Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire avec Yannis Ritsos

  • c’est la lumière d’un ciel d’hiver
    à la fin du jour
    température -25 degrés
    *
    c’est la blancheur qui recouvre tout
    le lendemain de la première tempête
    *
    c’est le silence qui guérit
    la force de se tenir debout
    *
    chaleur au-dedans
    froid glacial au dehors
    *
    se creuser un été
    à l’intérieur
    *
    recouvrir les os
    des promesses de chaleur
    *
    Lentement
    abriller sa peau
    des ardeurs futures

  • Ma cuisse gauche

    L’avant de ma cuisse gauche juste au dessus du genou

    Le bombé souple encore tendu par le pli de la jambe accolée au mollet rond écrasé 

    Dessine l’intérieur de ma main 

    Du pouce latéral droit à l’index latéral gauche 

    .

    Encercle autour de la phalange du premier doigt d’une main 

    Argent brossé sous l’éclat de la lampe apposée au bord du corps détendu

    Retient les bribes du jour passé de l’autre côté du ciel pâle 

    Finesse de l’entour enfilé parallèle aux traits repliés dépliés

    .

    Une cheville inclinée rose sous un velours kaki

    La trace de l’élastique laissée par une chaussette trop juste

    Creuse la chair douce et tendre qui se laisse entrevoir dans le déclin des heures  

    .

    Deux baguettes sur un œil vide 

    Dans un pot plastique transparent

    Des perles vrac retenues en discussion sonore avec la main charnue du petit, doigts tendus 

    . 

    L’entre aperçu empli de pénombre 

    En station assise dans la clarté filtrée du petit salon

    L’enfant en avant avalé par le bleu virtuel, l’allée de Tori et le kimono rouge de la fillette aux cheveux détenus par deux billes brillantes 

    Je retiens mon souffle et le temps qui s’y pend 

  • les mains pleines de terre

    appuyées contre un arbre,

    les phalanges qui surgissent de l’obscurité

    une mèche qui flotte dans le vent,

    une main qui essaye de la rattraper,

    comme si elle allait s’envoler

    quelques grains de sable dans ma paume,

    il brûle et glisse laissant une trace invisible,

    il coule comme l’eau devant moi

    une vieille âme dans un corps jeune,

    des rides sous les joues rebondies,

    des yeux qui en ont vu, une bouche qui se tait,

    une flamme bleue à la place du coeur

  • La tête danse sous un chapelet
    de cheveux emmêlés
    On passe sa main et c’est
    comme chercher l’aiguille
    dans la botte de nœuds
    …
    chaque incisive perce
    le matin au même endroit
    précisément là où il saigne
    il faut laisser au jour
    le temps de cicatriser
    …
    la lumière a des pulsions
    fait des zooms exprès
    des effets stroboscopiques
    elle refuse de caresser le sol
    à la fin elle se réfugie au ciel

  • ta silhouette à contre jour
    dans l’étendue vague
    tu avances lentement
    les yeux fermés
    un jeu d’enfant
    sans obstacles
    *
    je te guide
    avec la bouche
    des sons aigus qui claquent
    pas à pas tu me suis
    jusqu’au bord de l’eau
    tu ouvres les yeux et
    tu ris
    *
    sur le sable encore humide
    nous contemplons longuement
    des gravures d’arbres enchevêtrés
    délicatement tracées par la mer —déjà lointaine
    *
    nos pas plus légers sur le chemin de terre
    nos voix qui s’incrustent dans le soir glacé
    comme de petites étoiles
    *
    nous redescendrons sur la grève
    ressasser l’avenir incertain
    ton printemps suspendu
    le tout début de mon hiver

  • le ciel est une question de bleu
    de gris de troublé
    déposé sur le toit
    un coup sur moi un coup sur toi

    Le port est une question d’asphalte
    d’abribus vitré
    et de pavés alignés
    devant le quai

    la mer est une question de coquillages
    à écouter briller
    après chaque vague gommée
    derrière le quai

    la main est une question de promenade
    le matin le dimanche
    l’hiver l’été demander
    le ciel qu’est-ce-que c’est ?

  • Le jour qui se lève,
    Le chant des oiseaux,
    Tes mots sur mes paupières.

    *
    De tes mains
    Je sens la caresse,
    Le souffle du vent,

    La beauté du monde qui s’éveille.

  • Deux verres à pied
    Posés
    Près de la cheminée
    Des vers
    Concis
    Il y a
    Dans le secret du cristal
    Des bulles
    Conciliabule

    ***

    Oiseau
    Ami
    Être
    De passage dans la vie
    Et moi, baladin et poète
    Observe
    Écrit
    Retient

  • Une personne assise à l’abribus
    coincée entre l’obscurité
    et son reflet vague sur la vitre
    bercée par l’heure tardive 
    et son silence 

    L’instant d’après 
    s’estompe pleins phares
    son aveuglement 
    main en visière 
    interruption des programmes
    de rêveries sur le marche-pied