Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Sekiguchi – Pizarnik – Aira

  • Ce corps
                qui ne respire pas
                qui ne tient pas debout
                qui ne fait pas de bruit
                qui n’accueille pas les tendresses


    Ce corps de non-droit
    Ce corps de non-lieu
    Ce corps de non-amour
    Ce corps de non-merci
    Ce corps de non-oui
                noir-blanc
                obscur-clair
    sans interrupteur 
    sans nuance

    Ce corps sans vie sans essence sans odeur
                pas de bouche pour sourire
                pas de mains pour caresser
                            soi ou un autre
                pas de cheveux pour le vent
                pas de jambes pour les collants
                pas de pommettes pour piquer le blush Dior de maman
                pas de blagues de façade
                pas de bonjour de politesse
                pas de discussions qui fleurissent
                pas d’amours qui fanent
                pas de fleurs
                            pas de pas ni en avant ni en arrière

                pas de doigts pour la rencontre des sexes
                pas de sexe pour la rencontre des doigts
                            pas de désir pas de sensation
                                                                aucune possibilité d’étreindre


    Ce corps non-existant qui hurle
                qui ne peut pas hurler
    Ce corps non-aimé qui voudrait s’aimanter
                qui ne peut pas aimer
    Ce corps vide
                qui n’existe pas
                qui ne peut pas se remplir
                qui ne peut pas se vider

    ce corps – mon corps

                                                                            mort-né ou bien né mort.
                                                                            né mort ou bien mort-vivant.
                                                                            ou peut-être vivant mort écrasé par le poids de 
                                                                                        ce corps – mon corps
                                                                                                    ton corps 
                                                                                                    vos corps

  • UN être

    Voix et grain en carte de visite

    Ma voix qui visite tous tes grains,

    Le grain de ta voix qui me rend visite 

    DEUX êtres 

    Nous visitons nos voix

    Cachés sous nos grains

    DES êtres 

    Nos fantômes gravent les existences

    Mes existences, j y grave des fantômes 

    Nous gravons notre existence sous le regard de nos fantômes

    Fantômes gravés 

    Tranquille existence

    La voix des fantômes visitent nos existences

    Léger grain 

  • Etre un corps fantôme et visiter sa propre existence
    visiter les êtres autour
    visiter le Réel
    fantomatique
    être sans consistance
    sans contour
    sans visite
    être son propre visiteur
    dans son propre viseur
    être son propre fantôme
    se hanter soi même
    être brume et brouillard

    se dissoudre
    se débattre
    chercher le grain qui résiste à la désagrégation
    le grain de la voix
    le grain des corps
    corps de sable ou de papier
    voie de choix, viseur de soi
    être ver et souffle
    se rabibocher soi-même
    être un corps de voix
    voix de sable ou de papier
    et fabriquer un machine bien huilée autour des grains de soi

  • Le temps
    Est un kaléidoscope
    Avide de signes indéchiffrables
    En tourbillons ;
    De ses fragments en vitraux
    Me parvient ta voix désirée…

    Mon territoire aride,
    Ton territoire perdu,
    Dans le dédale de l’oubli
    Ne font plus qu’un;
    Ils peuvent se toucher…

    Tout comme 
    Au temps de notre intimité
    Que l’on croyait
    Acquise et due…
    Ses contours déformés
    Me sauvent de la morsure.

    Le grain
    De ta voix
    Ne désertera pas mes tympans :
    Bande-son intarissable
    Où je frissonne de plaisir
    Et de larmes…

    Et ce grain
    Prend corps ;
    Il envahit mon corps ;
    Et je bénis ce doux dialogue.

    Fantôme,
    Pardonne-m’en,
    Je ne saurai 
    Te laisser te reposer !
    J’aspire trop à tes cendres;
    Je les respire
    Comme
    Le parfum de ta chevelure
    Qui appelle au toucher !

    Les photographies
    Ne me sont
    D’aucun secours ;
    Vides de tes vibrations !

    Seules me reviennent
    Les couleurs
    Dont tu aimais te parer;
    Elles s’ancrent dans mes rétines,
    Derrière mes paupières closes…

    Notre passé est 
    Une extension de mon corps
    Plus naturelle
    Que la rotation de la terre 
    Sur elle-même :
    Cela ne m’est pas douloureux.

  • Voix, vois mais corps.
    Etre bien, oui, être bien.
    Car cheveux même grain.
    Certain tympans jamais dans fantômes,
    N’appellent le toucher, gravent l’intimité, voient
    Et visitent la temporalité.

    Séparer les traces, séparer les êtres, exister les
    Existences.
    Troubler les fantômes.
    Mais voix,
    Etre bien, être bien corps;
    Car cheveux grains même, m’aiment.
    Appeler l’écoute,
    Graver les tympans,
    Visiter le toucher.
    Mais être bien, être bien, car même, sur certain
    Jamais dans, car même, sur certain,
    Jamais dents.

  • Le corps est,
    La voix existe.


    Le corps, enveloppe charnelle de nos voix,
    Protège nos voix intérieures,
    Territoire de nos voix où elles prennent corps.


    La voix, existence projetée de nos corps,
    Touche nos tympans,
    Territoires de nos corps où elle se grave.


    Les territoires de la voix font exister nos corps,
    Ils s’étendent en elle,
    Prolongent, par la voix, leurs territoires.

    La voix


    Extension immortelle
    De nos corps,
    De notre être.

  • Je pense que je pense à toi.
    Et toi, est-ce que tu penserais par hasard que je pense trop à toi !
    Si tu penses vraiment ce que tu penses et ce que je pense, c’est que tu penses à moi.
    Et moi j’ai tendance à penser que tu penses que je pense trop à toi et que tu penses trop à moi.
    Plus généralement je pense que les autres pensent que je pense à je ne sais quoi. Et là, je pense à leur retourner le compliment.
    Parfois je pense que je ne suis pas en train de penser, et je me trompe moi-même, et je pense que je trompe mon monde car ce monde se trompe en pensant que je suis en train de penser. Ça me fait penser que pendant que je pense je suis. Et quand je ne pense pas j’en déduis dans une manière de faux syllogisme que je n’existe pas, même si dans les pensées des autres j’existe encore.
    Ce n’est pas ma faute si je trompe mon monde quand je ne pense pas. Bref il faudrait que je pense à toujours penser, car ainsi je serais l’être pensant qui pense à penser.
    Qu’en penses-tu, Toi à qui je m’efforce de ne pas penser ?
    Et vous qu’en pensez-vous ?

  • Elle dit que
    le temps trouble la voix
    que la voix avec le temps se trouble mais
    si elle ne peut mesurer encore l’épreuve du temps
    elle sait le trouble cependant dans son propre corps
    et dans l’extension du corps qu’est la voix
    que c’est un grain particulier qui transporte la sienne
    et que ce grain, bien au-delà d’elle,
    porte sa voix qui est unique.


    Elle dit aussi que
    des êtres qu’elle aurait aimé garder près d’elle
    il ne reste plus que des traces
    des traces troubles sur les photographies mais
    que les voix de certains sont gravées sur ses tympans
    que ce sont les voix de ceux dont elle est séparée
    et dont elle aurait voulu qu’ils soient toujours là
    et que s’ils n’ont plus d’existence pour ses yeux
    leurs voix en revanche subsistent
    gravées sur ses tympans.


    Elle dit encore que
    les fantômes sont des existences
    que les fantômes existent
    qu’ils sont les êtres qu’elle veut garder près d’elle
    et qu’ils la visitent intimement
    et que, si elle tend l’oreille
    elle entend ces voix comme à la radio
    parce que ces voix se sont inscrites
    sur ses tympans définitivement.


    Elle dit que
    quelles que soient les épreuves
    le temps ne troublera pas ces voix-là.
    Elle dit qu’elle n’en est pas certaine mais
    que c’est ce qu’elle croit.

  • Le corps dit le grain dit la trace
    Qui dit trace dit corps dit voix

    La voix dit le corps dit le grain
    Qui dit grain dit voix dit trace

    La trace dit la voix dit le corps
    Qui dit corps dit trace dit grain

    Le grain dit la trace dit la voix
    Qui dit voix dit grain dit corps

    Le corps dit le grain dit la voix
    Qui dit voix dit corps dit trace

    La trace dit le corps dit le grain
    Qui dit grain dit trace dit voix

    La voix dit la trace dit le corps
    Qui dit corps dit voix dit grain

    Le grain dit la voix dit la trace
    Qui dit trace dit grain dit corps

    Le corps dit la trace dit le grain
    Qui dit grain dit corps dit voix

    La voix dit le corps dit la trace
    Qui dit trace dit voix dit grain

    Le grain dit la voix dit le corps
    Qui dit corps dit grain dit trace

    La trace dit le grain dit la voix
    Qui dit voix dit trace dit corps

    Le corps dit la trace dit la voix
    Qui dit voix dit corps dit grain

    Le grain dit le corps dit la trace
    Qui dit trace dit grain dit voix

    La voix dit le grain dit le corps
    Qui dit corps dit voix dit trace

    La trace dit la voix dit le grain
    Qui dit grain dit trace dit corps

    Le corps dit la voix dit le grain
    Qui dit grain dit corps dit trace

    La trace dit le corps dit la voix
    Qui dit voix dit trace dit grain

    Le grain dit la trace dit le corps
    Qui dit corps dit grain dit voix

    La voix dit le grain dit la trace
    Qui dit trace dit voix dit corps

    Le corps dit la voix dit la trace
    Qui dit trace dit corps dit grain

    Le grain dit le corps dit la voix
    Qui dit voix dit grain dit trace

    La trace dit le grain dit le corps
    Qui dit corps dit trace dit voix

    La voix dit la trace dit le grain
    Qui dit grain dit voix dit corps

  • Moi toujours à côté
    Je n’entends que la mort
    Elle dit je t’écoute
    Moi j’écoute la mort
    À côté elle dit
    Je t’entends
    Moi je dis
    Écoute à côté
    Entends la mort 

    Quelqu’un mesure l’étendue 
    Des sanglots entendus à l’aube
    L’aube sanglote l’étendue
    De la mesure du quelqu’un
    Les sanglots eux mesurent
    Ce quelqu’un étendu sur l’aube 


    Mon nom est gris mon prénom est vide
    Mon prénom gris vide mon nom à l’est
    Mon nom grise le vide de mon prénom 

    Le vent et le souffle logent hors des serres 
    La peur contre–écrit
    La peur serre mon souffle 
    Je loge dans l’écrit du vent