Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Écrire en s’appuyant sur les points de force éternels

  • Ainsi les promesses tenues comme des papillons blancs
    Virevoltaient dans un ciel impeccable
    Imperceptible bourdon
    Chanson bleue

    Le chuchotement des machines qui s’aventurait sans filet
    Sur le monde allongé somnolent

    Une marée ronflante sous un été béton
    Une marée de terre bouillante
    Le soleil grumeleux penchait tout à fait
    Pour obtenir ce matin épais de métal chaud

    Ainsi le ciel au loin souillé comme un évier qu’on néglige
    les ailes engluées dans le ciment du jour
    un gymnase ou un Super U

  • Les mots creusent parfois plus fort que l’opération
    On ne nous dit pas 
    pas tout de suite
    On ne nous dit pas que peut-être, 
    c’est autre chose
    Les bouches s’évitent et les regards bafouent la vérité
    Les murs écoutent mais je ne comprends pas 
    La jeunesse ne peut rien ? 
    La jeunesse n’est pas invincible ?
    Aucune blouse blanche n’apparaît à la maison
    La vérité se gorge de mon sang 
    Elle parle en rouge
    en goutte à goutte 
    Bénin,
    Malin 
    pour le moment c’est la même chose
    Il faut apprivoiser le silence qui hurle
    Le corps change mais ne mord pas 
    La nuit, il me réveille
    Il veut me dire des mots
    Des mots qui enflent, 
    des mots qui raclent  
    Quelqu’un veut-il bien me raconter une autre histoire ?
    L’espoir accuse le diagnostic
    Lisse, 
    Posé comme une toile cirée de publicité 
    La bascule de quelques secondes
    Un nom de maladie qui ne m’existe pas 
    traverse l’air mais ne rebondi pas 
    Les coins sombres de la mémoire m’avaient oubliée 
    Emprisonnée dans la mesure d’un réel bien ficelé
    Pourtant à l’intérieur l’opération avait bien commencé
    Sans prévenir,
    creuser pour empêcher 

    J’ai sali mon corps 
    à coup d’alcool 90°
    Mais rien n’a changé 

    Je porte un nom 
    Un nom de famille
    Un nom de ville
    Un nom de maladie 
    Et mon corps n’en sait rien 
    Mes intestins pensaient bien faire 
    Mais personne ne leur avait appris à lâcher 

    Les bons mots.

  • Je ne savais que l’on pouvait aimer les miroirs
    Moi je préfère les voir disparaître dans le noir
    Petit à petit paraître de plus en plus illusoire
    Ils sont trompeurs et muets
    Cependant je crois qu’ils font beaucoup parler
    Mais les voix sont vides de sens alors je me tais
    Je laisse circuler les mensonges trouvant toujours plus de laid
    Provoquant la colère et la haine de soi
    Le regard des autres toujours dirigé sur moi
    Comme une lame affûtée
    Ou un poids accroché
    La vérité demeure néanmoins cachée
    Et lorsqu’ils glissent et se brisent
    Leurs éclats coupent mais attisent
    Le regret de ne pas s’être un peu plus comprise

  • On ne le dit à personne : partout, des euphémismes.
    Elle est partie,
    Il s’en est allé.
    Même pas des euphémismes – de brutales fantaisies, de crasseux mensonges.

    Ni lui ni elle ne marchent,
    ils sont allongés, arrêtés, immortels, et nous rêvons qu’ils s’en aillent
    que leur souvenir douloureux n’occupe plus le canapé et la première barquette de fraises
    que le chat n’ait plus cet air étonné, qu’il cesse d’attendre le retour.
    Ils ne sont pas en voyage, ils n’ont pas déménagé.
    Dites-moi la vérité : ils sont désespérément là,
    bientôt dans un innocent escargot, une marguerite
    – ou c’est encore un mensonge à moi-même pour remplacer celui des autres.
    Ils sont là ils sont poussière et au mieux un ver.

    N’est-il pas plus doux de les savoir encore parmi nous plutôt qu’envolés vers un ciel qui
    demande tous les sacrifices ?
    Mensonge impie aux épines couvertes d’un velours trompeur,
    il n’y a que vivant que l’on peut partir.
    Pressons-nous de nous en aller car bientôt morts nous n’irons nulle part.

  • Pendant des années j’ai cru que
    le silence recouvrait la peau de ses squames
    Pendant des années j’ai vu que
    le non-dit lamine les gorges de ses crevasses arides
    et même les gorges claires sont touchées
    Pendant des années j’ai senti que
    ça clochait au niveau des cœurs au niveau des échanges vrais au niveau des passages de relais
    pendant des années j’ai goûté l’amer des crues
    le sel des larmes le sel qui ronge et qui libère
    pendant des années j’ai visité l’ineffable le silence le trop tôt le trop tard
    à la façon d’une roquette oubliée dans les couches de la terre prête à
    exploser prête pour le voyage interstellaire
    pendant des années c’était toujours pas le moment
    ce n’était jamais le bon moment
    par-dessus les silences les grosses gênes cousaient des tombes de corps voûtés des oreilles hagardes dégringolaient de leur fonction des oreilles sans fond des oreilles sans parois sur lesquelles les mots, les questions ne ricochaient plus
    pendant des années c’était
    j’ai cru que ça finirait ce
    rien ce
    blanc du vide de la neige qui fait tout taire autour d’elle
    j’ai cru que ça finirait ce
    jamais
    mais des décennies après je ne suis plus une enfant plus une fillette à qui l’on dérobe les réponses à demi-mot
    mais des décennies après il n’y a plus de neige en hiver et tout se tait pourtant
    tout continue à ne rien
    tout est tu
    mais où suis-je où êtes-vous d’où vous taisez-vous
    le puits d’où vous noyez la parole n’a pas de fond cela fait trop longtemps qu’il est bouché
    s’il avait un cadenas il serait fermé à quintuple tour il y aurait un maître de la forge un vulcain qui soudoierait ses elfes bienfaiteurs pour conserver cela secret, tu, mort
    l’arc-en-ciel met du temps à se frayer un chemin
    même s’il a été là depuis ma nuit du temps
    le voir fut difficile
    le voir fut un reniement du silence
    du silence et c’est dur de le pousser quand il a été le seul dialogue
    un ballon de baudruche un lot de consolation un gros paquet cadeau
    finalement toi tu tries les ficelles de l’existence
    tu fais bien car
    ce qui importe c’est que cela devienne le
    carrousel des délices
    pendant des années j’ai pas su que la vie avait un goût, une saveur exquise, un avenir et pas qu’un passé
    puis j’ai touché du doigt les mots sur mon clavier.

  • Pendant des années j’ai cru que la vérité n’était pas laide, qu’honorable elle existait.
    Recouvrant les mensonges des miroirs, jusqu’à ses angles les plus pointus, elle s’étendait sans
    faire de pli.
    Pendant des années, j’ai cru que la vérité était réelle, que louable elle vivait. Battant au rythme
    des secrets, gorgée de sales phrases et sourires forcés, elle noircissait toutes les générations, et
    même les plus cachées.
    Un jour la vérité est devenue mensonge qui est devenu vrai. Un jour je suis devenue fausse
    quand je croyais devenir vraie.
    Alors un jour les yeux se sont ouverts, les mots ont éclaté, le sens s’est altéré ; nous
    ramassons encore les éclats de cette chute.

  • Merci de me donner la main, me donner l’élan, m’ouvrir la porte, me permettre, m’autoriser d’y aller, d’oser, de jouer, de me défier, de plus me voiler, me cacher, m’étouffer, d’ôter, d’enlever, d’extraire, de dépressuriser et de presser en même temps, de laisser s’écouler, se déverser, enlever le voile, la pudeur, le puanteur, la putréfaction.

    En effet personne ne m’avait dit que la densité étouffait 
    Je ne savais pas la rudesse la non caresse le manque la perte
    Pendant des années j’y ai cru à cette blague de mauvais goût
    Il me semblait que je jouais parfaitement mon rôle
    Je croyais au semblant, qu’un nouveau jour arriverait
    Le silence recouvrait tout telle une chape de plomb 
    Je ne pouvais pas savoir que c’était possible, que cela m’était destiné

    Dans le silence avaler la peur
    Dans le silence ignorer la douleur
    Dans le silence sourire et faire bonne figure
    Dans le silence goûter l’impuissance 
    Dans le silence crier à l’intérieur
    Dans le silence danser à l’infini

    Chuchoter une prière

    Taire une colère
    Murmurer « je t’aime »
    Muette, ne rien en dire

    Ce n’est pas un mensonge, un songe qui me ment
    C’est une réalité insoutenable que l’on soutient
    Qui devient irréelle une fois passée
    Qui remonte en méandre de mémoire 
    Demandant libération

    Je t’ai vu je te vois dans l’invisible

    Les mots n’ont plus rien à y voir
    Et pourtant ils sont là
    Les petits les grands les beaux les laids
    Serpentant comme des vers de terre
    dans une structure inexistante 

    Pas de déception, pas de bonne surprise, pas de nouveauté, pas de cruauté, pas de clarté, pas de compréhension…

    Un battement de coeur qui rassemble il ne reste que cela.

  • en un soupir
    j’ai épilé le duvet
    des secrets

    boucle
    tu susurres ça
    qui ne vient pas
    tout est question
    de rythme

    les silences s’épanchent
    moi je te parlais des attentes

    lèvre contre langue

    contre lèvre

    en miroir

    boucle

    en bas du ventre

    en haut des cuisses

    temps blanc du week-end
    au seuil du jour j’ai encore vu l’attente

    front fondu joue
    tend bouche
    sous la couette
    tu affabules
    car les mains manquent

    j’ai cru à la levée du voile
    puis la nuit plut
    j’ai frémis
    jusqu’au jour
    si j’avais su
    les aurores patientes

    désirent ce que je désire

  • Cheveux attachés 
    Chignon haut coiffé

    Volonté hautaine

    Une minuscule 
    Concentration oubliée
    Suivie par
    Un oubli de respirer

    Elle chute du tableau 
    Du peintre

    Le ciel zinzolin

    Les bras des arbres 
    Brandissant une banderole

    L’alphabet horizontal
    expliqué 
    en désordre fantomatique

    Signes des temps

    Le vent noir-violet 
    Agite les branches

    Des vertiges vert orange

    Le monde tourne 
    En couleurs psychédéliques

    Une brume toute neuve cache 
    L’astre du jour

    Qui tire le charriot d’Hélios ?

    De l’est à l’ouest ? 

    Et pendant la nuit à l’inverse ?  

  • Pendant longtemps, jusqu’à aujourd’hui et c’est la raison de la reprise de ces notes dans mon journal, on m’a tu que j’étais Père.
    Silence qui se voulait sans doute bienveillant, mais silence qui me blesse non pas à mort (j’aurais préféré) mais à vif.

    Brûlures dans mon crâne
    Mon regard ne sera jamais plus le même.
    Et ma parole ? Que vais-je pouvoir dire ?
    Que vais-je pouvoir vivre.

    Honte à avaler, pour ne pas avoir su !
    Ne pas pouvoir car ne pas savoir.

    « Heureux les simples d’esprit… », mais maintenant je sais. Je sais que l’on me pensait incapable, inapte même à savoir. Qui du naïf ou du détenteur de l’information est l’irresponsable ? Pécher par omission.

    Une maternité n’est jamais cachée, on ne peut pas être mère sans le savoir (à moins de mourir avant ou pendant).

    Je suis père et je ne l’ai pas su ; le silence m’a décalé, vrille ma vie.

    Et qui est la mère ? Fait-elle partie de ce « on » ? Et mon enfant ? Que sait-il et que peut-il sans père ?

    Ma parole ne sera pas entendue puisque je suis en dehors de la réalité.
    Chercher, qui, quoi, où.
    Dénoncer, défoncer, me défoncer
    Devenir un réel irresponsable, un réel incapable de
    Leur donner raison et perdre la mienne
    M’échapper

    Avant cela, j’écris.
    J’écris car que faire d’autre

    Vite un passeur de feu pour apaiser la brûlure

    Un trou dans le crâne pour libérer la pression

    Déhonter ma vie
    Me déresponsabiliser
    Je ne sais plus
    Je suis à court
    D’idées, d’encre
    De papier
    D’envie
    De vie.

    Je ne sais plus
    Je n’en peux plus
    Chuis fatigué
    Chuis crevé