Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Où trouver les idées ?

  • Il y a du sable collé sur mes joues
    ou peut-être est-ce autre chose
    mes jambes qui
    plus vite que moi
    mes jambes qui
    vont et viennent
    toujours plus vite
    vont et viennent
    toujours plus loin
    mes jambes qui
    plus vite que moi
    comme folles
    vont et viennent
    repoussant loin
    l’horizon
    quand je deviens
    quand je deviens
    papillon ou
    peut-être autre chose
    quand je deviens
    un truc léger
    une luciole
    une fumée
    une mouette
    une plume
    un papier de soie
    un voile blanc
    quand je m’envole
    quand je deviens une
    ou bien un
    quand je deviens un
    ou bien une
    que sais-je
    presque rien
    un cerf-volant écarlate dont
    on a lâché la ficelle pour
    qu’il s’échappe
    froufroutant dans
    le vent et sous
    les jupons
    de la mer mousseuse.

  • Elle, c’est la danseuse,
    On dit, ici, qu’elle tourne pas rond,
    Toute la journée,
    Fait la même chose …

    Elle danse
    Sur les gesticulations vaines de l’humanité,
    Elle danse
    Trace sa ronde pour effacer celle du monde,
    Elle danse
    Sur l’immobilité des gens,
    Les solitudes de ces milliers de grains de sable,
    Elle danse
    Se fond dans les glaces des pôles,
    Extrapole ses mouvements dans les miroirs,
    Voit dans leur ampleur un espoir.
    Elle danse
    Dans les lumières aveuglantes des nuits noires,
    Les déferlantes, un exutoire,
    Elle danse
    Evite les faux-pas, les pas de deux, les danses en ligne,
    A contre-temps,
    Elle danse
    Sur l’éternité passagère des nuages et des ciels étoilés,
    Elle danse
    Entre les chats, avec trois chats, un cha-cha-cha,
    Elle danse
    A en avoir le tournis, à en perdre la tête, l’équilibre,
    Pieds et mains déliés,
    Elle danse
    Que pourrait-elle faire d’autre, à part danser ?
    Déplacer l’air pour le changer ?
    Comme la Terre dans son espace,
    Inlassablement tourner,
    Tracer sa ronde pour effacer celle du monde.

    Et son corps à la craie parfois se demande
    S’arrêter ? Et après ?
    Que dira-t-on d’elle, ici ?
    Qu’elle a perdu pied, sans doute…

    Alors, il trace sa ronde pour effacer celle du monde.

  • Aujourd’hui
    Ou peut-être Hier
    Elle prépare ses affaires
    Elle inventorie
    minutieusement
    Pour ne rien oublier
    C’est impératif
    Les médicaments
    La trousse de toilettes
    Deux pyjamas
    L’étui à couture
    Un jeu de cartes
    Le vernis pour les pieds

    Il viennent la chercher 
    Aujourd’hui 
    Ou peut-être demain
    Elle ne sait pas où elle va
    Ni quand elle reviendra
    Peut-être est-elle revenue hier
    Mais parce qu’elle ne sait plus
    Elle emballe
    Ses breloques
    Ses reliques 
    Et tout le toutim.

    Elle voudrait emporter 
    Rien 
    Elle voudrait juste s’endormir
    Et se réveiller
    Jamais
    Mais parce qu’elle ne sait plus 
    si c’est déjà fait
    Elle emballe
    Tout le nécessaire
    C’est son grand qui vient 
    Non pas le grand
    Il est mort
    L’autre, le cadet
    Sa fille elle ne sait pas, si loin
    À quelle heure déjà ?

    Dehors les arbres 
    se balancent
    Ils agitent leurs gros doigts
    Allons donc, disent-ils, prépare-toi
    Elle ne sait plus trop pour quoi
    Elle ne sait plus grand chose
    Tout ce qu’elle espère
    C’est que son mari est mort
    Et qu’elle était là.

  • Le matin, elle se lève et elle se dit : « et maintenant je vais chanter ». Elle se le dit tous les matins parce qu’il le faut, elle ne peut pas faire autrement. Car c’est son métier. Si elle ne chantait pas, elle serait virée du chœur. Comme elle ne veut pas être virée du chœur, elle chante. Tous les matins. De toute façon, même si elle ne faisait pas partie d’un chœur, elle chanterait. Parce que c’est comme ça, c’est dans sa nature.
    Alors tous les matins, dès qu’elle est levée, au saut du lit, elle s’entraîne. Elle s’échauffe en faisant des vocalises pour étirer ses cordes vocales. Elle vérifie si sa voix est bien placée. Si ce n’est pas le cas, elle la change d’endroit, jusqu’à trouver l’emplacement juste. Elle s’aide en tapant sur le la du piano pour avoir un repère.
    Elle est très rigoureuse avec elle-même, comme un athlète : si sa voix tombe, elle la force à se relever et à recommencer. Inlassablement. Parfois, les voisins se plaignent. Ils tapent à sa porte jusqu’à ce qu’elle leur ouvre, ce qui prend du temps car sa voix couvre le martellement de leur poing sur la porte. Ils lui disent de changer de note, parce qu’ils ont les nerfs usés par la répétition du même son. Elle leur répond qu’elle cherche la note juste, et qu’elle est obligée de se répéter. Inlassablement.
    Alors les voisins rentrent chez eux et attendent patiemment qu’elle trouve la note de juste.
    Quand c’est le cas, une couleur rose se répand dans l’immeuble. Tous les habitants de l’immeuble soupirent de satisfaction car le rose est la couleur de la bonne humeur.
    La chanteuse, nimbée de rose, est prête à se lancer dans un « ave Maria» resplendissant.
    Des applaudissements pénètrent par la fenêtre entrouverte.
    La journée a bien commencé.

  • Chaque matin chaque après-midi chaque soir
    à la même heure bien qu’il n’ait pas l’heure
    Il fait ça.

    Il se lève du banc
    pose le sac en plastique sur le banc bien au milieu
    fait le tour du banc dans un sens
    fait le tour du banc dans l’autre sens
    s’assied à côté du sac en plastique
    et le vide en posant toutes ses affaires sur le banc
    toutes ses affaires une à une toujours dans le même ordre
    à la même place sur le banc
    il les regarde
    il vérifie.

    Puis il les remet dans le sac en plastique
    une à une toujours dans le même ordre
    il repose le sac en plastique par terre
    il se lève du banc
    fait le tour dans un sens puis dans l’autre
    toujours le même sens en premier
    se rassied sur le banc.

    Chaque matin chaque après-midi chaque soir
    exactement à la même heure bien qu’il n’ait pas l’heure


    Ses affaires toujours les mêmes depuis toujours
    il les place
    toujours à la même place sur le banc
    le journal daté du 16 juillet 1986 – le petit bouddha écaillé – la bouteille en plastique avec
    l’eau bénite de Lourdes – le carnet avec les noms les adresses les téléphones – le
    couteau suisse qui n’a plus de lame – la manche en tricot rouge – la petite poupée
    dans cet ordre-là toujours
    sur le banc
    puis retour dans le sac plastique.


    Il fait ça.

    Il regarde bien chaque objet
    sa place sur le banc
    il vérifie
    à la même heure exactement bien qu’il n’ait pas l’heure
    trois fois par jour
    en toute saison.


    Il ne regarde pas autre chose
    les gens qui en marchant s’écartent un peu du banc
    les enfants qui montrent du doigt et qu’on tire par le bras
    ceux qui ne dévient pas de leur route parce qu’ils le connaissent depuis longtemps
    ils l’appellent le vieux fou mais il ne le sait pas


    il ne les regarde pas.
    Il sait seulement qu’il doit faire ça
    ses affaires
    vérifier
    le tour du banc dans un sens
    le tour du banc dans l’autre sens
    toujours le même sens en premier
    et se rasseoir.

  • J’enfile des gants jetables, entre dans le bloc, l’opération a eu lieu, des morceaux sur le sol.
    Je t’ai vu par la porte, je ne t’ai pas souri, tu étais sous anesthésie.


    Je commence par les surfaces, nettoie les tuyaux des machines, du produit pour la Bétadine,
    de l’eau chaude pour la graisse.
    Je ne te connais pas, tu es un patient, ils t’ont amputé la jambe.


    Je ne change pas de gant, prends le balais, trois bandeaux, je poursuis par le sol. Des bouts
    d’os et fils de suture, des restes de toi sur mes pompes.


    Et je porte avec moi l’odeur de ton sang.
    Le sol est lavé.
    Et je porte avec moi le poids de ta jambe.


    Je transporte la jambe dans le bac à poubelle, j’ai gardé les gants, l’odeur de ton sang partout.
    J’ouvre le grand container, le sac en plastique menace de percer et te jette à l’oubli. J’enlève
    mes gants, change de charlotte et de blouse, l’odeur de ton sang partout.


    Il faudrait me passer au Kärcher chaque fois que je te quitte, pour éviter que le soir, chaque
    fois que je te quitte, te retrouve et te cherche, l’odeur de ton sang, traque et renifle, des
    poignets jusqu’aux coudes, des coudes aux poignets, l’odeur de ton sang.


    J’aurais beau me laver, mettre des gants une charlotte, respecter le protocole entier de
    nettoyage, rien n’enlèvera.
    Des insomnies de Bétadine et des réveils au goût de fer.

  • Un ciel clair

    Un cumulus qui touche l’horizon

    Pour bien gravir les nuages mieux vaut apprendre avec un cumulus un seul d’abord assez gros, assez dessiné,

    S’entraîner dans un ciel clair et transmettre à l’enfant

    Je tiens la main de l’enfant Il a la bouche grenadine et son parfum qui s’échappe dans le ciel clair

    Nous levons le pied, ensemble il m’imite et le posons un peu plus loin, un peu plus haut

    Ce n’est pas très différent de monter un escalier

    C’est juste plus approximatif

    Le pied tâtonne pour trouver la dureté sous la surface molle puis prend appui, l’autre se lève alors à son tour mouvement itératif

    La main de l’enfant serre la mienne Je serre la sienne pour trouver la dureté sous la surface molle

    Étape par étape, nous montons

    Les sons s’amenuisent, le bruit du monde s’éteint

    Juste mon souffle et le souffle de l’enfant qui font danser l’édifice

    Juste nous deux, qui progressons, ensemble

    Nous deux liés, loin du bruit du monde.

  • Il se tient debout. Il est seul dans sa cabine de pilotage. Il tend son bras droit. Il pointe de sa main droite. Il prononce des mots. Toutes les minutes. S’il ne le fait pas, il ne se concentre pas sur sa tâche. Il peut faire une erreur. Il faut qu’il répète le geste, pendant tout le parcours, toutes les minutes.

    Il est seul dans sa cabine de pilotage. Personne ne le surveille. Personne ne l’accompagne. Si le train était vide, s’il parcourait un désert ferroviaire, il le ferait quand même. Il répèterait ce geste, le bras droit pointé, le doigt pointé, le regard fixe, concentré. 

    Shisa Kanko.

    Pointage et appel.

    Il pourrait aussi être sur le quai. Il pourrait aussi lever le bras, pointer le doigt, dire le mot.

    Il pourrait être seul. Ou entouré d’une foule, silencieuse, qui glisserait autour de lui, de quai en quai. Le jour ou la nuit. L’hiver ou l’été. 

    Par temps de pluie ou de vent.

    Il serait là. 

    De toute façon, ce qui compte, ce n’est pas le temps qu’il fait, ni la foule qui l’entoure, ni la saison, ni aucune autre circonstance qui peit sembler primordiale.

    Ce qui compte, c’est le geste accompli parfaitement. Puis la parole dite précisément. 

    L’ordre et l’harmonie qui arrangent le chaos, des éléments, des tsunamis, des tremblements de terre, des maisons de papier qui sont soufflées, des jardins de pierre qui sont inondés, des lanternes qui sont renversées. 

    Shisa Kanko.

    Il porte des gants blancs. Des gants immaculés. Ils dessinent des gestes simples, purs, essentiels, assurés. 

    Il a le visage de ceux qui savent. Il pourrait avoir n’importe quel âge. Venir de n’importe quelle région. Il a un visage immémorial. Il est celui qui fait pendant que les autres passent.

  • Un geste
    Un seul
    Geste de
    Ma main à
    Mon front
    J’essuie
    Ma
    Sueur
    Des gouttes gouttes gouttes
    Roulent roulent roulent
    Dévalent dévalent dévalent
    Mon front mon front mon front
    Mon dos mon dos mon dos
    Depuis la racine de mes cheveux humides
    C’est l’été il fait chaud
    J’essuie mon front de ma main
    C’est l’été indien il fait chaud
    J’essuie mon front de ma main
    C’est l’automne il fait chaud
    La chaleur des feuilles bleues J’essuie mon front de ma main
    C’est l’hiver il fait chaud
    La chaleur d’un plat mijoté de mon pull
    J’essuie mon front de ma main
    C’est le printemps la chaleur remonte
    J’essuie mon front de ma main
    C’est l’été de nouveau
    Et ce geste toujours J’essuie mon front de ma main
    Essayer encore et toujours d’essuyer encore et toujours
    La sueur sur mon front
    Dégoulinant d’une rosée d’eau salée pesant et dévalant la
    pente de mon front, gouttes de pierre cristalline que je remonte
    dans un effort croissant sans fin
    Au sommet de mes tempes tempête hors du temps
    Sur mon front, des traces blanches sur ma chemise
    Auréoles de cette eau salée

    Qui s’évapore de mon corps, que je sens
    Sale, actif immobile endormi, que je sens à l’ombre du soleil la nuit
    l’été, ce que je sens ! la pluie la sueur
    Je sens je sens je sens
    Qu’on me regarde et pourtant
    Ce geste si
    Naturel, personne ne le voit
    Personne ne me voit
    Effectuer ce geste
    Répétitif
    Vague
    Après vague
    De chaleur,
    Thermorégulation
    Excessive intempestive
    Qui échoue
    Sur les rives de ma peau
    La falaise de ma conscience
    S’effondrant
    Un peu plus
    dans
    l’abîme
    du
    mal-être
    à
    mesure
    que
    la
    sueur
    inonde
    mon
    front
    Que
    le
    dos
    de
    ma
    main
    essuie
    éponge
    essore
    et dans ce geste, l’éternité
    À supporter
    La chair qui peine
    À vivre
    engloutie
    par
    la
    marée
    issue
    d’un
    dérèglement
    climatique
    De mon corps
    Les gens
    Ils me regardent
    Pas les gens
    Je sue je transpire je sens ma sueur
    Sur le dos
    De ma main
    Dans mon dos le creux du genou le creux
    Des aisselles
    Et les gens ignorent cela
    Je ne supporte plus
    La moiteur de mon corps
    Et les gens ignorent cela
    L’air est chaud
    L’air est tiède
    L’air est froid
    L’air est glacé
    De ma sueur refroidie ma sueur froide ma sueur sur le dos de ma
    main que j’essuie
    Car elle est pleine de ma sueur
    Et les gens ignorent cela
    Je jette les gouttes hors de moi
    Je jette ces gouttes qui dégoûtent
    Loin de ma chair
    Loin
    De moi
    Dégoutée de mon corps dégouttant
    Et les gens ignorent cela
    Gouttes à gouttes
    Le geste
    Pour survivre
    Essuyer
    De ma main ma sueur, de ma main qui essuie en continu
    De mon corps, cette eau salée et usée
    Qui s’évacuant évacue
    mon âme
    ma raison
    mon être
    Je sens mon corps perdre
    Cette eau et ma main
    L’essuyer l’évacuer
    Ma main essuyant sa paume
    Sur ma chemise
    Comme un suaire
    Qui recueillant ma sueur
    Tenterait de préserver
    Quelques reliques de ce que j’étais

  • J’ai déchiré un livre en deux
    Dans la largeur
    C’était mon livre préféré
    Car il parlait
    De science-fiction, d’une planète-organisme, de son étrange
    attraction sur l’homme et la conscience
    J’ai déchiré un deuxième livre en deux
    Dans la longueur
    (Ce fut plus long)
    C’était mon deuxième livre préféré
    Celui qui narrait
    L’histoire d’un homme-boîte, d’un homme
    poussé vers l’invisible sous l’effroyable action de répulsion du
    monde et de la société
    J’ai déchiré un troisième livre dans le biais
    (C’était difficile – je n’aime pas lire les livres en diagonale)
    De quoi il voulait me parler, je ne me souviens plus
    C’était mon troisième livre préféré, pourtant
    Les mots étaient trop
    épars sur les pages déchirées
    comme les pensées de cette femme qui aimait tant la vie dans un
    autre livre dont j’ai oublié le titre, et organisait des parties dans la
    Londres d’entre-deux-guerres ; voyait revenir un amour de
    jeunesse éconduit ; doutait de ce qu’elle était devenue ; se
    confrontait à la futilité de sa vie
    J’ai déchiré mécaniquement
    Tous les livres
    Qui passaient à portée de ma main
    Des livres que je ne lisais plus des livres de poche des livres pour
    enfants des magazines des bandes dessinées des livres d’art des
    beaux livres des essais des livres scientifiques des livres des livres
    des livres
    En me disant que ce serait plus facile

    De s’en délivrer que de vivre avec.
    Je les ai déchirés
    Dans tous les sens j’ai essayé
    Sans dessus dessous des confettis de papier
    Et ce geste
    : déchirer une main
    sur la tranche l’autre
    sur le bord extérieur
    Formation en ciseaux
    Pour avoir la force
    D’effectuer
    Ce geste
    Destructeur
    Vide
    Était la pièce remplie de poussières
    De pages de miettes de mots la lumière
    Passait à travers cette brume épaisse de matières
    Et de savoirs suspendus qui tamisait la pièce
    Ça sentait
    Ça sentait
    Le papier la poussière l’encre les années les fleurs séchées la
    sueur
    Comme des larmes sur le tapis de feuilles
    De papier déchirées
    Par le vent de mes mains le souffle de mes doutes

    J’ai déchiré toute ma bibliothèque
    Je pensais avec incertitude
    Que ce serait plus facile de ne voir que la moitié du monde
    De ne garder que le commencement de chaque page
    Laissant le reste libre
    À l’invention d’une autre histoire, quelque chose à venir
    Je me trompais  à travers ce geste
    De déchirement
    Je me suis retrouvée
    Emmurée dans des paroles contraintes
    confuses, condamnées
    comme des
    fragments de voix
    à consoler et composer
    avec des mots à redire
    et des idées à relire
    et retourner
    dans tous les non-sens possibles, comme un rituel pour refermer
    une déchirure à repriser, un manuscrit à relier
    d’une vie à recoller
    Par morceaux réassemblés
    Dans le désordre
    Par un autre geste, à délier, à contresens, mouvement
    Du corps délivré