minuscule fugue au crépuscule

Le cyprès agite ses doigts noirs *
minuscule fugue du crépuscule
contre le soir l’été ne sait plus respirer
et pour tout début il n’y eut que la pluie
des feuilles parsemées et leurs ombrages

debout hissé sur une plaque
de marbre poreuse
minuscule fugue du crépuscule

l’écorce imperméable de mes paupières
si près préoccupée et translucide
agite le temps et la terre retournée
dans un bouillonnement sanguin

le claquement du drapeau mouillé
vise ma nuque à nue et secoue le vent
mon rire peureux s’étouffe
et tremble de nausée
minuscule fugue du crépuscule

je ne te vois pas me parler
tu ne m’entends pas m’éloigner
dans ce cimetière de mes pensées

l’agitation frêle et la frénétique torpeur
sont toutes deux souillées
et pressées par la main moite des cyprès
le poids de cette poigne ne se relâche
que le temps d’une
minuscule fugue au crépuscule

* Sylvia Plath, premier vers du poème Petite fugue. Traduction Valérie Rouzeau

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