Seule aime se promener sur les sentiers côtiers de bout de terre. Elle n’aime pas fendre la foule des samedi après-midi en ville. 

Seule craint d’étouffer au milieu des corps en mouvements. Elle n’a pas peur de respirer en compagnie des mots. 

Seule sait dire à ses amies « ayez confiance en vous ». Elle ignore la définition du mot confiance. Elle s’ignore par définition. 

Seule aime le rouge de la colère. Elle n’aime pas les traitres écarlates.

Seule ne compte plus les portes fermées. Elle cherche toujours ses clés. 

Seule connait les déflagrations du passé. Elle maudit les éclats de souvenirs sous la peau. 

Seule voudrait mettre dans l’ordre les lettres du mot famille. Elle déteste les jeux de société. 

Seule a effacé le portrait de sa mère. Elle aime frotter au sang. 

Seule n’est pas heureuse de posséder une enfance. Elle voudrait l’ensevelir sous une falaise de granit. 

Seule aime poser ses armes. Elle n’aime pas ses pensées bataille et son corps ruines. 

Seule ne sait pas articuler ce qu’elle sait écrire. Elle parle d’abandonner sa voix au plus profond d’une forêt sans son. 

Seule aime dessiner avec un doigt les contours du vide sur le sable mouillé. Elle n’aime pas revenir sur ses pas.

Seule aime aspirer la mélancolie à pleins poumons. Elle n’aime pas les mouchoirs qui absorbent les pluies d’iris.

Seule se sait seule. Elle le répète : « Je m’habite seule. Je me hante seule. Je me flaire seule. Je me méprise seule. Je me supporte seule. 

Je m’effraie seule. Je me noie seule. Je m’enterre seule. Je m’appelle Seule. Je suis Seule. » Seul le silence l’entend.

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