Le jardin luxuriant

Je suis un jardin luxuriant. Aujourd’hui, certains sont admiratifs, ils me comparent à Babylone, l’Eden ou l’Alhambra. D’autres, au contraire, disent que, moi le jardin luxuriant, je suis excessif ou bien exubérant. Ils trouvent que j’en mets plein la vue. Ils jalousent mes couleurs, ma fraîcheur, mes parfums. Ils ne se rendent pas compte des efforts accomplis pour devenir un jardin luxuriant. Déjà, dès tout petit, ce fut une bataille.

On m’avait dit : « Tu seras un jardin luxuriant ! » On n’y croyait pas trop : « Toi, un jardin luxuriant, pauvre lopin de terre, sec comme de l’amadou, tu n’y arriveras jamais ! » Vrai bourreau de travail, j’ai trimé comme un fou. Gagnant sur le désert, quelques acres de terre, j’ai pris soin des semis, des boutures, des plantules que l’homme m’a confiés. Sous le moindre treillage ou le moindre gravier, il me fallait garder chaque goutte de rosée. J’ai chassé les intrus par mes haies d’épineux, désormais moins nombreux dans ce décor fastueux. Et, voyant le sourire de l’homme qui s’affairait, « luxuriant », dans ma tête, sans cesse, je répétais. Les bosquets ont grandi, la closerie a fleuri entre quelques palmiers, et puis quelques figuiers. Alors, oui, abondant, je le suis, moi le jardin luxuriant. Foisonnant, plantureux et luxueux, débordant de verdure, de senteurs et d’ombrage, j’ai réussi l’exploit de l’acclimatation des espèces variées et me suis recouvert d’une ample végétation.

On me trouve serré, dense ou encore pléthorique, je suis le résultat d’un rêve très exotique. A ceux qui ne croyaient pas en moi, à ceux qui me méprisent, aujourd’hui, je peux dire : le mépris nous égare et le rêve nous guide. Je suis la preuve tangible qu’un travail de Titan peut conduire tout droit au jardin luxuriant.

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