Le derviche tourneur

C’est dans le silence de nos vacarmes que le monde nous offre sa couleur.
Et c’est dans ce silence que je me tiens.

Le vent impose aux feuilles des platanes d’inkaya et des abies leurs folles danses désordonnées.

Sur mes paupieres maintenant fermées, leur image poursuit son mouvement.
L’air chaud me submerge.
La mémoire résineuse s’imprégne en moi.
Les brindilles tapis sous mes pieds craquent leur petit corps déjà meurtri par la chaleur de l’été.

Et je ne sais précisément ce qui commande à mon corps, mais j’ouvre grand mes bras à l’image de l’inkaya, et je tourne autour de moi-même comme un soleil caché.

Entre mes bras, je voudrais tout rassembler, tout embraser, en ne gardant que le meilleur de ce monde, en rejetant le pire, loin.

Je deviens faqir et je tourne tel un derviche, je tourne et je tourne et je tourne pour rattraper la course de la terre.
Le monde devient vacarme et trône en moi un silence de paix.

Il n’y a plus rien que je veux garder pour moi, je rends tout à la terre et à ce monde.
Il n’y plus rien de manquant au fond de mon âme, aucun pays, aucun amour, aucune âme.

Je fais partie de ce monde et sa beauté m’annihile.

J’ouvre les yeux et tout me paraît immobile, comme spectateur de ma propre danse.

Je suis le monde en mouvement et il est moi.

C’est un jour de Noces.

Laisser un commentaire