Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Peuchmaurd feat Flaubert

  • C’est un voyage. Des ombres de passants ont surgi du désert. Un chien aboie qui déchire le silence.

    On voudrait s’accouder au balcon des vestiges. On regarde la mer, on tait car le silence est criant d’inconnus.

    C’est un voyage. Les profondeurs fourmillent de reliques insaisissables.

    Des ombres sillonnent les dalles opaques et piétinent vivement les bouffées de tiédeurs.

    On évoque la source.

    C’est un voyage. On ouvre grand les yeux. On chantonne en silence des airs lointains d’avant qu’on soit.

    Un chat grille son poil sur un sentier pétré.

    On isole une forme, une image, la parcelle d’un présent que l’on voudrait toujours.

    Et l’on pressent le chemin qui s’étire comme une mue lascive et suspendue.  

  • C'est un rêve. Une lande petite, chambre sans mur. Les couleurs sont ignorées. On ne se demande pas d'où vient la lumière, sa pauvreté. Une main à 3 doigts : les langues. Il n'y a pas d'ailleurs, même si autour d'une table, l'ennui et la peur, dans le calme, abattent leurs cartes, face à face. L'amour révèle tout l'intérieur, d'un coup. On ne sera jamais plus profond dans le temps
    
    C'est un souvenir. Le blanc est lumineux et lent. La multitude n'est pas de ce temps. Le nombre n'a pas de mot, ni l'unique. La main maintenant se tend : le vide est connu alors. 
    Je voudrais un don pour vous, mais le gravier luit seulement dans mon eau. Le vôtre existe.
  • La pièce du fond
    C’est une pièce. Pas ronde avec deux faces. Non, une pièce du fond.
    La pièce du fond. La seule.
    Elle garde ses secrets dans l’armoire rouge, celle qui voit et entend tout.
    Elle est minuscule mais bien remplie. Pas l’armoire, non. La pièce.

    C’est un lit d’enfant. Très haut mais sans barreau.
    Il est vert, selon les jours. Il devient jaune ou bleu avec le temps.
    Des bateaux métalliques voguent sur les côtés.
    Des mouettes les suivent.
    Le lit a trouvé sa place dans la pièce du fond.
    Aucun bruit aujourd’hui.
    À côté du lit, la machine à tricoter s’est tue.

    C’est un nid. Un pigeon couve ses œufs.
    La femelle va le remplacer. Elle se lave dans la rigole.
    Le nid est coincé entre les volets entrebâillés.
    Personne n’approche. On évite d’effrayer les oiseaux.
    On retient son souffle. La pièce du fond accueille dans l’ombre.

    C’est un silence. Un silence incompris. Un rire silencieux et terrifié.
    Il revient encore et encore. Personne ne tourne.Tout est réel. Et pourtant,
    silence.
    L’enfant a quitté son lit, il l’a aidé à sortir.
    Ça commence à peine. Va savoir.
    Trop calme pour que rien ne se passe.
    C’est ainsi.

  • C’est un rocher. C’est une bouche de pierre. Le temps l’a pénétré de ses éclaboussures. Il s’est taché des marques du passé. Le sien certainement. Et celui d’errants de passage. Ou celui du mistral. Ou celui des orages d’août. La mousse l’a habillé après que la rivière s’en soit allée. Il y a des siècles.
    Elle n’a laissé que cette trace en forme de chemin escarpé que j’emprunte chaque jour avec un chien.
    Avec mon chien. Avec mon chien à demi loup, sauvage comme la vie au creux de ce rocher. Sauvage comme les pousses de chêne dont les tourments façonnent les feuilles. Et dans cette baume sans sainteté aucune, je pose mes mains pour jouer la fraîcheur minérale de la matrice. Je pénètre le ventre de la Terre. Je rejoins le ventre de ma mère. Ou d’une autre. Je ne sais plus. J’en suis sorti il y a tellement longtemps. Mon chien attend. Le loup veille en lui à moitié. L’esprit du clan se perpétue.
    Alors, dans l’ombre du silence, je nais encore une fois en lançant un cri tribal que le rocher renvoie à travers les murs de broussailles sèches.
    C’est l’été. Mon chien aboie. Il a chaud.

  • C’est une maison.
    Offerte à tous vents.

    Sur le ciment, les cyprès viennent jeter leurs ombres tordues.

    S’écrivent alors de longues lettres étranges silencieuses.

    Qui en connaît le sens ?

    Seuls les vieillards s’y invitent la nuit, ils s’allongent sur le gazon et retournent leurs paumes.

    Cela fait bruire les feuilles.
    Nul n’entend les histoires murmurées.

    Les murs s’inclinent et les fenêtres disparaissent sur la pointe des pieds.
    Les sangliers ne passent plus.

    De la gouttière,
    s’écoule une marée bleue.

  • On les adore 
    Leurs sensibles couleurs 
    Leurs poésies lisières en horizon 

    On les adore 
    Leurs sensibles musiques 
    Sans boussoles à l’assaut de la vie 

    On s’en revêt 
    On prétend les saisir 
    Drapés de 
    Dignité 
    Gangrenés 
    D’ignorance 

    Mais les nommer 

    Cueillir d’instinct la force 

    Mais s’emporter 

    Embrasser l’intranquille 
    Étreindre les distances 
    Et ne pas les livrer
    Au glas des forteresses 
    Citadelles 
    En nos marges
    Où se rompent les latitudes 

    Mais leur tendre la main 
    À ces voix étouffées 
    Mais leur tendre la main 
    Aux larmes qui explosent 
    Mais leur tendre la main 
    Elles sont 
    L’ultime 
    Armée 
    De la guerre que se livrent 
    Les captifs 
    De nos certitudes 

    Ouvrir nos bras
    Nous ne le ferons pas
    Ouvrir nos bras 
    Nous n’avons 
    Jamais su

    Aux chimères grandies 
    Hors sillons 
    Hors les âges 
    Asilées en oubli
    Nourries de leurs seuls 
    Rêves 

    Et ne plus fuir 
    Accueillir l’évidence 
    Et ne plus fuir 
    Que des désarçonnés 
    Foulés aux pieds de nos 
    Frontières 
    Et de nos miroirs clos
    Dépend 
    La puissante beauté 
    De notre humanité

  • C’est une grange.
    Les murs rongés par le froid
    Ecorchent les peaux.
    La serrure de rouille se fait
    Dorure avec le temps.
    Derrière la 4L
    Des restes de paille pendue
    Aux outils.
    …
    La poussière grignote chaque
    Recoin de souvenirs.

  • C’est une valise
    les gravats se sont jetés dedans.
    les yeux clos
    le dormant sert d’assise
    aux visages en quête de langues
    éperdues | concassées
    c’est une valise
    elle fleurit dans les paumes
    c’est l’exil des derniers lierres
    sur les ruines des paupières
    le fil des pousses florifères
    se tord | se tarit | s’assoit
    sur le velours rouge
    de carapaces initiales
    imprimées | tatouées | ornées
    de l’oubli des racines.

  • C’est un escalier. Ça se voit à ses volées de marches qui mènent toujours plus haut. Ça s’entend au son des pas qui le gravissent quatre à quatre. Il n’en finit pas de s’enrouler comme un escargot. A double révolution, il fait monter en même temps deux personnes, qui n’auront jamais l’occasion de se rencontrer. Parfois, roulant, il tourne et monte sans arrêt jusqu’à en être étourdi. Parfois dérobé, il n’évente nul secret.

    C’est une île. Ça ne se voit qu’avec une longue-vue de haute précision tellement c’est minuscule sur une carte. C’est ensoleillé comme une splendide journée de juillet. Ça se rêve comme un voyage, comme un nuage, comme un mirage. Parfois elle disparaît pour que d’île on continue à rêver. Toujours entourée d’eau, l’île n’a l’air de rien, mais elle cache en son sein des oiseaux et des animaux beaux comme tout. On la repère à ses parfums de fleurs qu’elle donne pour rien aux méduses qui nagent tout autour.

    C’est un parfum. Ça ne se voit que dans le sillage de la personne qui le porte. Il se met alors à danser. Il fait des petits pas, tourne parfois sur lui-même et, dans les courants d’air, fait même des arabesques. Ça s’entend dans le rire et la voix de celle ou de celui qui le porte. Tu l’entends ? … Eclatant, espiègle, capiteux, envoûtant, il s’exprime, il s’exclame ou il explose. Quand on le vaporise, sortent soudain du flacon des gouttelettes suaves, mélodieuses, poétiques qui enveloppent de rêve, de songe ou d’interdit.

  • C’est une obscurité. Ou une lumière. Mais cela se déroule de nuit. Dans la pénombre ses yeux lumineux éclairent. Son odeur est noire, profonde. L’air circule calmement, sûrement. Le bruit s’effrite contre les pales du ventilateur.

    C’est une fenêtre de toit, une fenêtre ouverte. Qui laisse peu à peu la nuit partir à travers. Qui laisse peu à peu le jour revenir à travers. L’espace entrouvert, filtre le monde extérieur, l’univers entier à vrai dire. Il n’entre que ce qui a la place d’entrer.

    C’est une longueur. Ça prend tout son temps. Le luxe suprême en somme. Les oiseaux peuvent siffler. Les balles de fusils aussi. La terre peut imploser avec toutes ces femmes qui ne restent pas. La guerre peut exploser dans le cœur de tous ces hommes. Oui. Mais ça prend tout son temps.

    C’est un matin. Qui arrive enfin. Sa lumière qui crache sur la nuit. Sa vertueuse répétition qui jusqu’à quand ? Peu lui importe, il est là. Toujours au rendez-vous. Et si ce n’est par pour lui ce sera pour elle. Il reste humide ce matin sur elle, la terre sèche.

    C’est un café. Son amertume est adoucie par du lait entier. Entier. Entièreté des douceurs non imposables en ce monde. A l’instant T le liquide blanc imbibe la noirceur. Mais cela ne fait pas du gris. Mais du marron clair couleur crème. Le fou mal réveillé peut le boire lentement.

    C’est une minute. Sans fin. Que l’on répète à l’infini pour vouloir la stopper. Elle ne se fige pourtant point. Jamais. Elle défile avec une insolence immonde. Mais cela fait aussi toute sa beauté.

    Ce sont des cigales. Qui chantent. Qui annoncent que ça va barder. Que le temps n’est plus aux aurores. Cela se tasse finalement. Il faut tourner la page. Les ires ancestrales ne sont pas de mises. Surtout pas.

    C’est une odeur. Chaude et suave. Les cheveux blancs poussent quand même. Peu importe ce qui la retient, elle arrive. De manière pertinente elle assène la réalité. Sa réalité. Les cloches sonnent au loin. Il est midi maintenant.

    C’est infini. Ni le temps, ni la tasse, ni le vent, rien ne passe, tout s’étale, sur les tartines périmées qui ne se
    mangent d’ailleurs pas. L’oiseau siffle. Trois fois. Non, il n’a pas compté. Il fait chaud en dehors des corps. Il ne compte pas. Il fait froid en dedans des cœurs.

    C’est une idée. Qui rigole quand il pleure. Qui pleure quand il pense. Les contrastes discordants sont aux affûts de la moindre incertitude. Telle une chatte à pas de louve elle se faufile les dents longues et le regard perçant. Et le pire dans cette idée calme et folle, c’est qu’elle persistera quoi qu’il advienne et quoi qu’il en pense.


    C’est une fin. Pas une finalité. Juste une formalité. Les contours s’effacent au profit d’un mauvais concours de circonstances aggravantes. L’air y est doux et sent bon. Les fleurs poussent sur ce tertre qui renferme toutes ses certitudes. Et à la fin il n’en reste aucune. Et c’est immensément beau et serein. Cela lui fait du bien, et il peut, enfin, s’arrêter de respirer.