Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Maya Angelou

  • Quand tu me verras descendre de ce train
    Aux aguets comme un assassin en fuite
    Ne crois pas que j’ai besoin de quoi que ce soit
    Ils m’ont déjà tout pris

    Tes mots ! Garde-les !
    Plus aucune place dans ma valise vide !

    Tes yeux ! Ne les pose pas sur moi !
    Mon corps ne pourrait porter
    Ni l’effroi, ni les supplications
    Dont ils le couvriraient

    Tes mains ! Laisse-les dans tes poches !
    Qu’elles n’effleurent pas ma peau pour la caresser
    Je sens encore leurs doigts comme des lames de couteau
    Qui découpent mes entrailles !

    Quand tu me verras descendre de ce train
    Aux aguets comme un assassin en fuite
    Sache que ce n’est pas du bout du monde que je rentre
    Mais d’un pays d’où l’on ne revient jamais.

  • Moi, incrustée dans sa peau
    Quand tu t’en apercevras, au détour 
    D’une manche relevée 

    Comme un tatouage marqué à vif,
    Sans encre, ni aiguille. 

    Ne crois pas que la lame aiguisée 
    L’ait blessée 
    Le sang chaud a coulé hors des veines
    Je suis elle, elle… émois 

    Comme soufre sur sa peau brûlée, lésions irréversibles. 
    Alors tais toi! Qui es tu pour hausser

    Les sourcils les épaules et souffler? 
    Je suis cette trace qui, là, fait naître 

    Ni pitié ni tristesse. 
    De toi on n’attend rien.
    Détourne ce regard pitoyable
    D’assomptions erronées 
    Elle va bien. 


    Sulfur Suffering

    I, embedded in her skin,
    When caught unaware, 
    At the unfolding of a rolled up sleeve

    You see me
    Like a tattoo marked raw

    No ink, no needle.
    Don’t think the sharp blade
    Hurt her
    Warm blood flowed out 

    Of the veins
    I am she. Her…emotions

    Like Sulfur on her skin burnt
    Irreversible lesions.

    So, make no sound… who are you
    To raise the eyebrows

    Shrug your shoulders and hiss?
    I am the path that gives birth.

    Neither pity nor sadness.
    No one expects anything from you.
    Avert that pitiful gaze
    Of mistaken assumptions
    She is fine.
    She is mine.

  • Quand tu me verras affublé d’un grand boa de plumes noires
    Comme une mère maquerelle outrageusement maquillée
    Ne crois pas que je cherche à plaire aux hommes qui croisent mon chemin
    Non, ne ris pas de mes œillades à la dérobée et de mes gestes caressants
    Arrête de penser à la pauvre créature condamnée à l’enfer !
    Je cache juste celui que mon esprit rejette
    Pour révéler au monde celle tapie au fond de mon être.

  • Silence noir liquide
    En vol d’oiseaux 
    Je suis encore loin
    Trop loin de son épaule 
    Avec ses forces entières
    Sa voix rude, rouge, grave
    Ses mots restent sans reçu
    Coupée carrément 
    Conforme les règles 
    Mathématiques
    Quatre lignes égales
    Enfermée à l’hôpital
    Dans une petite cellule
    Ainsi carrée
    Étiquetée, tamponnée
    Décidée, jaugée, estimée
    Les mains bandées
    Dans le dos
    Sa voix se brise
    Silence noir liquide
    Comment lire 
    Les lignes 
    Les lignes de sa main
    De sa paume de main
    Les lignes muettes
    De    D e m a i n

  • Je me contorsionne
    Comme un ver esché au bout d’une canne.
    Ne me fixe pas comme un corps étranger.
    Car moi je m’en balance, en toute impunité !
    Et si l’envie te prends de me stigmatiser,
    Alors, passe ton chemin, il n’y aura pas offense !
    C’est mieux que le mépris ou que l’indifférence !
    Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai la force d’avancer.
    En épargnant mon temps, loin de tes vanités.

  • Quand tu me verras descendre de ce train
    Aux aguets comme un assassin en fuite
    Ne crois pas que j’ai besoin de quoi que ce soit
    Ils m’ont déjà tout pris

    Tes mots ! Garde-les !
    Plus aucune place dans ma valise vide !

    Tes yeux ! Ne les pose pas sur moi !
    Mon corps nu ne pourrait porter
    Ni l’effroi, ni les supplications
    Dont ils les couvriraient

    Tes mains ! Laisse-les dans tes poches !
    Qu’elles n’effleurent pas ma peau pour la caresser
    Je sens encore leurs doigts comme des lames de couteau
    Qui découpent mes entrailles !

    Quand tu me verras descendre de ce train
    Aux aguets comme un assassin en fuite
    Sache que ce n’est pas du bout de monde que je rentre
    Mais d’un pays d’où l’on ne revient jamais.

  • Quand mes yeux tombent dans les poches de mon pantalon
    Comme les flaques de novembre
    Ne crois pas que je suis soumise à tristesse à petitesse ou à l’hiver

    Quand le sourire m’efface de mon propre visage
    Comme les alphabets à la craie sur le tableau aigu
    Ne crois pas que mon cœur deblaie de la suie au fond de la cheminée du charbon dans les alvéoles

    Quand les larmes s’egouttent une à une roulis salé sur la joue
    Comme une dentelle liquide
    Ne crois pas que l’âme devienne peine bouillie chapelure

    Quand le verrin de l’énergie rétrécit son rythme
    Comme une courte paille
    Ne crois pas que l’effort se tait se chappe se calcifie

    Quand mes doigts se dérobent à fabriquer
    Comme une sanction
    Ne crois pas que la voix est muette rance et engoncée

    Quand l’aurore déverse ses filaments sur mon visage froissé
    Comme un buisson de ronces et que
    Le soleil m’embrasse venin abrupt
    Alors que je m’éveille sur un lit d’hirondelles
    Ne crois pas que l’échoppe de mon envie ferme à heure fixe

    Elle tire la sonnette d’alarme sur les dessins en grisaille
    Au sommet du terril
    Mord la sciure
    Traverse les champs d’armoise
    Fait mousser la poussière

  • quand tu ne me verras plus
    comme un gouffre au milieu de ta vie
    ne crois pas que tu pourras m’oublier

    je serai toujours là
    dans tes yeux au petit jour
    dans les gestes des gens comme nous
    dans leurs paroles
    dans tes vieux albums
    dans mes choses
    dans mes lieux
    dans tes nuits

    non
    ne crois vraiment pas que tu pourras m’oublier
    toujours ce sera moi
    cette douleur qui te vrille les tripes
    ce gouffre de triste

    dans toi