Au grand étonnement de tous, elle arrivait on ne sait d’où et on ne sait quand. Elle ne prévenait jamais personne.
Parfois, elle se cachait dans une pochette devant laquelle on s’exclamait :
« Quoi ! C’est pour moi !? Vraiment ! Ça alors ! Qu’est-ce que cela peut bien être !? ». Pour les enfants, elle se glissait, par gourmandise, dans des œufs en chocolat. Elle adorait se dissimuler dans des boîtes et s’envelopper de papier aux couleurs brillantes et éclatantes.
A chaque fois, elle s’arrangeait pour que l’on s’extasie et que l’on ait du mal à y croire. Elle montrait des yeux écarquillés, une bouche bée ou bien les deux. Quelquefois, elle éclatait même de rire. Mais, il lui arrivait aussi de
verser des larmes surtout quand elle était mauvaise. Quand il lui venait l’idée de se mettre à table, le chef, lui, devait se mettre en quatre pour la concocter. Comme elle était d’un naturel joyeux, elle aimait également aller au théâtre assister à sa pièce favorite : La surprise de l’amour de Marivaux. Les vaudevilles, où elle figure en bonne place, avaient sa préférence.
Cette demoiselle imprévisible, arrivant toujours l’improviste, n’était aucunement blâmée pour son manque d’éducation. Bien au contraire, on l’accueillait toujours avec beaucoup d’enthousiasme et de prévenance. Il faut dire qu’elle faisait son effet là où elle arrivait particulièrement lorsqu’elle était de taille. Elle s’invitait, avec un plaisir sans cesse renouvelé, aux grandes occasions. Elle avait une prédilection pour les anniversaires et les fêtes de famille en tout genre. Cela dit, elle ne dédaignait pas non plus les soirées spéciales entre amis ou collègues de travail. Ce qu’elle affectionnait au plus haut point, c’était de débarquer, en catimini, sans raison aucune, comme çà, inopinément, pour pimenter et égayer le quotidien. Quand elle arrivait, il fallait bien évidemment la saisir avant qu’elle ne soit partie.