Il y a une soirée
Elle est comme celle d’avant, je rentre chargée comme une bête de somme, bandée par les oripeaux du jour qui me collent gentiment les baskets dans chaque pièce de la maison. De l’entrée à la cuisine. Du sac posé par terre au verre d’eau. Du passage à la salle de bain jusqu’à la chambre. Vieux malaise du cargo qui tangue à l’entrée du port, un peu trop gros, un peu perdu entre des rythmes.

Cette soirée le jour s’en va vite, c’est comme ça maintenant. Je dépose mon volcan de paroles sans mots dans les volutes de la cigarette, tout ce petit monde ayant trottiné derrière moi jusque sur la terrasse.
Le vent s’engouffre à l’intérieur, ce qui était dedans s’évapore dans les feuilles, qui bruissent pour elles-mêmes, pour personne.
Ça habille l’heure bleue de la nuit, ça gagne sur la nuit de la ville, son étrangeté lumineuse, c’est l’heure de quoi ?
Langueur du vent et du jour qui descend

L’éclat de la lune nimbe délicatement d’un masque le mirador de ma rue, celui qui essaie de se faire passer pour un lampadaire.
Ma journée se retire quand les fausses lumières du quartier désertent dans un battement de cil. On creuse sans arrêt des trous dans la ville, qu’est-ce que ça trimballe de fatigue le changement permanent. Pendant vingt minutes, ou dix minutes, dans l’éternité sans minutes des instants beaux et douloureusement fugaces, mes mains sont descendues de chaque côté de moi et ont dialogué sans bruits avec la fraîcheur des étoiles qui mordillaient affectueusement ma peau.

Tout à coup mes poumons se sont décollés, ça a fait un bruit de ventouse depuis trop longtemps marié à une vitre.
J’ai pleuré de calme.

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