Souvent je me dis que tout est foutu, Tout est Foutu je me dis et j’y crois, j’y crois vraiment.
Pas vous ?
Vous faites comment vous ?
Parce que moi je crois toujours qu’il n’y a que moi, je crois toujours qu’il n’y a que moi qui souffre comme ça.
Et vous ?
Vous souffrez, vous ?
Beaucoup ?
Beaucoup comment ?
Des fois j’ai l’impression d’avoir des couteaux, des couteaux tranchants dans la chair qui me déchirent à chaque pas.
Vous sentez ça des fois ?
Qu’on vous coupe en morceaux ?
Ça vous arrive ?
Ça vous arrive comment ?
Moi je pense toujours au verre vide, à la face noire, à l’envers, au creux, au rien, au cruel.
Pourquoi je pense moins à la lumière, à la bonté, à l’amour inconditionnel ?
Ça vous fait ça aussi ?
Vous tombez dans des puits ?
Vous pensez à la mort ?
Vous perdez vos amis ?
Vous sentez la solitude ?
Et l’amertume, vous la sentez ?
Et les regrets, vous avez des regrets ?
Et la peur, elle vous paralyse aussi ?
Vous avez mal ?
Vous avez mal comment ?
Moi je pense que j’ai très mal.
Tous les matins je me dis Lève-toi non Reste-au-lit non Lève-toi tu auras moins mal non Reste-au-lit tu as trop mal.
Et je deviens toute raide, toute rigide, mes genoux, mes bras, mes doigts, je suis toute dure, je me dis Tu es dure.
Je me dis Assouplis-toi, je me dis Il faut vivre lève-toi et tu verras.
Je me dis Dehors il y a le soleil ou Il y a le vent ou Il y a du bleu avec du vert.
Il y a toujours un petit espoir, je me dis, Toujours un petit espoir.
Vous le voyez, le petit espoir ?
Vous l’entendez ?
Il vous dit quelque chose à vous ?
Il vous parle ?
Il vous parle comment ?
Parce que moi des fois je l’entends, des fois je l’entends clairement.
Alors je peux vivre comme ça toute la journée.
Avec le petit espoir.
C’est beau l’espoir, c’est doux.
Ça vous accompagne, c’est comme un ami, ça vous dit des belles choses, ça vous donne confiance.
Vous connaissez ça, vous, les jours d’espérance ?
Les jours après la nuit ?
Les grands jours après la grande nuit ?
Ou même les petits jours ?
C’est toujours des jours les petits jours, je me dis.
C’est toujours ça de pris.
Pas vrai ?