Tout était fin prêt.

Les baluchons étaient déjà trop lourds. Les sacs de provisions massées depuis des mois avaient été précieusement empaquetés. Les maigres économies mêlées aux emprunts discrètement glissées dans les sous-vêtements.

Les femmes portaient leurs plus beaux foulards et les hommes leurs plus belles Djellabas. Les au revoirs se noyaient parmi les bénédictions et les prières. La chaleur des embrassades et des étreintes étouffait les enfants dans une odeur acre de sueur et de parfums mêlés. Ils se faufilaient entre les jupons des opulentes femmes pour se cacher à l’ombre des maisons.

Bientôt, les femmes les plus jeunes, les hommes les plus forts et leurs enfants constitueront un cortège bariolé qui ira vers le Nord. Ils quitteront leurs villages la tête haute et la gorge nouée, ils ravaleront leurs larmes et laisseront derrière eux les leurs. Tantôt marchant sous le soleil brulant, tantôt étouffant dans la camionnette étroite, ils se dirigeront clandestinement vers ces régions lointaines où l’eau coule dans des tubes en métal. Tous laisseront derrière eux la misère, la faim et la douleur. Tous, oublieront les viols, les kidnappings et la guerre. Tous enseveliront au fond de cette terre aride leurs pires souvenirs.

La tête pleine de rêves, ils lutteront contre la soif, la faim et la chaleur. Ils paieront leur dû aux passeurs car bientôt des hommes et des femmes chaleureux les accueilleront.

Les hommes et les femmes du Mali rejoindront leur destin là où il est : ailleurs.

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