Lorsque tombe le « chien loup » et que la lumière fait place aux nuances d’ombre crépusculaire mais que flottent, encore, éparses et tendres, dans le ciel, quelques nuages roses suspendus dans l’immensité du néant, tandis que peu à peu s’éteint la cacophonie du monde pour faire place à la quiétude de la nuit qui revêt son habit de velours, et qu’à l’autre bout de la France, se ferme la porte de ce bureau, que tu déposes ton habit d’apparat, ton smartphone dans la poche de ton pantalon, que tu caresses, en dépit de tout entendement du bout de tes doigts, au moment où tu montes dans ta voiture pour prendre cette route, tant de fois empruntée, qui te mène à ta vie de famille qui t’attend sagement comme chaque soir, quand au-dehors s’évaporent les couleurs et parfums du printemps qui vient d’éclore donnant un semblant de vie à ce décor de mort, le temps s’est figé depuis un an déjà. Tandis que glissent mes vêtements sur le sol, que mon pied effleure l’eau tiède et insipide de ce bain aux senteurs vanillées, et que doucement, en apesanteur, mon corps exsangue et tangue, nue et blanche chair, qui se fond doucement dans la moiteur de cette pièce, pendant que l’obscur s’étend à perte de vue et que la nuit finit par engloutir le jour, lorsque la douceur de mes pensées volubile jusque toi, que la route défile sous tes yeux à la vitesse de l’éclair, quand tu touches encore inlassablement de tes mains ce petit écran de verre qui nous sépare, posé sur le siège à coté de toi, alors surgit de nulle part ce camion aux phares blancs et aveuglants, qui vient couper ta route dans un bruit de frein violent qui fracasse l’écosphère en deux.
Il ne reste soudain que ce terrifiant silence qui hante à jamais mes nuits.

Laisser un commentaire