Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Ecrire avec Gilgamesh et Kae Tempest

  • L’endroit est plein de nos sourires.
    Tu es l’inconnu
    qui inonde la nuit.
    Je me baigne dedans.
    « Quel est ce parfum que tu portes à ton cou ? »

    Ici le monde n’est pas monotone.
    Le temps passe vite.

    Nous sommes l’ici et maintenant.
    Tu es l’air printanier
    qui fleure l’interdit.

    Je me plonge dedans.

    Puis le jour se lève.
    Le spectacle me laisse indifférente.
    L’angoisse,
    comme un corps étranger,
    m’ assiège.

    J’ignore tout de demain.

    « Qui es-tu ? »

    Tu es déjà loin.

    Ton absence désormais m’appartient.
    J’ai l’espoir encore,
    que revienne le printemps.

  • Tes Converse noires affichaient sur le côté une pastille colorée nous laissant croire qu’un coucher de soleil pouvait naître et mourir sur la zone du péroné dans un mouvement perpétuel de l’image fixe avec un quintil de bandes allant du orange au vert pâle.
    Savais-tu que cet hommage à Paul Klee reprenait en légèrement plus vif les couleurs de ton visage à peine rosé et de tes cheveux paille et ses mèches vertes délavées ?
    Ton visage offrait cet aspect négligé du linge trop passé à la machine et nous disait autre chose. Il rêvait d’un ailleurs cet ailleurs punaisé sur tes chaussures, un endroit sans ciel bleu trop exposé à la vilenie humaine mais un ciel agencé exactement par une seule loi : celle du bonheur absolu soumis à l’unique règle de ces quatre couleurs délavées qu’aucun texte juridique aucun amendement aucun tribunal ne peut contraindre.
    Un trouble subsiste pourtant, ton pantalon et ta veste en jean du même bleu que tes chaussures et ton visage combattent. Ce corps maladroit n’est pas celui de la contradiction mais celui d’un combat permanent entre le monde et nos rêves. Changer le monde avant qu’il nous change crie cette jeune fille déjà partie sur son skate.

    Avant pour méditer on avait le feu de cheminée maintenant on a le hall de gare , le regard perdu dans une publicité animée pour livre d’un général d’armée, les doigts crispés sur le téléphone, cette plaie de lumière.

  • L’appartement était dans l’attente de ton arrivée
    La chaleur du feu dans le foyer irradiait jusqu’à la chambre
    Ma chambre qui n’attendait que toi.
    Tu étais là, face à moi
    Et tout commença.
    Tu es la tempête dans ce corps-texte
    Qui frappe avec force l’esprit
    Tu m’as dit que tu avais toi aussi hâte de me retrouver.
    Tu es cet éclair dans le ciel obscurci de cette nuit
    Qui électrise mes pensées
    Des frissons avaient envahi tout mon corps, qui ne m’appartenait plus.
    Tu m’as saisie et j’ai longuement consenti.
    Tu es la foudre, brusque et sonore
    Qui claque sur la surface de mon être en transe
    Tu es cette lumière dans mon obscure chambre
    Qui entre, filaire, dans mon lit à couvert
    Tu es la flamme
    Qui lentement lèche les parois de mes cuisses ouvertes à toi
    Tu es cet embrasement
    Qui secoue l’horizon de nos chairs
    Tu es la fournaise dans nos ébats
    Qui vomit ses tourbillons de feu, geyser ruisselant sur nos peaux
    Tu es cette accalmie, l’instant suspendu
    Qui s’abat sur mon corps-cyclone
    Tu es l’œil de la tempête
    Qui dès le réveil se pose sur moi
    Tu étais pressée contre moi, dans ce lit enfin repu d’amour,
    Les premiers rayons du soleil pénétraient la chambre.

  • Elle n’est pas stupide. Simplement, elle ne sait pas faire autrement. Elle ne peut pas s’empêcher de le
    convoquer dans ses pensées. Ce n’est presque pas comme ça le jour
    mais toutes les nuits, oui.
    Elle n’a pas les ressources pour vaincre tout ce remue-méninges, machine à laver, tête à cœur infernal,
    toutes ses nuits comme ça.
    Elle n’est pas stupide, simplement, elle ne connait pas d’autres obsessions. Ce n’est ni sa faute à elle, ni sa
    faute à lui, ni même à l’univers. Ce n’est rien qui puisse s’expliquer, c’est comme ça dans ses pensées toutes
    les nuits, il n’existe pas d’autres issues. Ce n’est pas tout de lui qu’elle convoque, simplement son visage et
    aussi sa voix peut-être ? Il n’est pas si proche d’elle mais il ne disparaît pas la nuit,
    c’est comme ça.
    Elle n’est pas stupide. Elle n’attend pas, plus, après son souffle le jour, simplement toutes les nuits,
    comme ça, il ne peut pas s’empêcher d’être avec elle.


    *

    À compter de ce jour, et surtout de cette nuit, elle pourra s’empêcher. Sans pécher, sans l’abandonner vraiment, elle pourra rompre avec son image. Elle sera plus forte que ses pensées, elle fera taire son souffle dans sa tête, son visage collé à son crâne s’effacera et il n’y aura plus aucune trace de lui sur l’oreiller au réveil.
    Il ne sera pas forcément remplacé. Les visages – surtout le sien – ne se remplacent pas. Un jour peut-être ou plutôt une nuit comme ça, un autre, une autre, se glissera dans ses pensées, lui fera de nouvelles cachotteries cérébrales sous la couette.
    Simplement, à compter de ce jour-ci et de cette nuit proche, prochaine, elle n’aura plus besoin de ce visage lointain pour exister. Elle n’est pas stupide, elle sait combien la vie s’échappe, le train à grande vitesse et tout ça…
    Elle respire, enfin, elle accepte. Elle accepte, le tête à cœur et le tournis permanent. Elle ne guérit pas mais
    elle s’en fout.
    Elle respire. La sensation d’un presque renouveau, elle retire ses draps et les met dans la machine à laver. La machine fait du bruit, elle tourne – un visage passé dans son tambour – et elle, elle respire.

  • Tu es un palais de cristal

    Qui aveugle cellui qui le regarde

    Nous n’étions pas seules, pourtant je sentais que tu ne t’adressais qu’à moi.

    Tu es un manteau de neige perdu à l’horizon

    Qui endort le corps de cellui qui s’y couche

    L’album familial, perdu depuis, sur la table, tu le feuilletais avec une autre de tes filles,

    Tu es le blizzard venu des Nords

    Qui étouffe les poumons de cellui qui te respire

    Lentement, assurément, sur une des photos, ta main droite s’est posée pour cacher la partie basse d’un visage inconnu,

    Tu es un pain de glace

    Qui brûle la langue qui le lèche

    J’aurais aimé que mon souvenir s’arrête là.

    Que je confonde à jamais la douceur de cette pièce, moi assise à terre t’admirant sur le divan marocain,

    Beauté exotiquement blanche dans ce décor berbère,

    Le vert et rouge du tissu, cette petite sœur, à la peau mate, assise à côté de toi qui te faisait mère,

    Que tu étais belle, que cela me suffisait que tu le sois avec quelqu’un d’autre,

    Tu es un célesta maudit

    Qui perce les tympans de cellui qui l’écoute


    « Tu vois, en fait tu ne me ressembles pas », en me pointant du doigt. « « Elle » me ressemble, on a les mêmes yeux. »

    Était-ce « me » ou « nous » ? Honnêtement, je ne m’en souviens plus trop. Je me souviens juste qu’à ce moment, j’ai compris que je ne quitterais jamais le sol à tes yeux. Je ne serai jamais assise à tes côtés où que ce soit. Je ne serai jamais « ta » fille. Tu ne serais jamais « ma » mère, malgré l’apparente proximité de nos couleurs de peaux. As-tu essayé de me sauver d’une malédiction ? L’effet aura été tout Autre, évidement. Cela n’a fait qu’attiser le besoin de comprendre…et pour cela, j’utilise la même mesure, probablement un héritage du non-dit, une espèce de paradoxe de Zénon inversé, où la distance est multipliée à chaque fois que le centre brûle d’être trouvé. Achille parviendra-t-ille à ne plus courir pour se cacher de la tortue… ?

  • Tu es celui
    qui va loin devant moi.
    Tu es celui
    qui a de grandes jambes.
    Tu es celui
    qui ne m’attend pas vraiment.
    Tu m’as dit : Les Pyrénées c’est beau.
    Je le savais déjà, et j’ai dit oui.

    Tu es celui
    qui porte sur son long dos,
    notre abri pour la nuit,
    notre toute première nuit.
    Dans ta poche un altimètre,
    une boussole,
    dans la mienne, un petit caillou
    ramassé sur le sol.
    Tu m’as dit : La nuit va tomber.
    Je le savais déjà, et j’ai dit oui.

    Tu allumes le feu,
    je te regarde faire.
    Quelques branches de bois,
    ton souffle sur les braises,
    au-dessus de nous, le ciel grand étoilé.
    Je t’ai dit : allons maintenant nous aimer !
    Tu le savais déjà, et tu as dit oui.
    Au petit matin, la rosée à nos pieds.

  • La maison pulse pulse pulse
    ______________ omniprésente

    Elle vivante
    __________ et toi
    qui soufflé boursoufflé
    ___ t’affaisses de tristesse
    ___ en un râle affligeant
    ________________ L’aube se lève à peine


    ________________ Au loin
    j’entends le plissement
    ____________ des monts schisteux
    entends toi. qui vague orageuse
    soupire
    ________________Je repose mon corps
    __________ abruti
    __________ de fatigue
    dans la houle du souffle nocturne

    Rose matinale
    __________ aimante
    les lueurs pâles
    rose_______ dilue les cernures
    creusées par l’air conditionné
    __________ __________ __ La maison
    __________ __________ _______ crac
    __________ __________ _____ à nous

    __________ __________ Tu demeures
    et puis soudain la mer

    __________ ____ Gouttelettes d’acier
    __________ frient l’immensité bouffie

    Toi si loin
    dis-tu bouche
    ______ sertie de broussailles
    dis les plaies les béances
    qui s’accusent entre nous
    _______tiraillent

    Les œillets vanille-fraise
    s’électrisent les jeunets
    __________ Je dresse des listes
    ma vie incarnée _______ avec toi
    __________ qui paupières engluées
    __________ __mâchonnes tes dires
    La maison bruisse

    d’ombres
    Flottent les couleurs
    __________ ____ changeantes
    __________ _____ de nos alphabets

  • Toi, tu n’es qu’un module de réservation
    qui affiche complet pour les mois à venir
    Tu es la pâle page web
    qui joue la blanche indisponible
    Tu es la boîte de réception vide
    qui attend les invités de la fête
    Tu es l’auto-reply bilingue
    qui traduit ton absence dans toutes les langues

    Tu es le signal électrique
    qui éloigne ta réalité de la mienne
    Tu es le corps dépossédé
    qui physiquement n’est qu’une main
    Tu es ce bureau de bois pâle
    qui t’étreint davantage que je ne le ferai jamais

    Il est serré contre tes genoux
    là où se lovent les amants
    Il n’y a plus de place pour nous
    dans ton monde tout est plus grand

  • Tu es un rêve redouté

    Qui  révèle une terne réalité.

    Tu es un rêve obsessionnel

    Qui exagère toujours et encore.

    Tu es le rêve envié

    Qui permet de m’évader.

    Tu rêves de ce  jardin luxuriant

    Qui ne permet pas de  cueillir le fruit défendu.

    Tu te rêves, port marin peint par  Claude Lorrain

    Qui accueille un galion chargé d’or à ras-bord.

    Tu rêves de  ce quai de gare de banlieue triste

    Qui  ne voit   jamais s’arrêter ce train-fantôme.

    Tu  rêves d’être un chien lapon dans la neige

    Qui talonne les sabots des rennes en troupeaux.

    Tu es trappeur du Grand Nord arctique

    Qui troque ses peaux contre de l’alcool de contrebande.

    Tu rêves d’être ce journaliste dans un salon

    Qui soufflette un ministre  au milieu des officiels.

    Tu rêves d’être le héros victorieux

    Qui affronte les forces obscures.

    Tu rêves minuscule moustachu, de chaparder ce  gruyère

    Qui est accroché sur ce piège à mâchoires en bois clair.

    Tu rêves de dériver sur ce fleuve sombre

    Qui te conduit lentement vers ce palais désert.

    Tu rêves d’accueillir Jacques Chirac

    Qui vient diner d’un plat de cochonnaille.

    Tu te demandes  éveillé, si tu peux vivre au-delà de tes rêves ?

  • Tu es bleue, toute bleue,
    Toi qui es assortie à ses yeux
    Tu reposes sur sa tête,
    Toi qui lui donnes cette allure de marin
    Tu es sobre et discrète,
    un simple cordon blanc sur ta visière,
    Toi qui caresses son front
    Tu es son premier visage,
    Toi qui étais là au premier RDV
    Tu es reconnaissable entre mille,
    Toi qu’il emporte partout avec lui

    Tu es là
    Ce soir-là
    Tu es là

    Toi qu’il ne veut plus quitter
    Tu tiens chaud à son crâne
    Moi je brûle
    Je brûle si fort

    Et je crève d’envie de goûter ses lèvres

    Je m’approche
    Tu ne dis rien
    Toi qui le connais si bien
    Toi qui te colles à ses pensées
    Je m’approche
    Tu ne dis rien
    Je t’attrape

    Tu me couvres désormais le front
    Toi qui me donnes, à moi cette fois,
    ce petit air de capitaine
    Provocatrice
    à demi-nue

    C’est lui maintenant qui s’approche

    Tu ne dis rien
    Tu attends
    Il m’attrape
    Il m’attrappe moi
    pas toi
    Par la taille
    Tu demeures silencieuse
    et tu brûles toi aussi
    Toi qui sous ton ciel bleu
    l’instant d’après
    Abrites notre premier baiser