Des paysages figés, gris et ternes, sans vie, se détachent à l’horizon, filent et défilent, comme un collage de papier mâché et salivé, mouillés, dénudés, pluvieux, tristes et froids, en enfilade, les uns derrière les autres, comme autant de vérités qui s’abattent et se fracassent contre cette paroi de ferrailles et de tôles offertes. Ils avancent sur moi, chacun leur tour, semblant vouloir me happer dans leur décor de mort et m’ensevelir, prenant jusqu’au son de ma voix qui demeure muette. Même si je ferme les yeux, je les vois encore se rapprocher de moi. Pas un mot qui ne jaillit de ma bouche rouge sang pour crier la peur du vide dans mes entrailles, juste ce silence coincé tout en dedans. Les gouttes de pluie, qui ruissellent tel un torrent de larmes, viennent s’abattre sur les vitres sales et poussiéreuses de ce train grande vitesse qui raille indéfiniment vers un nulle part. Il n’y a plus de destination. Mon être tout entier happé, comme sidéré, dans un noir abyssal, un tunnel sans fin et sans lumière, comme un puit sans fond où mon corps ne cesse de tomber.
Sur le quai de la gare, tu n’es plus là…