Vivien

Vivien s’est installé dans la vie des poèmes vers ses 18 ans. Il ne l’a plus quitté depuis (il en a bientôt le double), même s’il lui arrive souvent d’y voyager à la périphérie, voire de sortir un pied à l’extérieur, pour le tremper dans une flaque, l’enfouir dans le sable ou taper dans un tas de feuilles, laissant parfois quelques empreintes mêlées à celles d’un autre pied…

Il revient toujours dans la vie des poèmes : ils s’ébrouent ensemble, partagent leurs minuscules joies et peines. Après avoir crié avec eux partout où il passait, le plus doucement possible, ils avaient décidé d’un commun accord de faire silence pour un temps indéterminé. Mais à force de réprimer leurs jeux, il fallait bien qu’ils sortent à nouveau au grand air, c’est dans l’ordre des choses. C’est un fardeau si léger qu’il faut sans cesse le retenir de s’envoler. Ne pas souffler trop fort. Espérer s’immerger un jour si bien dans cette vie des poèmes que ce sera possible de parler leur langue. En attendant, les apprivoiser, encore et encore, et se laisser apprivoiser (le plus dur). Vivien est un nom de plume, certes, cependant il n’oublie jamais l’être qui tient la plume au bout de sa main ; et il ne décourage pas, essoufflé ou non, point de côté ou non, à côté de la plaque ou non, il s’agite pour que la main appelle avec lui d’une même voix : « Vie, viens ! »

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