Transite

Je l’aimais. Alors je lui avais donné un sac à dos (le mien) pour qu’il puisse rentrer chez lui sans encombre. Ça avait été dur de le laisser rentrer chez lui parce que je l’aimais. Il aimait beaucoup ce sac à dos avec un truc en plastique orange fluo pour le fermer roulé sous lui.  

Plus tard, un jour, il m’envoie une photo. On voit un mur bleu et blanc, un trottoir et devant une route mouillée et entre la route et le trottoir, et entre le trottoir et le mur, il y a des mauvaises herbes en pagaille. Et puis au dernier moment, on remarque tout seul sur la route mouillée le sac à dos posé là comme s’ il était épuisé ou juste un peu malade.  

Beaucoup plus tard, il revient me voir chez moi avec le sac à dos. Le sac à dos est usé en bas, dessous, et au niveau des bretelles. On s’aime mais ce n’est pas possible d’être heureux ensemble alors il part le sac à dos vide au milieu du couloir il l’a laissé pour dire voilà. Je déteste le sac à dos vide crevé sur les tomettes. Je le laisse là au milieu du couloir que c’est pas pratique.  

Plus tard je dois quitter mon appartement en catastrophe parce qu’à Marseille les gens peuvent perdre leur maison en catastrophe à cause du péril imminent soit disant. Et on se dit qu’est ce que je prends avec moi en catastrophe ? On attrape une lampe. Un édredon. Une poêle tordue. On fourre les livres les plus lus et les vêtements les plus colorés. On s’encombre d’une plante. J’ai laissé le sac à dos. Il est resté là dedans je le

jure pour toujours. Mon ami que j’aimais est devenu silencieux pour toujours je croyais. Peut-être que les gens qui ont trouvé refuge dans mon appartement sous scellés, peut-être qu’ ils ont trouvé le sac à dos et qu’ils s’en sont servi pour leur vie quotidienne j’aimerais beaucoup.  

Un jour mon ami est revenu dans ma vie. Son retour c’était pas des mots et c’etait pas un corps non plus. Son retour c’etait un son youtube. Et après tout le temps qui fait qu’on pouvait appeler ça un retour véritable, et le temps que ça m’a pris pour dire au revoir, après 400 jours pour le dire, j’ai eu froid. C’est quand il est revenu par le son youtube que j’ai eu vraiment froid tout à coup. Je me suis allongée sur le canapé enroulée n’importe comment dans une couverture moche comme je perdais la sensation de mes mains. Elles étaient parties de mes mains en même temps que la sensation. Et je perdais aussi bien mes pieds, et tout mon corps. Le froid emportait toutes les sensations. Comme le bus scolaires le matin les enfants à la campagne pour les réunir ailleurs. 

Le matin très très tôt la campagne pousse des spectres. La campagne givrée au-dessus d’elle les spectres se promènent doucement. Le froid a gagné la pensée j’ai pensé mais non quand même pas. J’ai pensé à comme on voulait voir l’océan avec mon ami et comment il faisait pour avoir jamais froid. Là bas il y avait des choses qui ne sont pas encore exactement passées j’ai pensé.

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