au passage du temps usé (long cylindre étroit sans début ni fin) des ombres dissoutes (miettes de pain éparses sur la peau formica) se meuvent en silence (une cuvette à l’émail d’eau claire) peut-être murmurent (une traite d’oblique grise, la pluie derrière la fenêtre) peut-être appellent (cercles concentriques agrandissent la pierre jetée dans l’eau) bougent et frémissent (rectangles et plis verticaux des rideaux sous les anneaux de bois). Je connais une grande attrition de fatigue (si mince le trait de la ligne puis le point le point tout rond le point seul au bout) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (ses petites billes amères me montaient et descendaient dans l’estomac) ni celui de la conversation (des étoiles imbriquées comme des engrenages à tout rompre), je ne sais pas si c’est la vie (une vague de vent ébouriffe les herbes s’échouent contre les pierres) ou bien si c’est la mort (un raclement de gorge la première pelletée de terre.)
au passage du temps filé (la griffe d’une plume sur le goudron) des ombres dissoutes (un flocon sur le bout de la langue) se meuvent en silence (taches noires sur le voile du vieux miroir) peut-être murmurent (marches du colimaçon, escalier étroit, poussière des pas) peut-être appellent (cône vibrant s’élargit se réduit comme un soufflet d’accordéon) bougent et frémissent (blanc froissé du papier à cigarette entre les doigts). Je connais une grande attrition de fatigue (l’épais gluant sucre au fond de la tasse) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les têtes jacassent en sorties de messe) ni celui de la conversation (une page tourne une page tourne une…), je ne sais pas si c’est la vie (la cascade gaie d’une chanson à sa fenêtre) ou bien si c’est la mort (deux mains serrées dans leur geste d’araignée.)
au passage du temps dépassé (les deux dents rouillées de la fourche) des ombres dissoutes (une feuille de papier calque) se meuvent en silence (l’échiquier sous l’abat-jour vert) peut-être murmurent ( le seau contre la pierre du puit) peut-être appellent (les crocs du boucher aux s sanglants), bougent et frémissent (dentelle d’ombre dansée du feu). Je connais une grande attrition de fatigue (la couverture rabattue au pied du lit) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (l’anneau du train fantôme et ces visages hurleurs) ni celui de la conversation (une table allonge l’autour des silhouettes fausses) je ne sais pas si c’est la vie (une chaussure miniature suspendue sous le rétroviseur) ou bien si c’est la mort (une croix contre le bleu.)
au passage du temps repassé (le rond café lisse la tasse) des ombres dissoutes (le flou coton dans la poubelle) se meuvent en silence (les allées des bibliothèques) peut-être murmurent (deux lèvres glissent contre la peau) peut-être appellent (mouchoirs agités comme des fanions), bougent et frémissent (la casserole grise dépite le feu). Je connais une grande attrition de fatigue (le fer noir des quais de gare) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les cris de l’école débordent sur le trottoir) ni celui de la conversation (une photo de carte postale aux bons baisers) je ne sais pas si c’est la vie (la poigne de l’eau glacée) ou bien si c’est la mort (un sol de marbre.)
au passage du temps mangé (les vignettes dans les albums) des ombres dissoutes (le rectangle déchiré, une porte ?) se meuvent en silence (la main du chiffon de poussière) peut-être murmurent (la chaise de paille sous la treille ) peut-être appellent (des grains de blé roulent la paume), bougent et frémissent (une étoile filante, l’accroc évaporé). Je connais une grande attrition de fatigue (le noir absolu sous la coquille-paupière) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (la torsade des fumées, le remous des klaxons) ni celui de la conversation (le dur du mur le froid du dos) je ne sais pas si c’est la vie (les coups du tambour dans la poitrine) ou bien la mort (une voix d’eau s’écoule de moi.)