Toucher la lumière

Derrière moi, je sème la poussière. À mesure que je marche, mon ombre s’étend jusqu’à la démesure ; le soleil me fait face. Il n’y a plus rien que je cache dans l’écran de ses rayons. Ma rétine en sourdine, le soleil m’aveugle.

Je me souviens de cette chanson comme d’une complainte. Je ferme les yeux. Je sens les caresses des arbres qui frôlent les rayons du couchant. Sous mes pieds, le sol accidenté m’offre un léger déséquilibre. Je m’accroche à lui comme à un symptôme d’ivresse. Je marche comme sur un fil. Je continue ; seul.

En équilibriste, mon cœur fait des bonds un pas sur deux ; même pas sûrs d’eux !

Cette mélodie résonne en moi. Elle m’arme pour ne pas m’arrêter. Je ne sais qui de moi ou de l’astre du jour se couchera le premier. J’ignore s’il me laissera voir la nuit.

Autour de moi, l’ombre finit par noyer le ruisseau. Le plan incliné d’un or rutilant comble mon visage. Je n’entends plus l’écoulement ; mes poumons se crispent à chaque inspiration. Mourir un 14 juillet, c’est continuer un peu l’artifice d’une révolution, me dis-je soudainement.

En ce jour de février je regarde les bourgeons sur les branches. Je vois flotter des plumes devant le plus gracieux des agrumes qui se gorge de sang.

J’aurais beau, j’aurais beau…

La beauté est un bourgeon en train de germer face au jour qui s’éteint.

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