Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Knut Hamsun

  • te revoilà
    mon tendre
    mon cher creux
    au fond du ventre
    .
    toujours je te retrouve
    tu es toujours là
    toi
    au moins
    .
    nuit ou jour
    je ne sais plus
    petites heures incertaines
    c’est le déni de ton absence qui me tient éveillée
    .
    impossible de me dire
    que je t’ai perdu à jamais
    je ne dormirai plus
    trop peur de te retrouver dans mes rêves
    et que tu ne sois plus là
    à mon réveil
    .
    une telle brutalité
    avant déjeuner
    c’est inhumain

    le voilà

    ce cher
    ce tendre
    ce précieux
    creux du manque
    au fond de mon ventre
    .
    il n’y a plus que moi maintenant
    je suis bien obligée de le nourrir
    et puis avant ça
    de le sentir
    reconnaitre son existence
    .

    car tu es bel et bien
    partie

    .
    tu ne seras plus là pour me sauver
    pour me sermonner
    me protéger de moi-même
    de mes folies de noctambule
    .
    je peux faire l’école buissonnière
    de notre amour
    une chose pour laquelle
    tu ne m’en voudras pas
    .
    après tout
    l’oubli
    ça se travaille
    c’est un job à temps plein
    de te faire disparaitre
    lentement
    t’arracher
    à mon corps
    .

    je crois que ça s’appelle
    faire table rase
    tabula rasa
    voilà mon seul projet
    .
    une fois vide
    et blanche
    comme la page
    inscrire
    sur ma peau
    des marques
    .
    d’autres marques que les tiennes
    d’autres cicatrices
    avec d’autres encres
    .
    laisser une trace quelque part
    pour la douleur
    pour conjurer l’oubli
    .
    mon corps
    cette page blanche
    à recouvrir
    d’autres mots que les tiens
    une autre peau

  • Tu dis. Immobile. Je vieillis. 

    Je dis l’eau qui fuit à l’angle de mon œil jusqu’à l’encoignure de mes lèvres. Comme la marée se pose et se retire. J’avale et je jaillis. Et la pompe continue. Et l’envers de tes paumes et l’automne dans ton cou et le lait sous les mailles.

    J’ai la trace de ta taille collée entre l’index et le pouce. 

    J’ai la marque de ton souffle sous le lobe de l’oreille. 

    J’ai le grain de ta voix qui bat sur l’enclume. 

    J’ai le reste de toi plaquer sur mon corps. 

    J’écoute ce qui nous tient encore.

  • C’est ici que tout commence et c’est ici que tout finit, il te faudra te souvenir pour t’émerveiller encore de ce qui n’est plus.

    Souviens-toi des couleurs et des sensations des quatre saisons, de l’automne à l’hiver, du printemps à l’été, des transformations de la nature, de tes petites mains qui fouillaient la terre pour y dénicher le ver de terre et des papillons qui volaient autour de toi et qui parfois se posaient sur ton épaule, tu les suivais en courant, le chien en faisait tout autant.

    Souviens-toi de tes racines, souviens-toi de qui tu es, souviens-toi d’où tu viens.
    Sois humble face à la grandeur de la nature,
    Ne détruis pas, ne pollues pas, ne gaspille pas.
    Tu n’es qu’un passager sur Terre.
    Un infiniment petit d’un infiniment grand qui te respecte bien plus que tu ne le feras jamais.
    Sois tolérant avec les autres et envers toi-même.
    Sois indulgent, sois fier de toi et de tes choix, choisir c’est renoncer mais c’est aussi s’affirmer, quel que soit le chemin sinueux ou tout droit c’est celui qui te mènera à toi.

    Si tu tombes relève toi, pleure et surtout n’aies pas honte de tes larmes, mais ne baisse jamais les bras. Des découragements tu en connaitras, les moments de joie tu les apprécieras comme une cerise sur le gâteau de la vie, saisis les embellies, profite de chaque instant comme si c’était le dernier, et n’abandonne jamais.

    Parle à la Lune et aux étoiles. Elles te guideront. Si tu me lis je n’ai pas abandonné, je ne t’ai pas laissé, je ne t’ai pas trahi. Je suis juste partie plus loin, plus haut, plus beau mais je veille sur ce petit bout de toi qui est un petit bout de moi, sache que je suis là et je serai toujours là pour toi, à travers toi.

    Regarde en toi, cherche dans ton cœur la réponse est là.
    Je t’aime au-delà des mots, au-delà de la vie, au-delà de l’espace et du temps.
    Je t’aime à l’infini …

  • Me voici au seuil. Des autres et de ma vie, à ce tranchant de l’âge qui fait tumulte. Depuis mon seuil, je vous contemple. Vous les autres, à d’autres seuils, seuils d’autres vies. Nous nous observons et l’inflexion de vos regards voudrait réconforter. Vos yeux signifient je comprends, du bout des paupières, de l’ancien seuil de ma vie traversé pour cette île où tout te paraît calme. En vérité, on oublie ce qui est désagréable, les sandwichs avalés trop vite pour mieux les faire descendre, les feux d’incendie qui retardent nos trains et les messages laissés sans réponse, on oublie qu’hier nous étions trop pressés de vivre.

    Depuis mon seuil, je m’évertue à grandir et à rester petite. A porter cette envie de créer qui me dépasse, s’étend, s’épanche, et alors vous savez détourner le regard comme s’il y avait quelque chose d’indulgent à ne pas vouloir voir les autres faire leurs armes. Nous portons l’impatience des grandes révolutions. Nous nous évertuons. Je le sens dans mon ventre, sous mes cils et sur ma peau toujours marquée par l’acné. Je le sens quand je dors, quand je me réveille, les rêves à moitié dissipés et que je refuse de faire semblant de vouloir autre chose que ce que je veux, parce que je sais ce que je ne veux pas, me résigner.

    Depuis mon seuil, j’aime votre seuil. Votre seuil qui dit patience, vos ridules d’expression et vos fronts marqués d’avoir trop parlé sans mots, rien qu’en levant les sourcils. J’aime votre seuil parce qu’il me donne de l’espoir. Vos visages ont assez vécu pour dire tout passe et le penser. Nous luttons pour un billet de train mal composté, les sandwichs descendus trop vite, nos amours mal dessinés, nous luttons pour nous connaître, nous luttons pour publier, nous luttons par vanité, par jeunesse. Vous souriez, parce que vous savez que tout passe. De seuil en seuil. Mais pas le désir.

  • Il y a cette manière, ça doit avoir la forme d’une envie
    Où il y a besoin de faire clignoter
    Un objet
    Un flipper
    C’est un objet qu’on a envie de voir clignoter
    On ne sait pas pourquoi, on s’en fout, c’est comme une série on a commencé alors

    Les objets, certains, sont des talismans
    Ils me suivent sur le quai de la gare

    Je monte dans le train, je les laisse sur le quai, ils m’ont vu faire il n’y a pas de doute sur mes intentions, et vingt minutes après ils sirotent leur café nul sur la banquette en face de moi en lisant le journal, un vrai en papier, ils ont amené un copain

    J’avais pensé, les objets, beaucoup, sont là pour nous épanouir
    Pour nous aider,
    A perdre moins de temps, à nous libérer, à nous construire, à se souvenir pour nous, à oublier, à faire de la place, à remplir l’espace, à nourrir, à enchaîner
    Parce qu’il y a la suite

    Parfois je fugue
    J’ai un petit sac discret
    Loyal
    L’écosystème est déboussolé, une maison vide ne dit rien
    J’aime bien
    Personne ne gagne 
    Ça ne dure pas

    Je ne préviens pas et puis je suis rentrée
    Je préfère
    Un objet qui prend racine en attendant s’éteint

    Mais ce flipper

    Il y a cette envie vague souterraine
    De parvenir à faire clignoter son corps tout entier
    Tout le monde en a envie
    Défi, jeu, chasse, amusement, échappée, mentir cinq minutes, remplir, rire, réussir, parvenir
    À tout allumer

    Fais attention à toi, qui ne sais pas être magnifique
    Je te parle mal, ma douceur rouge est pudique
    Je veux te dire : il y a des objets magiques, ce sont des gens

  • Je suis là depuis tant de temps comme un vieux chêne creux. Je t’observe d’un œil pétillant comme un jour de fête.
    Tu sautes à pieds joints sur les chemins de terre
    Tu joues à cache-cache avec le soleil
    Tu grimpes aux arbres pour te pendre à l’envers sur une branche. Ta jupe recouvre alors ta tête. Tu montres ainsi ta culotte au ciel.
    Tu t’en fous
    Tu n’es pas pudique
    Tu as à peine conscience de ton corps
    Tu es trop occupée à découvrir le monde
    Tu me sautes au cou. Me serres presque jusqu’à l’étranglement.
    Tu déposes des bisous baveux qui claquent au coin de mes joues.
    Tu joues avec mes cheveux comme si j’étais une de tes poupées.
    Tu es fraiche.
    Tu crois en tout. Tu pleures pour un rien. Même pour un escargot écrasé.
    Tu aimes tout le monde.
    Tes amis imaginaires, tes nounours et tous ceux qui gravitent autour de toi.
    Tu es belle comme la rosée.
    Tu éclos chaque matin
    Tu n’as pas peur de demain
    Tu connais tout juste le mot hier
    Tu vis au jour le jour.
    Tu croques les heures
    Tu glisses sur les minutes
    Avec ton innocence et ta candeur.
    Mes yeux se ferment de vieillesse
    Tu me réveilles avec la cloche de tes rires
    Tu es l’église de mon existence.
    Tu es vide d’expérience
    Tu es pleine d’imagination
    Tu es un tout
    Tout petit d’homme
    Tout doucement
    Tout en toi s’éveille
    Alors qu’en moi, tout meurt.

  • là où je vais tu peux venir aussi
    là où je vais on peut tous aller
    aller à l’ouverture à la porosité
    à se remplir dans les creux
    à se déverser en vagues successives vers
    à se répandre en ondes concentriques
    en ondes radio et lumière
    en voix diverses parfois subversives
    et ce n’est pas grave
    et toi aussi tu peux te disperser
    dans tous les axes sans gps
    tous les azimuths tous les désordres
    du monde tous les horizons
    se diffuser sans se répertorier
    loin des censures et des souffles inversés
    des courants contraires
    la force qu’il faut tu peux la puiser
    en toi-même ou dans les autres
    cela te tire vers l’avant pour mieux traverser
    sans regarder mais voir ce qui s’écoute
    toucher ce qui s’entend
    c’est l’invisible qui te tire le mieux
    qui te vit cette source vibrante
    en toi ce feu ces flots ondulatoires
    toi aussi tu te laisseras dévorer et recracher
    par les visages par les énigmes
    qui nous devancent sans frapper à la porte
    n’avertissent pas mais surgissent à l’improviste
    et c’est là dans ce cœur battant des effets de surprise
    que tu trouveras de quoi chérir de quoi chanter
    toi aussi

  • Tu me diras
    les soirs fabuleux
    les moments        défectueux
    tu m’appelleras trois fois par mois
    en oubliant pourquoi
    on en est là
    tu chercheras par vent froid
    un abri à tout prix

    l’utopie de nos espérances
    passées
    embrasse-la pour moi