Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Jean-Luc Parant

  • La vérité toute nue se baignait dans le torrent de pierres
    Lorsqu’un chat sans tête lui vola son regard
    Elle errait se cognant les doigts de pieds sur les gros cailloux
    S’enfonçant dans la vase, le visage fermé , les mains en avant
    Un goût amer dans la bouche

    Du ciel muet

    Le brouillard tombe
    La lune embarrassée, toujours pressée, file
    La cime des arbres luit
    Près de chez Louise.

    Louise est obèse, grande et sans cheveux
    Elle se dilate, et flatte d’un coup de natte, le vieux lapin, son cousin
    Un grand cri dans la nuit et puis

    C’est le matin

    Un nain vient
    Dans sa main
    Il n’a rien

    Dans l’autre non plus
    Brillent les âmes des farfelus
    Une pluie de petits nez est tombée
    Cette nuit dans le pré
    Louise a rêvé

    Son grand corps jaune se balance
    Sur le chemin de son enfance
    Branche en fleur
    A la saveur de pèche.

    Dans le lit sombre
    Des mains sans frein
    Ont pétrifié
    Son corps de braise

    Elles ont enfoui
    Dans ses replis
    Leurs ongles noirs
    Sans espoir, sans amor, ni remords

    L’aube est blanche et muette, la pluie fait dur bruit sur le toit du grenier .
    C’est l’avant printemps des boutons en devenir, si fragiles aux gelées.

    Corps inconscients
    Insouciants d’un futur qui chavire dans la soie grège des printemps écarlates.

  • Il y a tous ces pièges d’un passé composé
    Fatras de souvenirs, relents de sensations
    De plaies purulentes assoiffées de « pourquoi ?»
    Hurlant aux 4 quatre vents des visions fragmentées
    D’un socle, pourtant commun, aux reflets cabossés
    Que ta disparition soudaine ne fait qu’exacerber.


    Comme si tes paupières endormies tiraient pudiquement le rideau pour que rien ne soit dit. 
    Comme si ton absence cloisonnait sans appel notre monde au silence.
    Comme si tes larmes asséchées empêchaient en miroir un possible pardon.
    Comme si nos regards dévoyés ne pouvaient plus se voir sans animosité.
    Comme si cette nuit profonde enterrait ne serait-ce que l’ébauche d’une amélioration, nous livrant à jamais à l’incompréhension.

    Et que l’obscurité envahissant l’espace, ne réduise à néant toute forme de cicatrisation.

  • Pudeur :
    Les pétales tombent doucement
    Dénudée, la fleur se meurt.
    A côté d’elle,

    La liberté :
    Elle n’a pas fière allure
    Sous sa coquille, ses traces gluantes.
    Pourtant, elle vit en cet escargot
    Qui a tout son temps. Jamais sans abri.
    Sur sa route, il rencontre

    L’enfance :
    La rosée perle sur ses pieds nus
    Cheveux au vent
    Elle observe le monde.
    Attend

    L’adolescence :
    La fumée d’une cigarette
    Allongée dans l’herbe
    Regardant les étoiles filantes
    Faire des vœux à l’infini.
    Buée de camouflage sur les vitres
    Couverture nuageuse des émois
    Nus
    Enlacés
    Seuls au monde
    Bulle cotonneuse des premières amours interdites.
    En nous un sentiment d’

    Eternité :
    Ta bouche chatouille ma peau
    Elle engloutit mon sein
    Tu t’endors collée à moi
    Notre amour nous caresse.
    Instant de

    Bonheur :
    Eclat de rires transperce de sa flèche le silence
    L’arc de la joie se détend en humour
    Sourire d’un mendiant,
    Des grands yeux ébahis
    Suspendus sur le fil du

    Regard :
    Phare lumineux par temps de joie
    Boussole de la vie
    Livre ouvert de ceux qui veulent se taire
    Parfois il est noyé de

    Maquillage :
    Peinture des fenêtres, des murs,
    Des portes de notre façade.
    Ustensile illusoire d’illumination des

    Autres :
    Des mouches, agglutinées
    Entre elles sur les vitres de ma demeure.
    Cherchent juste à déféquer
    Sur tout ce qui leur sert d’appui.
    Se collent près de qui passe
    Parasites ne servant à rien.
    Allez dehors prendre votre

    Envol :
    Le fil des ans, la peau sur l’étendoir à linge
    Espoir de voir sécher et retrouver sa fraicheur
    Au vent du désir de jouvence.
    Regarder les oiseaux
    Ramasser une de leurs

    Plumes :
    Douceur du duvet où s’enroulent les rêves
    Moteur à réactions des écrivains.
    Sa légèreté biseautée caresse mes

    Tatouages :
    On a peint mon corps avec l’encre des blessures de ma vie.
    J’ai ainsi écrit à ma peau.
    Raconté les combats de mon âme
    Je suis l’indienne de mes douleurs
    La mort se dessine en noir et blanc.
    Puis j’ai déposé de mes rêves, les couleurs
    « impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque »
    Témoigner, ne pas oublier
    Ne pas se noyer
    Dans

    L’alcool :
    eau polluée
    Baignade interdite
    Cascade
    Risque de courants forts
    Liquide transparent
    Couleur de l’innocence
    Coloré
    Couleur d’un tableau
    Flamboyant d’espérance
    Traitre besoin d’évasion
    Mon ivresse

    Le voyage :
    Maldives
    Un balai de raies Manta
    Tournoie autour de moi
    Danseuses classiques
    Silences hypnotiques
    Des profondeurs
    Marcher sur la douceur
    De la langue de sable
    Entourée d’une bouche
    Cristalline est sa couleur
    Immenses chauve-souris à table
    Me mènent ensuite à ma couche…

  • Comme si tout n’était qu’un leurre

    Comme si nos paysages n’étaient que projection de mes pensées
    Comme si ton parfum s’évaporait en particules de poussière
    Comme si un brouillard opaque assombrissait la matière
    Comme si ta présence imperceptible flottait encore dans l’air

    Comme si ce « nous » n’avait pas existé
    Comme si nos soupirs s’évanouissaient dans la nuit
    Comme si tout s’échappait d’entre mes doigts
    Comme si un souffle de vent avait tout emporté

    Comme si ta respiration
    Comme si ta peau
    Comme si ton corps
    Comme si tes mots

    Comme si au réveil tout disparaissait
    Comme si tout ceci n’était qu’un rêve
    Comme si l’écrire sur le papier te rendait plus réel
    Comme si tu n’étais qu’un fantôme
    Comme si hanter mes nuits était ta vérité.

  • Comme si la fenêtre du train faisait défiler devant moi les paysages de ma vie.


    Comme si dans son lent démarrage, j’entendais les pas de mon grand-père arpentant son jardin et ses plantes potagères, chaussé de sabots de bois.

    Comme si à la première halte, je descendais fêter à nouveau mes dix ans, au mois de mai, sur le quai tout le printemps, si près de ma maman.

    Comme si, par la fenêtre, ouverte maintenant, le parfum des tilleuls chatouillait mes narines, odeur des grandes vacances, sur la cour de l’école envolées enfantines.

    Comme si à pleine vitesse, d’un coup je repartais, et que me parvenaient le bruit de l’insouciance, de la jeunesse mes rêves, vécus tambour battant, par delà les frontières, leurs langues et leurs accents.

    Comme si, au coup de sifflet donné là sur le quai, soudain je me réveillais des décennies après, un sursaut un peu sec, sillons sur mon visage, quelques fils blancs avec.

    Comme si, par cette fenêtre, se dressaient à présent de nouveaux paysages, sans repères aucuns, je sentais l’inconnu, l’étranger, l’incertain.

    Comme si elle me conviait, avant le terminus, à poursuivre ce voyage, à voir et à
    humer, à prendre et à goûter les paysages ma vie.

  • Comme si les lèvres riaient
    Les dents avalent
    La gorge déployée
    Et le son
    Qui remonte en dedans
    Le soleil
    Explose dans les rires

    Comme si le monde
    Montait le volume
    Comme si la nuit
    Ne voulait pas se taire
    Pour qu’existent les étoiles
    Inventer la musique

    Comme si la musique
    Avait enfanté du jour
    Et la nuit
    Parrainé la naissance
    De l’aube
    Où tout se fait tumulte
    Excitation des sens

    Comme si je voulais dormir
    Les yeux restent ouverts
    Ils tournent dans le vide
    S’accrochent au néant
    Je les ferme sur nous
    Sur la tendresse

    Comme si tout cela
    N’avait pas d’importance
    La légèreté
    Des mœurs et l’ivresse
    Comme si peut-être
    La liberté se cachait
    Dans le pli du coude
    Quand les lèvres s’y posent
    Et rient
    Pour faire naître le jour

  • Comme si la lumière naissait dans mes mains
    Comme si la chaleur allongeait le pas sous les miens
    Comme si la caresse du soleil soudain s’impatientait
    Comme si chaque silence me poussait entre les lignes de vie comme un arbre
    Comme si le vent soufflait sur mes feuillages pour y voir de la vie
    Comme si chaque pensée passait d’une main à l’autre, un tressaillement dans les branchages
    Comme si chaque chose était à sa place au bout de mes doigts
    Comme si chaque image à toucher y trouvait son juste révélateur
    Comme si chaque parole déjà bue revenaient naître dans mes mains
    Comme si dans le creux de mes paumes pouvait surgir une source
    Comme si tu pouvais y boire comme un animal sans peur
    Comme si ta langue léchait mes mains d’une soif oubliée
    Comme si chaque sensation volait une part de moi pour la distribuer
    Comme si tu pouvais saisir au vol chaque parcelle de ma peau
    Comme si tu pouvais faire tien chaque énoncé de mes ongles
    Comme si ton visage apparaissait ici juste entre mes deux bras d’appelante
    Comme si l’invoquant de mes mains il était là l’instant d’après

  • 1.
    Elle s’engouffre dans la faille de la douleur
    Extrapole les bleus
    Sur une toile brun creux
    Fait un clin d’œil à la vie photo-ciné mascotte
    Le rouge l’entoure d’ombre
    Elle change de décor
    Elle veut des cheveux bleu klein d’yves
    Sous les clématites
    Le soleil
    D’un sourire l’illumine

    2.
    Entre la danse et le théâtre : Lili vit
    Entre la vie et la mort : Lili va au bal des hommes grenouilles
    Entre l’homme et le stop : Lili crie
    Avant le cri : Lili chute
    Libre
    Vers un ailleurs qui respire
    Dans l’empreinte du creu du vide
    De l’autre à venir…

    3.
    Elle veut des cheveux rouges
    Un fume cigarette
    Un chapeau à plume verte
    Et une coupe de champagne…
    Elle est popu
    L’air 1930
    Matahari des pauvres
    Actrice des associaux…
    Elle clin d’œil
    Vie cerise
    Soleil citron, lune vanille
    Femme porteuse d’histoire
    Femme de l’arche du bout de la nuit
    Femme qui se décline au pluriel
    Femme tout couleur.

    4.
    Fin de partie
    Mari ligne chez les Vampires
    Politique, sexe, cinéma… mafia
    Femme partie

    5.
    A présent elle bécote sur un banc
    Change de masque
    Comme le temps
    Vole
    A cent ans, vingt ans, dix ans
    Au gré du vent…

    6.
    Elle veut
    Face à lui
    Un reflet de soleil dans un nuage d’amant
    Un sourire éternel
    Qui fauche l’ennui

    7.
    Elle sait que les poissons meurent
    Le barrage défait
    D’overdose de mots
    Nuit et jour
    L’âne brait
    Attaché au piquet
    Les sabots trop longs
    De ne pas courir à son gré
    L’étoile de mer
    Cherche le …
    Fragile équilibre
    D’un 4 trop concret
    Au râgout d’un 3 abscons
    Le dauphin fuit la route
    Il cherche le refuge
    Au silence d’une image d’Elle

  • La ronde des amants

    Été : « Et les mots échangés, doux, tendres et forts prennent forme sous leurs doigts, comme une caresse sans promesse de vivre le présent comme le dernier instant sans conjuguer le temps »

    Enigmatique et légère, elle insuffle l’oxygène à ton air.
    Réveil sur ce corps, presque mort, trop longtemps endormi des
    habitudes de vie.
    Entre ses bras et dans tes draps, tu la regardes dormir. Souffle de vie.
    Quelques larmes mouillent tes yeux candides. Départ.

    Désir

    Automne : « Ma bulle d’oxygène, ma douce folie, mon phare au loin, mon énergie, cette goutte d’absinthe qui met de l’ivresse à ma vie, tu guides mes pas dans la clarté du jour, et allume mes nuits d’insomnie d’audacieuses envies »


    Les feuilles folles et colorées s’envolent comme les promesses d’été, le
    roux de ses cheveux, la douceur de sa peau, les lumières de ses yeux
    illuminent tes nuits d’un tout nouvel éclat, elle éclaire ta vie. Chaque
    jour, chaque nuit, tu la respires, tu l’espères. Attente.

    Amour

    Hiver : « Mon cœur sonne creux dans le vide de mes draps, immensité de l’océan sombre et froid qui me glace les os et le sang quand sonne le glas »


    Le vent a emporté le rouge de ses baisers, la neige a recouvert le feu de
    la passion, le froid a glacé tes pensées. Le noir a enseveli les couleurs
    de l’été et de l’automne. La fée s’est froissée, ses ailes sont cassées. La
    jalousie te ronge. Enfermée dans son écosphère, elle est déjà loin, tu la
    perds. Solitude.

    Silence

    Printemps : « Et je m’en vais, cheveux au vent, les paysages se succèdent à l’horizon, tout défile alors que tout fout le camp dans l’air du temps »

    Et nait, une nouvelle fleur, arrosée par tes pleurs, qui éclot à la chaleur
    du soleil et réchauffe ta peine. La fée s’est envolée en emportant tes
    rêves et ton amour papier. Eclaircie d’un espoir, la douceur d’une saison,
    l’éphémère sensation d’être toujours vivant. Revivre.

    Renaissance