Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Hortense de Corneillan et Pierre Paul Rubens

  • – Il faut toujours que tu rajoutes des couches, que tu remplisses l’espace. Tu pourrais faire un effort, parfois, pour entendre l’écho de ce qui s’est dit avant ton arrivée. Déjà dans l’enfance, tu étais comme ça. Tu n’as jamais su observer le monde, rond et délicat, autour de toi. Il faut toujours que tu t’en saisisses, que tu le comprimes, le façonnes à ton image. Ne t’étonne donc pas si les gens te fuient. Au début tu les attires et puis tu les étouffes. On était sur le point d’avoir une vraie conversation avant ton arrivée. Si tout le monde était taillé dans le même caractère que toi, il n’y aurait pas de poésie, parce qu’il n’y aurait personne pour l’écouter.

    – Vous n’alliez rien vous dire avant que j’arrive et tu le sais. Parce qu’ils n’ont rien à dire, jamais. Je vous ai laissé le temps, exprès. J’ai fait deux fois le tour du jardin, j’ai même caressé le chien couché dans l’allée. Ce chien que je déteste, je lui ai flatté la joue, tu vois, comme ça. Pour vous laisser le temps. Je suis une soeur modèle finalement.

    – Parfois je te hais. A ça se mêle un monceau de sentiments sédimentées. On n’en sortira jamais, tout ça s’est gravé dans notre caractère d’enfants. J’aurais aimé que cette fois, tu n’essayes pas d’agir sur le monde, que tu écoutes ce qu’il te chuchote.
    Mais converser avec toi est un art de la contorsion. Déjà tu n’entends plus. Arrêtons-là, retourne caresser ce chien craintif et peureux. Lui, il n’a pas besoin qu’on l’écoute, tu peux juste lui flatter le flanc et il t’aimera.

  • Il faut toujours la prendre par la main pour ne pas qu’elle s’effondre

    L’écouter se perdre dans l’enfance qui revient à grands coups de ratures

    Et percevoir le brouillard de ses incertitudes

    Elle se perd comme le petit Poucet

    dans une forêt de mots dont on peine à dérouler le sens

    Il faut être caillou tout rond et délicat et l’aiderà trouver un chemin

    Et donc être là, pour ne pas qu’elle s’effondre.

    Dans les yeux, sur le visage, ces signes de mélancolie dans le même caractère que ce qui s’écrivait

    il y a longtemps de cela.

    Les rides ont raviné sa peau à force de vieillir et laissé des méandres dont on ignore la source.

    Dans son lit, couché près d’elle, un petit chien en peluche qui caresse sa joue comme s’il était vivant,

    modèle chiffon d’un animal qu’elle a tellement aimé.

    Dans la tête ça se mêle et s’emmêle, elle appelle ses parents, elle devient petite fille soucieuse

    et tourmentée. Elle a perdu son caractère d’enfants joyeux qui peuplaient son enfance.

    Sur les mains, des rigoles de veines qui sillonnent la peau. Parfois, une contorsion involontaire, un mouvement machinal, le battement d’une mesure sans musique.

    Et le regard craintif et peureux qui s’accroche obstinément à la vie pour ne pas s’effondrer.

  • Premier tableau

    Il faut toujours que les outils soient prêts. Installés sur la grande table, les pinceaux sont disposés dans un ordre précis, selon les formes et les tailles. Il y a les pinceaux plats : longs, courts, biseautés, usés, bombés, en amande, les langues de chat, les éventails. Il y a les pinceaux ronds : longs, étroits, bouts pointus, effilés, traînards. Il y a aussi divers couteaux et spatules, des traceurs, des éponges, des rouleaux et des feutres. Il y a un sac de papiers de soie colorés, des chiffons, de la colle, du médium, un récipient d’eau claire et une grande palette. Les tubes de peinture sont classés dans des compartiments, par couleur, de la plus claire à la plus foncée.
    Avant de commencer, c’est un rituel immuable : elle ouvre des recueils de poésie. Elle les feuillette, s’attarde sur des pages, souligne quelques vers. Puis, le casque sur les oreilles, elle choisit la musique qui l’accompagnera. De la musique classique souvent, ou du jazz. Sans parole toujours.

    Des choses de l’enfance lui reviennent alors en mémoire. Des choses simples. Des paysages. Des émotions. La lumière, les couleurs. La courbe douce des collines dans le bleu intense du ciel. Le ruban de la rivière qui serpente dans les champs. La forêt de chênes où elle aimait se perdre. Les parfums du jardin. Les pétales ronds et délicats des églantines et ceux des roses anciennes. Le blanc pur du lys. Les teintes plurielles et capricieuses des nuages. Et les verts, toutes le nuances de vert, des plus tendres aux plus obscures.


    La voici, devant la toile vierge avec ces images-là qui surgissent, avec ces souvenirs qui affluent et, comme la musique inspire, elle se saisit des couleurs, elle les manipule, les combine, les superpose. Sur la toile, la peinture jaillit. Des taches émergent du néant. Des couleurs primaires éclatent ici et se fondent là. Des lignes droites épurées éclatent en bouquets, s’écartent, se nouent, se courbent. Des zones chaudes réveillent les teintes froides. L’émotion bouscule les formes qui s’interpénètrent. La terre côtoie le ciel. Le jour chasse la nuit. Dans le même caractère organique que la musique qui flue dans les oreilles de l’artiste, la composition de la toile se structure et s’harmonise entre réserves subtiles et vastes mouvements. Une fenêtre abstraite s’ouvre toute grande et le paysage advient qui vibre dans l’espace.

    Deuxième tableau

    Ils ont installé l’œuvre dans le jardin. Une sculpture en pierre blanche entre deux arbres de Judée. Les troncs sont énormes comme des anacondas et ce sont des lianes tortueuses qui s’enroulent sur elles-mêmes et les branches fleuries font une voûte au dessus de l’enfant. Les fleurs en grappes commencent à faner et elles s’envolent et elles tourbillonnent puis retombent, toutes délicates, sur le corps potelé, sur ses épaules arrondies et sur sa petite tête chauve. On a laissé tous ces pétales le recouvrir et qui lui font, à présent, comme une tunique rose pourpre.

    Il est couché sur le flanc, appuyé sur un coude et sa joue repose dans sa main. Il a les yeux mi-clos et un sourire très doux sur les lèvres. L’enfant qui a servi de modèle ressemble à un jeune moine ou à un ange.
    Tout est silencieux et paisible, ici. Le temps fait une pause.

    Troisième tableau

    Jusque-là endormi et replié sur lui-même, le corps se réveille au son des percutions. Dans le faisceau lumineux qui le poursuit, d’abord maladroit et trébuchant un peu, le danseur se déploie enfin. Il s’élance, se mêle et épouse parfaitement le rythme trépident de la musique. Il trace des lignes brisées, des courbes amples, des cercles, des spirales. Il semble obéir à un rituel occulte qui se joue de l’espace et de la gravité. C’est un flux ininterrompu d’acrobaties, de pirouettes, de mouvements hétéroclites. Les gestes sont capricieux, vifs, brusques, tendres, cruels, ludiques et spontanés comme caractère d’enfants. Le danseur bondit, se roule sur le sol, marche, court, vrille, tourbillonne jusqu’au vertige. Ce corps en transe et qui exulte, se fige soudain. Les tam-tams et les djembés se sont tus. Le danseur chute sur les planches et, dans une ultime contorsion, son corps s’affaisse et se tasse. Comme un animal craintif et peureux, frappé dans sa chair par le tragique de l’existence, le danseur se recroqueville et s’enroule autour de sa blessure.

    Le rideau tombe. Les lumières électriques nous aveuglent et dehors c’est la nuit.

  • Je regardais la pluie par la fenêtre du salon

    Il pleuvait des cordes comme des pendus

    Il pleuvait fort, si fort que la pluie formait un rideau

    Alors je l’ai écartée avec mes mains et je pouvais voir la mer

    Je voyais des pas sur le sable et je marchais dedans, je devenais l’autre on ne devenait qu’un, une meilleur version de moi même

    Je voulais taper dans l’eau, en rythme, à 69 bpm, pour faire danser les poulpes

    Ou arroser la mer avec un arrosoir spider man

    L’arroser pour faire pousser quelque chose de vivant, un souvenir qui n’existait pas encore

    Je voulais mettre tout le sable de toutes les plages du monde dans un sablier

    Pour que le temps ait plus de temps, qu’il passe plus lentement, qu’il s’allonge

    Et bronze

    Je regardais la mer et je mangeais une à une toutes les pages du calendrier des pompiers, celui avec plein d’images de chats

    C’était coloré

    Je mangeais toutes les pages, je n’oubliais aucunes dates

    Je finissais toujours mon assiette

    J’avalais le temps, je mâchais, je broyais avec mes molaires les mauvais souvenirs

    Pour qu’ils soient plus faciles à digérer

    J’ai tourné la tête pour la regarder

    Les murs s’étaient un peu rapprochés d’elle, pour entendre ce qu’elle disait

    Les murs entendent tout ce que l’on dit, les belles choses et les saloperies, mais les murs n’entendent pas les pensées

    Les murs sont sensibles surtout les vieux murs qui ont beaucoup entendu de méchanceté, les insultes et les maux qui font mal, les mots qui détruisent

    Et un jour ces murs s’écroulent de chagrin

    Parfois sur les gens qui enfin se taisent

    Elle préférait chuchoter, toujours

    Là, je la voyais pleurer dans l’eau de vaisselle

    Elle avait vidé l’évier et comme toujours, sa peine s’était écoulée

    Vers les égouts

    Sa peine voyageait

    Rencontrait d’autres peines

    Pour se perdre dans la mer Méditerranée

    Avec de vieilles capotes remplies d’amour

    J’aurais voulu mettre son cœur dans la machine à laver

    Le regarder se nettoyer

    Essorer sa douleur

    Je me rapprochais d’elle

    Je sentais son souffle à elle

    Son souffle racontait tout d’elle

    Il remontait des profondeurs d’elle

    Je lui demandais chaque jour de gonfler des ballons rouges, verts, jaunes et roses,

    Des ballons d’anniversaire

    Je voulais retenir son souffle

    Garder l’essence d’elle

    Je mettais les ballons dans la pièce du fond où personne ne va jamais

    Je fermais et je mettais la clé autour de mon cou

    Je datais tous les ballons, je les archivais, je notais sur mon cahier à spirale tout ce qui avait inspiré son souffle du jour

    Je pensais qu’après sa mort, je pourrais percer un à un les ballons d’anniversaire

    En prenant tout mon temps à respirer le temps passé avec elle

    Lentement, pour ne pas gâcher le souvenir

    Et puis je la serrais fort dans mes bras

    A lui couper le souffle

  • Premier tableau
    Il faut toujours
    garder dans la poche
    des éclats de cailloux
    très chauds
    pour conserver la brûlure
    des planètes déjà mortes
    le relief et la géographie
    de leurs cratères
    dans nos yeux à minuit
    mouillés de nostalgie
    et de vertige infini
    l’enfance des volcans
    pétillance de lave
    refroidie
    élixir de vie
    pétrifié en débris
    rond et délicat
    pulsatile
    organe minéral
    murmure millénaire
    d’une énergie sombre
    contre la cuisse écorchée
    par les aspérités et les persécutions
    donc serrer très fort
    entre ses doigts
    au fond de soi
    la vie dans l’inerte
    et l’inaccompli
    la résistance de l’inanimé
    sur le dos des rochers brisés
    une germination prochaine
    dans le même caractère
    que des os sous la terre.

    Second tableau
    Ces cheveux arrachés
    avant les cailloux
    ont tissé
    le dos d’un cheval
    fuite hybride
    de l’autre côté
    le crin balayé
    par un vent obscur
    à réveiller les martyres
    l’exode avait commencé
    avec la météorite
    annoncée sur les ondes
    le galop des étoiles
    laissé en lambeaux
    dans le ventre
    d’une femme organique
    rappelle l’anatomie
    de nos origines musculaires
    la croupe s’est couchée
    sur le flanc du ciel
    la joue s’est étalée
    sur le flanc de la terre
    trois cailloux ont déchiré
    la poche du sacrifice
    et la sang a coulé
    sur le modèle en plastique
    le cheval est devenu rouge.

    Troisième tableau

    Se mêlent les bactéries
    qui vivent dans le corps

    et les cailloux
    qui vivent dans les poches
    un garçon a chevauché un lièvre
    une fougère entre les dents
    tous ensemble
    avec leur caractère d’enfants
    ils sont passés sous le cheval
    mort de lapidation
    ils ont creusé des cavités
    de lin et de toile troués
    où circulent des fluides
    membranes souterraines
    sur le dos des pierres
    qui respirent en secret
    leurs veines transpirent
    à la frontière de l’animal
    ce corps rouge inanimé
    de silicone
    ils posent trois cailloux
    au dentelé du cou
    nuages musculaires
    à l’orée d’une contorsion
    le monolithe s’ébroue
    à la crinière des cils
    craintif et peureux
    il les regarde s’enfuir
    des cailloux pleins les poches.

  • IL FAUT TOUJOURS que les arbres 

    grossissent en été, comme
    POUR montrer que la chaleur les envenime, qu’ils quittent leur
    L’ENFANCE, oubliant le printemps de
    ROND ET DÉLICAT, pour les températures que les vieux ne supportent plus et
    DONC s’enferment dans leur tanière.
    ET alors, qui les regardent ces arbres touffus de leur robe verte qui déborde
    SUR LE trottoir ? impétueux, arrogants, majestueux,
    DANS LE MÊME CARACTÈRE de leur enfance qu’ils n’ont peut-être finalement  pas encore quittée.
    Attendons l’automne pour voir s’ils seront toujours aussi insolents ces arbres se dénudant.

  • Se mêlent, dans l’effervescence de l’instant, nos regards.
    Après s’être cherchés,
    ce soir,
    incessamment,
    entre les danses, les chants, les passages ;
    et l’ivresse, aussi.
    Nos regards se mêlent soudain.
    Ainsi canalisés, le reste glisse en arrière-plan :
    ____ les rires qui s’allongent avec le tumulte de la célébration
    ____ les va-et-vient des invités qui ralentissent et se saccadent,
    ____ comme le ferait des lucioles, drapés de tissus aux couleurs d’été.
    ____ la lumière ocre qui contraste la nuit et harmonise ces bleus, verts, jaunes, rouges.
    ____ la chaleur qui cède à l’air porté par une mer qui enlace le territoire proche
    ____ qui happe l’espace de cette terrasse côtière.
    Et mon sourire qui s’esquisse naturellement, bientôt rejoint par le tien.
    Les secondes s’étirent.
    Signe qu’un souvenir est entrain de s’imprimer vivement.

    Plus tard,
    Comme porté par des desseins qui nous échappent,
    Nous nous croisons hors de la foule,
    dans le recoin d’une cour qui se dérobe aux lumières artificielles.
    Il ne nous faut que quelques secondes,
    Ici, tapissés d’ombre,
    pour reconnaitre nos goûts communs de séduire,
    nos caractères d’enfants,

    qui jouent avec la vie
    qui dansent avec les mots
    avec le langage des oiseaux.
    Plusieurs âmes s’aventurent par-là,
    même les jeunes mariés à qui nous devons notre réunion.
    Nous couvrons nos désirs à leurs oreilles et nos baisers à leur vue,
    en prétendant philosopher sur Aristote et Platon,
    Je découvre ton rire
    authentique et marin.
    Nous nous laissons sur des mots sans importances,
    ma main glisse hors des plis ta robe rouge,
    aspirés à nouveau par les évènements du soir.

    Puis,
    Nous nous retrouvons, encore plus ivres,
    dans ce bâtit à flanc de coteaux,
    qui,
    flanqué d’une piscine où se reflète la lune,
    a l’indécence de la bourgeoisie,
    Un ami nous arrange une nouvelle entrevue.
    Nous nous étreignons dangereusement,
    trop vite, trop parfaitement,
    seulement retenus dans nos contorsions,
    par l’éventualité qu’ils soient mis au jour,
    par une entrée fracassante,
    qu’esquissent des voix inconnues dans le couloir.
    Dans l’étroit de cette chambre,
    nos souffles s’accélèrent, leurs rythmes se modulent,
    nos échanges ont perdu de leur pudeur.
    Je trouve ma force dans la manière dont je te fais voler,
    je découvre ta folie, dans laquelle je noie la mienne.
    Ces souvenirs appartiennent au domaine lubrique,
    sans linéarité.

    La lune en a fini de se lever, et le soleil ouvre les yeux.

    Au jour suivant,
    nous nous évitons,
    par fierté et par jeu.
    Mon cœur balance,
    entre désintérêt et amour brûlant.
    Autour de moi, ces hommes louent tes charmes,
    aucun ou presque ne se doute que j’étais sous leurs étaux,
    dans le fond de la nuit passée.
    Nous reprenons vite nos langages codés,
    Au milieu des groupes,
    qui trinquent et mangent, encore.
    À nous écouter, personne ne pourrait saisir de quoi nous parlons,
    mais il suffirait de s’arrêter sur l’intensité de nos regards
    toujours mêlés,
    pour comprendre :
    nous nous félicitons de notre poésie,
    de notre cadence.

    Des amis finissent par surprendre notre éclat.  

    Au soir,
    nous prétextons l’horizon offert par la plage,
    pour nous éclipser.
    Quelques minutes.
    Nous échangeons des promesses,
    de voyages outre-Manche, d’aventures corporelles.
    Nous ne savons pas que ces baisers sont des adieux.
    Il ne nous reste que des traces virtuelles,
    ersatz de notre union déjà fanant,
    comme si trop vite consommée.
    Nous y échangeons,
    maintenant,
    sans saveurs,
    avec un ton et des messages,
    craintif et peureux.

  • A table ils ont dit l’amour c’est plus comme avant.
    Pour la énième fois ils ont raconté Marinette & Domino.
    Les lettres qu’ils s’écrivaient pendant la Guerre d’Algérie.
    Une par jour ça souvent c’est ma mère qui le précise.
    Marinette a gardé les lettres de Domino.
    Domino celles de Marinette – même après la séparation.


    Marinette est morte la première.
    Ma mère a récupéré les lettres à la mort de Domino.
    Elle a jamais laissé personne les lire.
    Ni moi.
    Ni ses deux frères assis à table.
    Le troisième frère – absent – a vendu la maison de famille.
    Les lettres c’est son trésor à elle.


    Plusieurs fois elle a dit on écrira un livre avec.
    Elle est comme ça ma mère – pleine de rêves :
    planter du safran aux Garguettes
    tailler la pierre, faire de la mosaïque
    acheter une p’tite bicoque sur l’Atlantique – l’iode ça soigne la thyroïde
    Le grand amour ça a jamais été son truc.


    Elle dit vous en verrez d’autres les filles faut vous endurcir
    Ma sœur répond maman t’as pas de cœur
    Moi je baisse les yeux
    J’ai déjà couché sans sentiments
    Au réveil renfilé les vêtements de la veille
    pris le premier métro
    tête lourde, joue contre la fenêtre du compartiment de quatre.


    Mon père a tort quand il s’énerve
    quand il dit t’as le même caractère que ta mère
    J’arrive pas être aussi dure qu’elle – même en se calquant sur le modèle
    fumant clopes sur clopes
    portant un cuir et de lourdes boucles d’oreille
    regard froid, phrase sèche
    la fragilité aux bords des lèvres nique tout.

  • Il faut toujours garder, pour l’enfance,
    Ce regard rond et délicat
    Et cette curiosité infinie
    Sur le temps béni des premières années.
    Il faut donc garder un esprit vif, en alerte,
    Et, dans le même caractère,
    Ces gestes agiles et joyeux
    Si caractérisques de l’enfance.
    Ces sautillements à choche-pied
    Ont laissé leur trace indélébile dans notre mémoire.
    Couché parmi les souenirs diaphanes,
    Ce sautillement, d’un pied sur l’autre
    Qui joue à passer d’idées en idées
    D’imaginaire en imaginaire
    Et modèle à chaque fois un monde nouveau
    Où la fantaisie se mêle à la réalité
    Il faut sans cesse revenir à son caractère d’enfant
    Sur la grande liberté qui le distingue
    Sur la force qu’il procure
    Sur ce fragment de soi
    Où se tissent toutes les autres contorsions de la vie
    Car, nullement craintif et peureux,
    Il regarde toujours devant lui

  • Il faut toujours
    ______ Tellement de temps
    ______ Tellement de vents
    ______ D’espace
    ______ ______ ______ Pour
    ______ Entre les sables
    ______ Entre les peaux
    ______ Entre tout ce qui marque et creuse
    ______ ______ ______ Rencontrer l’enfance

    ______ Tenir entre ses paumes
    ______ Un âge
    ______ Qu’on sait rond et délicat

    ______ ______ ______ ______ Donc

    ______ Un rêve
    ______ Aux accents blonds
    Et
    ______ Entre saisons et
    ______ Hors contextes
    ______ Le poser
    ______ __Sur le corps nu
    Puis
    ______ A travers les veines
    ______ Par-delà les nerfs
    ______ L’entrelacer aux défaites
    ______ Les laisser vibrer
    ______ Dans le même caractère