Empotée

« Remue-toi, la cruche, viens travailler ! »
« Celle-là, si on a besoin d’eau au moins on a une gourde ! »

EMPOTEE MAIS QUELLE EMPOTEE.

Je pense à la chaise où j’ai finalement envie de m’enraciner. On pourrait y écrire avec un gros feutre rouge : chaise de l’empotée. Puisque j’y suis, autant me faire un bureau avec une table, une machine à café, quoique le café risque de m’exciter et me sortir de mon pot. On écrira : bureau de l’empotée.
Cela ne sonne pas bien mais en contrepartie, vu que personne n’a besoin d’une empotée, j’aurai la paix. Tiens, j’y pense, sur mon cercueil, on mettra : ici, gît l’empotée. L’empotée enterrée…. Ça sera encore plus lourd pour moi : un pot, un cercueil, de la terre……. Il ne manquerait plus que je meure noyée dans mon pot. Je les entends déjà dire : « elle était vraiment plus qu’empotée, celle-ci pour finir comme cela ».

J’ai envie de crier à tous ces casseurs d’argile, de terre glaise :

« Si l’empotée se faisait emporter par le vent vers le port, pensez-vous que le pot coulerait dans l’eau ou pas ? ». Ils me répondraient : « bonne baignade l’empotée ».

« Si l’empotée ouvrait la porte qui l’emporte ailleurs, où irait -elle ? » Ils me diraient : « ciao l’empotée ! »

Je pense à mes potes de lycée, qui disent que je suis une déportée : toujours ailleurs, perdue dans mes pensées, vers un autre monde. Finalement, déportée, empotée, tout n’est qu’une histoire de porte et de pot que je trimballe avec moi.

« Suis-je l’eau, suis-je la clé ? »

« Qui donne vie au pot ? Celui qui l’a créé, celui qui est dedans ou bien celui qui le voit ? »

Plus je me pose de questions, plus j’ai l’air d’une empotée déportée mais je m’en fiche. Ce pot qui colle à ma peau, qui dérange les yeux des non empotés, ce pot n’est qu’un passage vers une autre porte. Tout dépendra de l’eau sur laquelle je glisserai quand je casserai ce pot et de la clé dont je me servirai.

Je me lève d’un coup de ma chaise, je fissure donc une petite partie de mon pot pour leur parler et dire :

« Vous les non empotés, vous savez ce qu’il y a dans mon pot ? Ce n’est pas de l’eau, mais un bout de ce que je suis et mes rêves. Je suis une fleur, que l’on empote, dépote au gré des saisons des humeurs des autres. Les graines plantées dans MON POT sont l’écriture et la poésie. Sachez que si je suis réellement empotée, comme vous le dites, je vais grandir et un jour, je serai cette empotée, dépotée, plantée dans un jardin parmi les arbres, les fleurs, les fruits, les légumes. Ceux qui m’ont mis là, diront :

« Tu as vu comme elle s’est faite belle, elle pousse bien, elle grandi en toute splendeur ! On a eu raison de lui donner une place dans notre jardin, quel plaisir de la regarder, elle nous donnera de belles pousses !!! »

J’ai une dernière question avant de prendre la porte : « Si moi je suis une empotée, êtes-vous jardinier ou bien un simple jars pour mon diner ? »

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