Elle y ramène ses devoirs de la fac pour réfléchir à comment choisir l’équivalent de catharsis en persan sans que les lecteurs s’enfuient.
Les thés refroidissent et en 2010, elle est en France pour découvrir le pays de Duras, Colette, Proust et Camus. Elle comprend que la langue française existe en dehors des dictionnaires. Dans les soirées elle continue son apprentissage sous divers formes, conjuguées avec de nouveaux verbes comme picoler et d’autres dont elle ne se rappelle plus.
En pays Gaulois, elle a appris un peu de sémiotique, un peu de pédagogie différenciée, un bout de techniques d’archivage et de lecture de note en faisant résonner quelques instruments à joie.
Elle continue toujours à lire et un peu à écrire en grignotant des graines de tournesols qui font tomber leur sel sur certaines de ses feuilles.