Lorsqu’arrive la fin de sa journée, rien ne semble changer autour de la baie vitrée hermétiquement close, et elle n’a pour horizon que la mer de nuages flottant, indéchiffrable, au pied de la tour comme une couette lourdement oubliée sur un lit. Le soleil comme une boule de feu qui explose sur la ville depuis ce matin mais qui reste dissimulé, sauf du haut des étages supérieurs de la skyline en bord de mer. Si elle se levait, allait coller son nez à la vitre enchâssée dans le sol, et regardait en bas, tout en bas, alors elle pourrait apercevoir, dans une trouée cotonneuse, un lampadaire déjà allumé malgré l’heure et qui éclaire de son aura orangée la route grasse d’humidité et de la suie des paquebots restés à quai qui tirent sur leur laisse. Et puis il serait normal qu’elle retourne prendre sa place face au courbes et aux chiffres qui défilent par saccades et se reflètent dans ses lunettes, dissolvant son regard dans un flux numérique et éphémère. Et puis, elle décroise les jambes, recule son fauteuil et referme son ordinateur qu’elle place bien au centre de son bureau. 

Lorsqu’il leur paraît évident, mais tellement improbable, qu’elle va se lever, prendre sa veste, se diriger vers le fond de la salle, en franchir la porte et qu’ensuite il ne lui restera plus qu’à patienter devant l’ascenseur dont le bouton clignote avant de s’y engouffrer, ils tournent la tête, leurs regards balayant la pendule murale, la mer de nuages à l’extérieur à la recherche d’un signe des autres, aux regards aussi vides que le leur. Comme si ils ne pouvaient entendre le ballet des portes qui s’ouvrent et se referment avec la voix pré enregistrée souhaitant la bienvenue aux passagers embarquant à chaque étage. Puis un long silence persiste. Comme si l’activité ne pouvait reprendre qu’une fois qu’elle aurait bien quitté le bâtiment.

Et c’est alors que tous voient passer un corps qui chute et frôle les baies vitrées incassables, comme au ralenti, avant de disparaître dans la mer de nuages.

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